Un élan solidaire à Ouenzé
Au petit matin du 6 septembre, les ruelles d’Ouenzé, arrondissement 5 de Brazzaville, se sont animées d’un ballet inédit. Entre rires d’enfants et salutations généreuses, bénévoles de Harris-Oyo Fondation et militants de l’association Source de Bien convergeaient vers le centre de santé intégré Jeanne-Vialle.
Le décor planté, la mission pouvait commencer : offrir aux familles les plus exposées des outils concrets pour préserver leur santé. Cette opération, placée sous le signe de la solidarité, prolonge le programme social de la fondation portée par le député Romi Oyo, figure connue pour son pragmatisme bienveillant.
Des kits sanitaires pensés pour les mères
« Répondre aux attentes des femmes et soutenir le travail acharné du personnel soignant », résume Junior Mahoungou, coordonnateur de Harris-Oyo Fondation. Sa voix, grave mais enthousiaste, rappelle que le choléra rôde toujours dans la région et que chaque geste préventif peut dessiner une frontière entre vulnérabilité et résilience.
Les bénévoles ont déchargé des cartons remplis de médicaments essentiels, de kits d’hygiène, de bassines et de seaux flambant neufs. Dans une autre pile, reposaient des pagnes colorés, des draps pour bébés et du matériel d’analyse bactérienne destiné au laboratoire du centre, si précieux pour les diagnostics rapides.
Avec minutie, les infirmières disposaient chaque article dans une salle fraîchement réaménagée. À l’extérieur, des habitants se pressaient, curieux de découvrir ces trésors sanitaires qui semblent parfois réservés aux grandes cliniques. « Nous nous sentons considérées », glisse une mère, bébé au dos, en récupérant son kit hygiène.
Prévenir le choléra au quotidien
Le geste matériel n’était qu’un préalable. Sous un chapiteau dressé à la hâte, une séance de sensibilisation réunissait mères, adolescents et patriarches. Sur une table, une bouteille d’eau claire servait d’illustration ; on y montrait l’importance de la faire bouillir avant consommation pour barrer la route au vibrion cholérique.
Les formateurs rappelaient aussi la nécessité du lavage régulier des mains et de la conservation sûre des aliments. Dans un quartier où l’accès à l’eau courante reste intermittent, ces conseils résonnent comme une alarme douce, invitant chacun à transformer de petites habitudes en réflexes de survie.
Une alliance féminine et proactive
Carine Miere, présidente flamboyante de Source de Bien, réaffirme devant l’assemblée son credo : « Les mères et les enfants sont l’avenir de notre pays ». Elle souligne que l’entente scellée avec Harris-Oyo Fondation permet de conjuguer expertise terrain et réseau institutionnel pour des réponses rapides et ciblées.
Du côté du centre Jeanne-Vialle, le docteur Brigitte Ngoma ne cache pas son soulagement. « Chaque don élargit le spectre de soins que nous pouvons offrir ». Elle rappelle que, malgré l’engagement des autorités sanitaires congolaises, les structures de proximité manquent encore souvent de consommables pour diagnostiquer et traiter promptement.
Cette opération, entièrement autofinancée par la fondation et ses partenaires, illustre un mouvement plus large au Congo-Brazzaville : la montée en puissance d’acteurs privés et associatifs dans l’appui aux politiques publiques. Loin de se substituer à l’État, ils viennent étoffer le maillage sanitaire et accélérer l’accès aux soins.
Le député Romi Oyo voit dans cet élan citoyen une continuité de la vision nationale autour de la Couverture Santé Universelle. Selon lui, la proximité avec les communautés permet d’identifier vite les poches de vulnérabilité et d’agir avant que l’urgence ne prenne des proportions incontrôlables.
Renforcer la santé de proximité
Dans les ruelles d’Ouenzé, l’opération a déjà un goût de victoire. Les enfants jouent avec les bassines flambant neuves, transformées en tambours improvisés, tandis que les mères rangent prudemment les comprimés antipaludéens. Sous leurs sourires, on devine surtout un sentiment de sécurité retrouvée, fragile mais déterminante.
Harris-Oyo Fondation projette de répéter l’initiative dans d’autres quartiers périphériques de Brazzaville, en adaptant les kits aux réalités locales : moustiquaires imprégnées là où le paludisme sévit, compléments nutritionnels dans les zones touchées par la malnutrition. Une feuille de route déjà partagée avec plusieurs leaders communautaires.
À plus long terme, la fondation envisage de renforcer les compétences des agents de santé en organisant des ateliers sur la détection précoce des épidémies. « Former, équiper, sensibiliser : le triptyque de notre engagement », martèle Junior Mahoungou, persuadé que la prévention coûte toujours moins cher que la guérison.
Les retombées économiques ne sont pas négligeables. En diminuant la durée des maladies infantiles, les parents conservent leurs revenus quotidiens, tandis que les structures publiques évitent des dépenses hospitalières lourdes. Ainsi, chaque kit distribué agit comme un investissement discret, mais réel, dans la croissance inclusive du pays.
De Ouenzé au reste du Congo-Brazzaville, cette chaîne de solidarité tisse des ponts entre institutions, associations et citoyens. Elle rappelle qu’au-delà des statistiques, la santé reste avant tout une affaire de proximité et d’humanité. Une bassine, un seau, un conseil : parfois, le bonheur tient à peu.
Prochaine étape : un suivi trimestriel des familles bénéficiaires pour mesurer l’impact des dons sur les indicateurs de santé. Objectif : transformer l’action ponctuelle en programme pérenne et inspirer d’autres mécènes.










