Étoile montante de l’énergie durable
Rana Badi n’a pas encore quarante ans, mais déjà sa voix résonne parmi les plus écoutées de la filière énergie en Afrique. Sélectionnée dans le classement des vingt leaders féminins de demain, la Libyenne incarne une transition où innovation, responsabilité et inclusion avancent de concert.
Son poste de responsable projets RSE chez TotalEnergies en Libye lui permet de tester, grandeur nature, des solutions qui marient développement économique et équité sociale. À travers cette fonction, elle mesure chaque jour l’urgence d’un modèle énergétique plus résilient face aux attentes des populations africaines.
Un parcours forgé entre communication et impact social
Tout commence en 2010 lorsqu’elle entre comme assistante opérationnelle dans une filiale pétrolière. Les tâches, parfois invisibles, forgent une rigueur logistique qu’elle conserve encore. Très vite, ses collègues repèrent son aisance relationnelle et lui confient la coordination de la communication interne.
Cette immersion l’oriente vers les ressources humaines, terrain où elle découvre la mécanique complexe de la formation continue. Comprendre comment grandit un talent, puis comment se construit une culture d’entreprise, devient son laboratoire personnel pour penser l’énergie au-delà des puits et des turbines.
Deux masters, l’un en communication stratégique, l’autre en transformation numérique, scellent sa polyvalence. Elle y affine une conviction : la transition énergétique ne sera inclusive que si l’on sait traduire des données techniques en récits mobilisateurs capables d’embarquer citoyens, autorités et investisseurs.
RSE et terrain: sept stades pour Essider
En 2022, elle pilote un projet qui symbolise cette approche : la construction de sept terrains de football éclairés à l’énergie solaire dans la région côtière d’Essider. Chaque pelouse synthétique devient un catalyseur de lien social et une vitrine concrète de l’innovation locale.
Les jeunes y jouent en soirée, les écoles organisent des tournois, les associations développent des campagnes de santé. Les municipalités, jusque-là dépourvues d’infrastructures, constatent une baisse des actes d’incivilité nocturne, tandis que les commerces voisins prolongent leurs horaires grâce à l’afflux constant de visiteurs.
À Tripoli, le projet reçoit le Prix national de la citoyenneté d’entreprise et sert d’étude de cas aux universités partenaires des Nations unies. Pour Rana Badi, la récompense importe moins que la preuve : la responsabilité sociétale peut électriser une économie tout en réduisant son empreinte carbone.
Naviguer dans un secteur longtemps masculin
Entrer dans un secteur longtemps réservé aux profils techniques reste, selon elle, le défi numéro un. « Je devais montrer que les soft skills sont autant un levier de performance que la maîtrise du forage », confie-t-elle, sourire franc, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre africaine de l’énergie.
TotalEnergies lui offre alors un mentor, ancien directeur de raffinerie, qui lui explique processus, acronymes et codes sécuritaires. Les séances, d’abord techniques, glissent vers la stratégie : comment convaincre un comité d’investissement, comment traduire un indicateur ESG en valeur tangible pour les actionnaires et pour les riverains.
Conseils aux Africaines qui osent l’énergie
Aux étudiantes qui lui écrivent sur LinkedIn, elle répond que la curiosité est un muscle. Lire un rapport de l’Agence internationale de l’énergie et, le même jour, écouter un podcast sur la mobilité urbaine peut déclencher des idées neuves, capables d’ouvrir des portes insoupçonnées.
Elle insiste aussi sur la valeur des réseaux croisés. Participer à un hackathon, rejoindre une association d’ingénieures, collaborer avec des créatrices tech de Nairobi ou de Brazzaville : chaque interaction élargit la cartographie mentale d’un problème et révèle des alliées prêtes à recommander votre profil à la prochaine opportunité.
Conciliation vie professionnelle et maternité
Dans son agenda coloré, les réunions se glissent entre le réveil de ses deux garçons et l’histoire du soir. Elle planifie la veille, segmente les tâches par créneaux de quatre-vingt-dix minutes et s’accorde, chaque après-midi, dix minutes de respiration consciente pour garder l’énergie d’un marathon.
« L’équilibre n’est pas statique, c’est une chorégraphie », dit-elle. Sa famille la rejoint parfois sur le terrain d’un projet, afin que ses enfants comprennent son métier. Ce partage, ajoute-t-elle, nourrit aussi sa créativité, car il rappelle constamment la finalité humaine de chaque baril économisé.
Vers une industrie inclusive et tournée vers l’avenir
Pour l’avenir, elle imagine une industrie où les comités exécutifs compteront autant de femmes que d’hommes. Cette parité, assure-t-elle, favorisera des arbitrages plus attentifs à la prévention environnementale, aux besoins des communautés et à l’innovation accessible aux startups africaines.
Elle s’appuie sur le programme TotalEnergies University, qu’elle coordonne avec des retraités experts. Quarante heures de formation gratuites permettent à des diplômés libyens, nigériens ou congolais d’appréhender la chaîne de valeur, depuis la prospection jusqu’à la distribution, tout en développant des prototypes à faible empreinte carbone.
À travers son parcours, Rana Badi révèle une certitude : la prochaine révolution énergétique africaine viendra autant des idées que des puits. En conjuguant storytelling, technologie et engagement social, elle prouve qu’un leadership féminin, assumé et inclusif, peut électriser un continent avide de solutions durables.
Son message parcourt désormais les forums, des salons de Tripoli à ceux de Pointe-Noire, démontrant qu’un modèle africain d’énergie responsable prend forme.










