Une vue nouvelle sur la santé sexuelle inclusive

Brazzaville se mobilise pour l’inclusion

Sous la douceur moite d’un matin brazzavillois, une quarantaine de personnes se sont installées dans la salle polyvalente de l’Union nationale des aveugles et malvoyants du Congo. Elles n’étaient pas venues chercher la lumière, mais un droit : celui de mieux disposer de leur propre corps.

Le 11 décembre 2025, l’atelier consacré à « La santé, droit sexuel et reproductif des personnes vivant en situation de handicap visuel » a lancé la deuxième phase d’un projet porté par l’UNAMAC et l’Union africaine des aveugles.

Cette date n’est pas un hasard. Un an plus tôt, la République du Congo avait ratifié le protocole à la Charte africaine des droits de l’homme relatif aux personnes handicapées, confirmant sa volonté d’inclusion, saluée par les associations.

« Nous voulions poursuivre l’élan, passer des mots à l’action », explique Cyr Claudier Kokolo, président de l’UNAMAC, ajustant ses lunettes sombres. Son objectif : que les textes légaux débouchent sur des services accessibles et de qualité.

Défis quotidiens des personnes malvoyantes

Au Congo-Brazzaville, l’enquête démographique et de santé de 2022 estime à près de 2 % la proportion de citoyens touchés par une déficience visuelle sévère. Derrière le chiffre, la réalité est complexe et souvent silencieuse.

Pour accéder à un centre de santé, Pauline, 27 ans, doit d’abord convaincre un taxi d’accepter sa canne blanche, puis négocier un dossier médical qu’aucun docteur n’a transcrit en braille. « La plus grande barrière, c’est l’ignorance », souffle-t-elle.

Les obstacles se démultiplient dans le domaine de la sexualité. Manque d’informations adaptées, absence d’intimité durant les consultations, préjugés sur la parentalité : autant de murs invisibles qui limitent la jouissance de droits pourtant universels.

L’atelier a donc choisi d’enraciner le débat dans l’expérience. Les facilitateurs de l’Association congolaise pour le bien-être familial, conduits par Mycoeur Bakissi, ont déroulé des modules audio, des planches tactiles et des jeux de rôle.

Le but : clarifier la notion de consentement, présenter les méthodes contraceptives et familiariser le public avec le dépistage des IST. « Nous parlons de santé, pas de charité », insiste Bakissi, comme pour rappeler la dimension citoyenne de la démarche.

Un espace d’échanges et d’apprentissage

La journée a débuté par un quiz sensoriel. En effleurant de petites fioles, les participants devaient deviner le parfum associé à chaque étape de la vie amoureuse : vanille pour l’enfance, gingembre pour la passion, menthe pour la maturité.

Derrière le jeu, un message : les personnes non-voyantes naviguent elles aussi à travers ces saisons. « Je veux que mon premier enfant naisse dans de bonnes conditions médicales », confie Fabrice, 32 ans, venu de Makélékélé.

Les animateurs ont ensuite décrit les services disponibles. De plus en plus de centres de santé publique proposent des fiches braille et des consultations prioritaires. « Nous collaborons avec le ministère de la Santé pour étendre cette offre », précise Bakissi, devant un auditoire attentif.

Dans l’après-midi, une table ronde a réuni une sage-femme, un psychologue et un juriste. Ils ont répondu aux questions les plus intimes, preuve que l’atelier a créé un climat de confiance. « La connaissance libère », résume simplement Thérèse Kamango Loutekila, présidente de l’Association des femmes aveugles pour le développement.

Le volet pratique s’est conclu par une démonstration tactile des contraceptifs. Chacun a pu manipuler un préservatif, un implant modèle et même une coupe menstruelle. Les rires nerveux ont cédé la place à la curiosité et, enfin, à l’assurance.

Leadership féminin et plaidoyer continental

Au-delà de la salle, l’enjeu est continental. L’Union africaine des aveugles coordonne un projet qui relie les capitales, grâce au numérique et à des sessions régionales. L’UNAMAC, membre fondateur, sert de relais au Congo-Brazzaville.

Thérèse Kamango Loutekila insiste : « Les femmes malvoyantes doivent prendre la parole, sinon on parlera pour nous. » Son association forme déjà des ambassadrices communautaires capables d’animer un club santé ou de négocier avec un chef de quartier.

Le leadership se nourrit aussi d’exemples. En 2024, Mariama Diallo, juriste guinéenne aveugle, avait plaidé devant le Parlement panafricain pour la ratification du protocole. Son intervention, largement relayée sur les réseaux, a inspiré la génération montante.

La synergie avec les pouvoirs publics congolais demeure essentielle. Les intervenants saluent la récente publication du guide national sur l’accessibilité des services de santé, fruit d’un partenariat entre ministères, ONG et bailleurs.

Cap sur 2025 : des pistes d’avenir

La deuxième phase du projet se déploiera jusqu’en décembre 2025. Elle prévoit des cliniques mobiles dotées de matériel audiotactile pour desservir Ouesso, Dolisie et Pointe-Noire, afin de réduire les disparités territoriales.

Un portail web, déjà en test, proposera fiches audio, contacts d’urgence et géolocalisation des centres accessibles. « Nous voulons que personne n’ait plus d’excuse pour être mal informé », affirme Kokolo, déterminé.

Au fil des ateliers, une communauté d’entraide se dessine. Certains participants envisagent de former un réseau téléphonique afin d’accompagner les plus isolés dans leurs démarches administratives ou médicales.

« Le combat est grand parce qu’il reste beaucoup à faire, mais il est aussi exaltant », conclut Kokolo. Les applaudissements, emplis d’énergie, résonnent longtemps après la fermeture des portes, comme un écho de promesses tenues à la lumière du cœur.