Une nomination qui surprend Kinshasa
Le samedi 6 septembre, la salle de conférence d’un hôtel de Gombe était pleine : journalistes, influenceuses et fans de concours de beauté voulaient comprendre comment Dorcas Dienda, absente de la compétition, a soudainement remplacé Déborah Djema comme Miss Universe RDC 2025.
« Nous devions éclairer l’opinion », a ouvert Anado Kabika, directrice du comité d’organisation. Beaucoup de Kinois jugent l’idée même de « nommer » une miss plutôt que de l’« élire » contraire à l’esprit du concours. Certains y voient un raccourci qui entache la transparence de cette deuxième édition.
Le communiqué diffusé la veille parlait pourtant d’une simple adaptation : « Le comité a pris la décision de nommer Mme Dorcas Dienda Kasinde ». En filigrane, la volonté de sauver la participation congolaise à l’échéance internationale imminente.
Les contraintes du règlement international
À l’échelle mondiale, Miss Universe autorise qu’un comité national procède à un casting exceptionnel lorsqu’un titre devient vacant. Cette procédure, rarement utilisée, exige néanmoins que la nouvelle représentante remplisse toutes les conditions de l’organisation internationale.
« La latitude nous est offerte en cas d’urgence », rappelle Anado Kabika. Elle assure que la démarche respecte le cahier des charges transmis par Miss Universe International et que la nomination a été avalisée par l’antenne new-yorkaise dans les heures ayant suivi.
La pression était réelle : la RDC devait soumettre le profil de sa candidate officielle avant minuit ce 6 septembre, faute de quoi la licence 2025 aurait pu être suspendue. Devant l’ultimatum, le comité dit avoir privilégié la solution la plus sûre.
Le défi du temps de préparation
Le calendrier pèse lourd. La grande finale mondiale aura lieu dans soixante jours, alors que la plupart des délégations disposent déjà de quatre à six mois pour préparer leur protégée aux épreuves de éloquence, de cause sociale et de défilé.
Le comité congolais reconnaît le potentiel des finalistes de l’édition nationale, mais estime qu’il leur faudrait un encadrement plus long pour rivaliser. « Nous voulons que nos candidates brillent, pas qu’elles apprennent dans la précipitation », insiste la cellule coaching.
Dorcas Dienda, forte de plusieurs saisons sur les podiums africains, aurait donc moins de courbes d’apprentissage. Les préparateurs soulignent qu’elle maîtrise déjà l’anglais scénique, un atout majeur lors des interviews télévisées en direct.
Portrait de Dorcas Dienda, un atout confirmé
Âgée de 28 ans, Dorcas Dienda n’est pas une inconnue : couronnée Miss Africa 2019 à Calabar, elle a sillonné le continent pour des campagnes sur l’éducation des filles. Sa victoire au Nigeria demeure l’une des rares distinctions panafricaines remportées par une Congolaise.
Diplômée en communication de l’Université protestante du Congo, elle milite depuis trois ans pour l’accès des jeunes femmes aux filières STEM. « La couronne doit servir d’amplificateur », répète-t-elle, évoquant des projets de bourses en partenariat avec des start-ups de Kinshasa.
Son aisance devant les caméras et son réseau international ont pesé dans la balance. « Nous n’avions pas besoin de lui apprendre à gérer l’intensité médiatique », confie un attaché de presse habitué des Fashion Weeks africaines.
Polémique contractuelle avec Déborah Djema
La destitution de Déborah Djema, élue le 22 août, reste le point de crispation. Selon le comité, la jeune femme aurait exigé « 50 % des gains générés par son image », un pourcentage jugé « irraisonnable pour une coopération naissante ».
Des négociations auraient été tentées pendant dix jours, sans aboutir. Faute d’accord, et après que la miss a quitté le logement mis à disposition sans prévenir, la rupture de contrat a été actée. Djema ne s’est pas encore exprimée publiquement sur ces griefs.
Dans les rues de la capitale, les avis divergent. Certains dénoncent un manque de dialogue, d’autres estiment qu’une reine de beauté doit se soumettre aux règles du jeu qu’elle accepte en participant.
Le regard des experts sur la décision
Pour Fabien Likolo, analyste des médias congolais, « le comité a joué la carte du réalisme ». Il rappelle qu’en 2014, l’Indonésie avait déjà nommé sa candidate en urgence et avait pourtant atteint le Top 10 mondial.
La spécialiste mode Rachel Nsimba note cependant que la RDC devra renforcer sa transparence à l’avenir : « Les fans veulent comprendre, pas seulement être informés ». Un live Instagram mensuel avec Dorcas serait envisagé pour partager son parcours de préparation.
Au-delà de la polémique, la nomination ouvre un débat sur la professionnalisation des concours de beauté en Afrique centrale. Entre exigences internationales et attentes nationales, les comités doivent conjuguer image, contrats et deadlines serrées pour porter haut les couleurs du pays.










