28 milliards FCFA pour booster les femmes ivoiriennes

Une ambition présidentielle de 28 milliards FCFA

Sous le soleil d’Abobo, le 19 septembre 2025, le président Alassane Ouattara salue une marée de pagnes colorés venue assister à la naissance officielle de DICEFA, plan d’autonomisation féminine de 28 milliards FCFA aux ambitions nationales.

Annoncé sous le thème « De l’engagement à l’action : investir dans les femmes pour une Côte d’Ivoire prospère », le dispositif est le fruit direct des Assises Nationales des Femmes de Côte d’Ivoire, tenues en 2024 dans un climat de concertation inédite.

Porté par la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Nassénéba Touré, DICEFA vise simultanément la formation, l’accès au foncier, le financement et la valorisation des produits locaux, afin de transformer la contribution économique féminine en véritable moteur de croissance durable.

Des centres agricoles pour changer d’échelle

Au cœur du programme, vingt centres modernes de transformation et de vulgarisation agricole verront le jour d’ici 2030, du nord savanicole au sud lagunaire, pour réduire de moitié les pertes post-récoltes et améliorer la qualité des denrées circulant sur les marchés urbains.

Chaque site disposera de séchoirs solaires, d’unités d’emballage, d’un laboratoire qualité et d’un espace de formation destiné aux agricultrices, illustrant la volonté d’allier innovation, sécurité alimentaire et création d’emplois locaux.

Selon le ministère de tutelle, plus de 10 500 coopératives rurales et périurbaines seront accompagnées, un chiffre qui traduit « une mobilisation sans précédent des partenaires techniques, des collectivités et du secteur privé », commente la directrice de cabinet, Awa Koffi.

À court terme, une enveloppe initiale de 1,547 milliard FCFA finance l’achat d’intrants, d’outillages et de matériel de transformation, équipements ensuite remis aux associations féminines lors de cérémonies régionales qui célèbrent aussi les savoir-faire culinaires traditionnels.

Accès au foncier et crédit, la double clé

En Côte d’Ivoire, moins de 10 % des terres enregistrées appartiennent à des femmes, selon les statistiques du ministère de l’Agriculture. DICEFA prévoit un appui juridique pour sécuriser 3 000 titres fonciers féminins, étape cruciale pour consolider l’autonomie patrimoniale.

Sur le volet financier, 337 millions FCFA seront distribués sous forme de prêts bonifiés ou de subventions, complétés par l’ouverture d’une ligne de garantie couvrant 60 % des risques bancaires, détaille une note conjointe du Trésor et de la Banque nationale d’investissement.

« Le principal obstacle reste la perception de la femme entrepreneure comme profil risqué », reconnaît Kouadio N’Guessan, directeur d’agence bancaire à Yamoussoukro. Grâce au mécanisme de garantie, il anticipe une hausse de 40 % des portefeuilles féminins d’ici deux ans.

Le programme encourage également le recours au mobile money pour fluidifier les remboursements et tracer les transactions. Une application dédiée, développée par une start-up d’Abidjan, permettra aux coopératives d’accéder en temps réel aux prix des intrants et aux opportunités de marché.

Une portée sociale au-delà des chiffres

Les projections officielles estiment que 105 000 ménages bénéficieront directement du programme, soit 525 000 personnes touchées par ricochet, un impact sociétal comparable à celui d’un département entier, souligne le sociologue Amadou Diabaté, spécialiste des politiques de développement local.

Au-delà du revenu, l’autonomisation renforce la scolarisation des filles, la nutrition infantile et la participation civique, rappelle la ministre Nassénéba Touré, pour qui « investir dans les femmes, c’est aussi investir dans la stabilité des foyers et la paix sociale ».

Le lancement au complexe sportif d’Abobo a rassemblé artistes, guides religieux et influenceuses digitales, confirmant le caractère transversal de l’initiative. La star du zouglou Magic System a offert un hymne inédit célébrant “les héroïnes du quotidien” diffusé en boucle sur les radios communautaires.

Cette mobilisation populaire rappelle la symbolique de l’« Année de la femme » décrétée en 2018, mais s’inscrit désormais dans une stratégie pérenne, articulée aux Objectifs de Développement Durable 2 et 5 relatifs à la sécurité alimentaire et à l’égalité des genres.

Pour mesurer l’efficacité de l’investissement, un comité scientifique indépendant publiera chaque année un indice d’autonomie féminine intégrant revenu, accès au foncier, scolarisation et leadership. Les données seront accessibles au public pour favoriser la redevabilité et inspirer d’autres politiques régionales.

Un signal fort pour l’Afrique de l’Ouest

En visitant les stands d’exposition, la première dame Dominique Ouattara a rappelé que la Côte d’Ivoire poursuit son ambition de devenir un hub régional de l’agro-transformation, soulignant que « le leadership féminin est l’une des clés de la compétitivité sous-régionale ».

Déjà, des délégations sénégalaise, ghanéenne et nigérienne ont exprimé leur intérêt pour le modèle DICEFA, envisageant des échanges d’expertise sur les chaînes de valeur, preuve que l’initiative ivoirienne pourrait servir de catalyseur à une dynamique continentale.

À Abobo, les applaudissements couvrent parfois le ronron des machines toutes neuves ; symbole d’un pays qui fait le pari de ses femmes pour sa prospérité future.