Parcours : de Tripoli aux sommets de l’énergie
Née et formée à Tripoli, Rana Badi cultive très tôt un double intérêt pour la communication et l’impact social. Deux maîtrises plus tard, elle entre chez TotalEnergies comme assistante opérations, déterminée à donner un sens collectif à chaque étape de sa carrière.
Sa curiosité la propulse vers les services de communication interne, puis vers les ressources humaines. Entre organisation de formations et analyse de culture d’entreprise, elle apprend à décrypter les dynamiques humaines qui feront bientôt de la responsabilité sociétale son terrain d’expression privilégié.
Lorsqu’une opportunité de conduire des projets CSR se présente, elle l’embrasse sans hésiter. « J’ai compris que je pouvais créer de la valeur en dehors des frontières de l’entreprise », confie-t-elle, la voix posée mais enthousiaste, lors d’un entretien à Tripoli.
À 34 ans, elle figure déjà dans la liste prestigieuse des “20 Under 40 Energy Women Rising Stars”, reconnaissance de son approche inclusive et de sa capacité à concilier innovation et enracinement local.
CSR, terrain de jeu stratégique
Responsable RSE, Rana pilote aujourd’hui des investissements sociaux tournés vers l’éducation, la santé et l’entrepreneuriat. Chaque programme s’articule autour d’objectifs mesurables alignés avec les ODD, transformant le jargon du développement durable en actions palpables pour les communautés libyennes.
Pour orchestrer ces projets, elle jongle avec cartographies de besoins, indicateurs d’impact et partenariats institutionnels. « La transparence est cruciale : un don n’est pas une dépense marketing, c’est un contrat de confiance avec la population », résume-t-elle, chiffres à l’appui.
Son approche privilégie la co-conception. Municipalités, associations de femmes et jeunes diplômés sont intégrés dès la phase d’idéation. Cette gouvernance inclusive réduit les risques et favorise l’appropriation locale, clé d’une durabilité réelle.
Dans un secteur historiquement dominé par l’ingénierie, son profil non technique étonne parfois. Mais la dirigeante y voit un atout : « Nos métiers ont besoin d’empathie et de narration autant que de calculs. C’est l’alliance des deux qui crée la magie. »
Foot, savoir-faire et ODD
Parmi ses réalisations phares figure la construction de sept terrains de football à Essider, région désertique où les jeunes manquaient d’infrastructures sportives. Le projet mobilise des entreprises locales et soutient les objectifs 3, 4 et 11 des Nations Unies.
Au-delà du sport, ces espaces deviennent des centres de rencontre intergénérationnels. Les femmes y organisent des tournois mixtes et des séances de sensibilisation à la santé. « Le ballon rond a fait tomber plus de barrières que bien des discours », sourit-elle.
L’initiative réactive aussi des micro-économies : vente de rafraîchissements, ateliers d’entretien de pelouse, formations d’arbitres. Des emplois indirects qui démontrent comment une idée simple, bien exécutée, peut irriguer un territoire entier.
Femme, mère et manager
Deux enfants, des déplacements fréquents et une équipe répartie sur plusieurs sites : l’équation est exigeante. Rana s’appuie sur une discipline de fer, planifiant chaque semaine avec une précision quasi militaire tout en laissant de la place à l’imprévu familial.
Elle défend un modèle d’équilibre où la performance professionnelle n’exclut pas le bien-être personnel. « L’énergie se renouvelle mieux dans un environnement apaisé », répète-t-elle à ses collaboratrices, qu’elle encourage à demander du télétravail ou à aménager leurs horaires.
Sa présence visible et assumée dans les instances de décision inspire d’autres Libyennes. Des campagnes internes, lancées sous son impulsion, mettent en lumière des rôles modèles féminins et créent des cercles de mentorat intergénérationnels.
Ce leadership bienveillant séduit aussi ses homologues masculins, ravis de bénéficier d’outils de management inclusif. « Les hommes emportent autant de valeur que les femmes dans cette transformation culturelle », observe un cadre senior du groupe.
Façonner l’avenir énergétique africain
Rana milite pour une représentation accrue des femmes aux postes stratégiques. Elle collabore avec des universités pour présenter les métiers de l’énergie dans les lycées, espérant casser les stéréotypes avant qu’ils ne s’enracinent.
Elle pilote également TotalEnergies University, programme qui réunit chaque année des retraités du secteur et quarante jeunes diplômés. En quarante heures, les aînés transmettent leur savoir, tandis que les étudiants injectent idées digitales et créativité, forgeant une passerelle intergénérationnelle.
Pour elle, l’Afrique de demain sera décarbonée mais aussi inclusive. « La transition énergétique ne peut réussir que si chacun se voit dans le miroir du changement », martèle-t-elle, plaidant pour des solutions adaptées aux réalités locales.
Elle rêve d’un réseau panafricain de femmes de l’énergie, capable de mutualiser les bonnes pratiques et d’influencer les politiques publiques. Des premiers échanges informels sont déjà amorcés avec des professionnelles du Congo-Brazzaville, du Sénégal et du Kenya.
Message aux jeunes Africaines
À celles qui hésitent encore, Rana délivre un conseil simple : rester curieuses, construire des alliances et transformer chaque obstacle en laboratoire d’apprentissage. Son parcours illustre qu’une vision humaniste, soutenue par la rigueur, peut illuminer tout un continent et ouvrir la voie à une énergie durablement partagée.










