Yetunde Sorinola, finance et lumière d’Afrique

Portrait d’une stratège financière

Le visage lumineux de Yetunde Margret Sorinola incarne la nouvelle garde des dirigeantes africaines qui écrivent l’histoire de l’énergie. À trente-huit ans, la directrice financière d’Egbin Power Plc fait rimer chiffres, innovation et impact social dans un secteur longtemps resté dominé par les hommes.

Née à Lagos d’un père ingénieur et d’une mère enseignante, elle grandit entre piles de manuels scientifiques et récits d’ancêtres entrepreneurs. Cette double inspiration nourrit encore aujourd’hui sa capacité à conjuguer rigueur technique et vision humaniste, deux qualités qui balisent son parcours atypique.

Depuis le siège moderne de la centrale d’Egbin, la plus grande du Nigeria, elle pilote chaque jour des flux financiers capables d’allumer quinze millions d’ampoules. Sa mission dépasse pourtant les bilans : elle veut prouver que rentabilité et accessibilité énergétique peuvent avancer du même pas.

Une carrière bâtie sur la rigueur

Avant d’inscrire son nom dans les registres du groupe Sahara Power, Yetunde Sorinola a affûté ses armes chez Dentsu International en qualité de directrice financière adjointe. Cette incursion dans la publicité mondiale l’a familiarisée avec les dynamiques de marché et l’agilité exigée par les grandes multinationales.

Recrutée ensuite comme directrice financière senior au sein de Sahara Power, elle est détachée chez Egbin pour remettre de l’ordre dans une comptabilité héritée d’une ère publique. En moins de deux ans, elle implante une plateforme numérique qui automatise dépenses, contrôles et rapports réglementaires.

Cette transformation sans faille attire l’attention de la communauté financière et lui vaut d’être nommée parmi les vingt femmes de moins de quarante ans qui réinventent l’énergie sur le continent. Une reconnaissance qui, loin d’être un aboutissement, la pousse à élever encore plus haut ses standards.

Des défis transformés en opportunités

Dans l’industrie électrique nigériane, la question de la liquidité reste l’obstacle numéro un. Les factures impayées fragilisent la chaîne, du producteur au distributeur. Yetunde Sorinola répond par une discipline budgétaire presque spartiate et par la négociation de lignes de crédit innovantes auprès de banques locales.

Résultat : Egbin Power contribue désormais à hauteur de quinze pour cent de l’alimentation du réseau national tout en honorant ses fournisseurs de gaz. Le pari, souligne-t-elle en souriant, consiste à transformer chaque contrainte de trésorerie en moteur d’efficience, plutôt qu’en frein à la croissance.

Pour équilibrer la matrice de risques, elle a développé un modèle tarifaire capable d’épouser les fluctuations de la demande, limitant l’exposition aux chocs globaux. Cette approche, inspirée par l’analyse des données en temps réel, ouvre la voie à une tarification plus équitable pour les foyers.

Leadership féminin et audace africaine

Loin des salles tapissées de graphiques, la dirigeante milite pour la visibilité des femmes ingénieures. Elle anime des séances de mentorat dans des universités de Lagos, exhortant ses cadettes à oser les mathématiques appliquées. Sa devise tient en trois mots : audace, excellence, persévérance.

« N’acceptez jamais le non comme réponse », répète-t-elle devant des amphithéâtres comblés. Pour elle, chaque plafond de verre recèle une trappe d’envol si l’on en connaît l’ouverture. Cette philosophie, puisée dans ses expériences, irrigue désormais les programmes de formation interne d’Egbin Power.

Son engagement inclut également des partenariats avec des ONG spécialisées dans l’électrification rurale. Ensemble, elles fournissent des lampadaires solaires à des écoles isolées, créant un cercle vertueux où éducation et énergie se renforcent mutuellement. Selon elle, l’avenir s’écrit dans la lumière partagée.

Au-delà de la technique, elle cultive un équilibre personnel fondé sur la spiritualité. Ses journées débutent par une prière, suivie d’un tour d’horizon familial qui, affirme-t-elle, lui rappelle la raison profonde de son combat pour une électricité fiable, sûre et accessible.

Vers un réseau électrique plus inclusif

À moyen terme, la dirigeante plaide pour une séparation claire entre production et transport d’électricité, convaincue qu’un réseau ouvert attirera davantage d’investissements privés. Ce changement, estime-t-elle, libérera des capacités encore dormantes et accélérera l’industrialisation de l’Afrique de l’Ouest.

Elle se voit déjà à la table des négociations, accompagnant gouvernements, régulateurs et opérateurs dans la redéfinition des contrats. Son rôle, précise-t-elle, consistera à offrir des données solides et des modèles financiers robustes, garants d’un partage équilibré des risques et des bénéfices.

Le chantier de la digitalisation figure aussi parmi ses priorités. Après avoir automatisé la comptabilité, elle planche sur des compteurs intelligents qui permettraient aux clients de payer au kilowatt près. Un outil qu’elle veut inclusif, capable d’épouser les réalités sociologiques des foyers modestes.

Au-delà du Nigeria, la financière suit attentivement les réformes menées au Congo-Brazzaville, au Ghana ou au Kenya, persuadée qu’une circulation des bonnes pratiques accélérera l’intégration énergétique régionale. Selon elle, la coopération Sud-Sud reste la clef pour construire des réseaux interconnectés, résilients et verts.

Pour l’heure, Yetunde Margret Sorinola poursuit sa route avec la patience d’une marathonienne. Chaque mégawatt nouvellement injecté dans le réseau porte sa signature discrète. À ses yeux, illuminer un village ou rassurer un investisseur relève du même geste : révéler la puissance tranquille de l’Afrique.