Brazzaville 2025 : l’audace des Femmes Spéciales

Brazzaville, carrefour du leadership féminin

Le mardi 5 novembre 2025, le hall majestueux du Mémorial Pierre Savorgnan de Brazza a résonné au son des tambours, des voix et des applaudissements. L’ouverture de la 10e édition de Femmes Spéciales y a attiré entrepreneures, artistes et décideuses venant d’Afrique et de la diaspora.

Portée par le coach Ninos Ezéchias Ngouama, cette plateforme dédiée au leadership féminin inscrit son anniversaire sous le thème Célébrons les femmes fortes et l’innovation. Un slogan vibrant qui rappelle la place centrale de la créativité dans le parcours des dirigeantes actuelles.

Madame Aline France Etokabeka, marraine, et Madame Belinda Ayessa, présidente d’honneur, ont accueilli les invitées avec chaleur. Dans l’assistance, l’énergie collective donnait déjà le ton d’une édition appelée à marquer durablement la scène congolaise de l’excellence féminine.

Une décennie au service de l’audace

Dix ans plus tôt, Femmes Spéciales n’était qu’un cercle confidentiel de mentoring. Aujourd’hui, l’événement figure parmi les rendez-vous continentaux les plus attendus pour celles qui créent, négocient des contrats ou dirigent des laboratoires d’idées à Brazzaville, à Kigali ou à Paris.

Les chiffres traduisent cette montée en puissance. De vingt participantes en 2015, le réseau en recense désormais plus de huit cents, dont quatre-vingt pour cent exercent dans l’entrepreneuriat formel, selon le comité d’organisation. Cette croissance épouse le dynamisme économique du Congo-Brazzaville.

Pour Ninos Ngouama, la longévité du projet trouve sa racine dans l’entraide africaine. « Nous ne sommes pas un festival, nous sommes une communauté apprenante », insiste-t-il, rappelant que plusieurs lauréates ont obtenu des levées de fonds ou des bourses internationales grâce au réseau.

La réussite repose aussi sur des partenariats solides. La banque publique d’investissement congolaise accompagne l’événement depuis 2018, tout comme plusieurs sociétés pétrolières qui financent la logistique neutre en carbone, preuve qu’un pont constructif peut unir secteur privé et engagement social et responsabilité durable.

Sous le signe de l’innovation inclusive

Dans son allocution liminaire, Aline France Etokabeka a rendu hommage aux pionnières congolaises qui, dit-elle, se battent chaque jour pour bâtir des sociétés plus justes, plus créatives, plus inclusives. Ses mots ont déclenché une salve d’applaudissements nourris.

Belinda Ayessa a, pour sa part, souligné que les femmes fortes d’aujourd’hui seront les bâtisseuses de demain. La directrice générale du mémorial a encouragé la salle à redoubler d’audace, rappelant le rôle clé que jouent les mentors dans la maturation des projets.

Le thème 2025 place l’innovation au cœur de chaque échange. Qu’il s’agisse de science des données, de mode éthique ou d’agritech, l’organisation veut montrer que l’avenir appartient à celles qui codent, prototypent ou créent des modèles économiques circulaires adaptés aux réalités locales.

Un programme résolument pratique

Pendant quatre jours, le public alternera entre keynotes, ateliers et expositions. Parmi les têtes d’affiche, la bio-ingénieure camerounaise Diane Mbongo présentera un procédé de filtration d’eau solaire, tandis que la styliste congolaise Marlène Mavou évoquera ses tissus upcyclés produits à Ndende.

Des sessions fermées de coaching permettront à de jeunes entrepreneures de tester leurs pitchs devant des investisseurs basés à Pointe-Noire et à Abidjan. Les panels aborderont aussi la masculinité positive, sujet devenu incontournable pour bâtir des écosystèmes équilibrés et prospères.

En soirée, les concerts et performances allient modernité et héritage bantou, offrant un contrepoint culturel à la réflexion économique. Brazzaville, déjà capitale de la sape, se drape ainsi d’une mosaïque de voix féminines célébrant l’avant-garde et l’identité.

Impact durable pour la jeunesse et la diaspora

Depuis 2016, Femmes Spéciales finance des bourses d’études destinées aux lycéennes rurales. Le message reste inchangé : si vous n’éduquez pas les jeunes filles aujourd’hui, vous punirez les mères et les enfants demain, rappelle régulièrement le comité.

L’événement sert aussi de passerelle vers la diaspora. Plus d’un quart des intervenantes résident à Londres, Montréal ou Johannesbourg. Leur retour d’expérience décomplexe les participantes locales et nourrit des collaborations transcontinentales, indispensables pour conquérir de nouveaux marchés ou accéder aux financements verts.

Sous la houlette d’Aline France Etokabeka, un pacte pour la formation continue a été signé avec trois universités congolaises. Objectif : mutualiser laboratoires, incubateurs et expertises afin d’offrir aux étudiantes un suivi entrepreneurial dès la première année de licence.

Ambitions pour l’avenir

Au premier soir, les projecteurs se sont éteints sur une promesse partagée : faire de Brazzaville la capitale africaine de l’innovation portée par les femmes. Les organisatrices envisagent déjà d’essaimer dans les provinces et d’ouvrir des antennes au sein de la CEMAC.

Un comité stratégique, présidé par Belinda Ayessa, planche sur un index de l’impact féminin qui mesurerait, chaque année, la création d’emplois, la réduction des inégalités salariales et la contribution climatique des entreprises fondées par les participantes.

Outre la célébration, la décennale apparaît comme un appel à la persévérance. C’est l’esprit même de Femmes Spéciales : un lieu où les rêves se transforment en modèles viables, et où l’excellence féminine contribue activement au développement harmonieux du Congo-Brazzaville et de tout le continent.