Grande Rentrée littéraire de Kinshasa 2025
Du 18 au 20 septembre, le Centre Wallonie-Bruxelles se transformera en ruche créative. La neuvième Grande Rentrée littéraire de Kinshasa annonce une édition élargie, portée par l’enthousiasme des éditeurs, libraires et associations congolais qui souhaitent voir le livre rayonner au-delà des salles de classes.
Depuis ses débuts, cette manifestation gratuite s’impose comme le rendez-vous majeur du calendrier culturel kino-congolais. Chaque édition attire un public plus large, curieux de dialoguer avec des écrivaines, de découvrir les dernières parutions et d’assister à des performances inédites qui dépoussièrent l’idée même de la lecture.
Les organisateurs s’attendent cette année à franchir la barre symbolique des dix mille visiteurs, misant sur un programme continu de neuf heures à dix-huit heures. « Nous voulons que chacun trouve sa place, de l’écolier à la chercheuse », confie Nadine Mampuya, responsable de la programmation.
Le retour émouvant de Fabienne Zutterman
Invitée d’honneur, Fabienne Zutterman effectue un voyage sentimental vers le Congo qu’elle a connu enfant. Son roman L’Afrique pour se perdre, publié en 2022, raconte le Kasaï et Bukavu des années 1970, vus par une fillette belge fascinée par les couleurs locales.
« Je reviens à Kinshasa avec l’envie d’écouter les mémoires de celles et ceux qui y ont grandi », confie l’autrice, récemment primée à Bruxelles pour son style immersif. Son récit mêle souvenirs d’école sous les flamboyants et portraits de femmes congolaises qui l’ont marquée.
Cette présence incarne la passerelle émotionnelle que la manifestation veut tisser. Les lectrices pourront dialoguer avec Zutterman lors d’une masterclass sur l’écriture autobiographique où elle analysera la façon d’extraire la vérité intime sans trahir la mémoire collective.
Voix de femmes, échos de résilience
Le thème 2025 met les créatrices au premier plan. Dans un contexte où la littérature congolaise féminine gagne en visibilité, « Voix de femmes, échos de résilience » devient un manifeste. Les tables rondes aborderont la place des héroïnes, la langue comme refuge et la solidarité éditoriale.
La slameuse Prisca Lokua, qui ouvrira la soirée d’ouverture, promet un poème-performance dédié aux mères des quartiers populaires. « Nos mots portent la ville, résistent à la poussière et nourrissent l’espoir », déclare-t-elle, préfigurant l’énergie de ces trois journées.
Trois jours d’ateliers et de rencontres
Entre la bibliothèque et la délégation Wallonie-Bruxelles se succéderont ateliers d’écriture, séances de dédicaces et tables rondes thématiques. Les organisateurs maintiennent l’accès libre, soulignant que la littérature demeure un droit culturel, non un privilège réservé à quelques-uns.
Le Prix Zamenga, du nom du grand romancier congolais, récompensera un texte inédit célébrant l’identité nationale. Le jury, présidé par la critique Léonie Kankasa, cherche « une plume capable d’émouvoir tout en interrogeant l’avenir ». Le lauréat sera dévoilé le 20 septembre en soirée.
Un concours de nouvelles destiné aux lycéennes complétera le dispositif. Les dix gagnantes verront leurs textes publiés dans une anthologie numérique, preuve que la relève s’écrit déjà dans les classes de Kinshasa et de Brazzaville, liées par la passion francophone.
Un pont culturel RDC-Belgique
La collaboration avec la Wallonie-Bruxelles illustre une diplomatie de proximité fondée sur la culture. « Le livre crée des liens plus solides que les discours », estime Alain Bertrand, délégué général, évoquant les trente années de présence belge dans la capitale congolaise.
Cette dynamique bilatérale se traduit par des résidences croisées : en octobre, deux jeunes auteurs congolais seront accueillis à Liège, tandis que des illustratrices belges animeront des ateliers BD à Kinshasa. L’objectif est de stimuler l’industrie créative locale et de multiplier les débouchés régionaux.
Un marché du livre ouvert à tous
Derrière la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles, une librairie éphémère déploiera ses étals à ciel ouvert. Romans, essais, bandes dessinées et livres jeunesse seront proposés à des prix adaptés aux budgets estudiantins, grâce à un accord entre éditeurs et libraires pour réduire les marges.
La cour de la délégation accueillera lectures de contes, débats sur l’édition numérique et séances de slam jusqu’au coucher du soleil. En clôture, un concert acoustique fusionnera rumba et poésie, rappelant la capacité du livre à dialoguer avec chaque art et à nourrir l’âme.










