Un Noël artisanal sous le signe de la créativité
Sous la voûte végétale de l’esplanade de l’Agence nationale de l’artisanat, Brazzaville se pare déjà des lumières de décembre. Depuis le 17, le marché de Noël offre aux flâneurs une immersion dans la matière, la couleur et le parfum d’une créativité africaine.
Organisée sous le thème « Faites de l’artisanat, l’artisan en fête », cette deuxième édition réunit jusqu’au 30 décembre une centaine de créateurs congolais et étrangers, décidés à transformer la période des cadeaux en manifeste de l’économie circulaire et inclusive.
Devant les stands éphémères, la vannerie épouse les fibres de raphia, les bijoux recyclent l’ivoire végétal, les textiles célèbrent les pagnes peints à la main. Chaque allée devient un carnet de voyage où le visiteur découvre l’histoire orale cachée derrière chaque pièce.
Pour la directrice générale de l’ANA, Emma Mireille Opa, « ce salon valorise le travail de l’artisan congolais tout en installant une atmosphère de partage ». Ses mots résonnent dans les applaudissements saluant l’ouverture officielle présidée par la ministre Jacqueline Lydia Mikolo.
Elle rappelle que le gouvernement multiplie les passerelles entre artisanat et marché, afin que la main créative trouve repreneur. Le slogan au micro, « achetez local, investissez dans vos rêves », sonne comme une invitation aux familles brazzavilloises en quête de sens.
L’artisan congolais, cœur battant de l’économie locale
En marge des stands, des ateliers pédagogiques dévoilent des gestes séculaires: tisser un pagne, marteler le cuivre, sculpter le bois d’essence claire. Les enfants manipulent la matière, guidés par des femmes dont le savoir-faire se transmet souvent de mère en fille.
Ces artisanes, souvent sorties de l’informel grâce à un microcrédit ou à l’appui de coopératives, représentent un maillon dynamique de l’économie congolaise. Selon l’ANA, plus de 60 % des exposants sont des femmes, porteuses d’une ambition artistique et sociale.
« Ici, je vends plus que des paniers, je vends notre histoire », confie Ange-Claire Makaya, vannière du département des Plateaux. Son stand décoré de feuilles de bananier séchées rappelle la forêt galerie où elle puise inspiration et matières premières.
Une vitrine panafricaine de talents
Six pays invités – Madagascar, Côte d’Ivoire, Mali, Cameroun, Sénégal et RD Congo – apportent une tonalité continentale à l’événement. Les rires malgaches se mêlent aux percussions mandingues, tandis que les visiteurs comparent les teintures bogolan aux indigos camerounais, dans un joyeux concert d’accents.
La présence de délégations étrangères nourrit aussi des partenariats. De premiers échanges ont été amorcés avec des distributeurs sénégalais pour exporter les savons congolais à base de moringa, tandis qu’une coopérative ivoirienne envisage de commander du sisal du Pool pour ses nouvelles lignes de maroquinerie éthique.
Pour les autorités, cette ouverture sur le continent illustre la volonté de faire du Congo-Brazzaville un hub créatif. « L’artisan n’est plus cantonné à son échoppe, il devient un ambassadeur », souligne Léon Juste Ibombo, ministre de l’Économie numérique, en parcourant les stands connectés au Wi-Fi public.
Des ambitions numériques pour 2026
La ministre Jacqueline Lydia Mikolo a profité de l’ouverture pour dévoiler une feuille de route numérique. Dès 2026, chaque artisan disposera d’une carte professionnelle dématérialisée couplée à une assurance-maladie, simplifiant l’accès aux droits sociaux et offrant une traçabilité accrue aux acheteurs nationaux et étrangers.
Un village artisanal modernisé verra également le jour sur les rives de la Tsiémé, mêlant ateliers partagés, espace de vente permanente et centre de formation. « Nous voulons que Brazzaville soit une escale obligatoire pour les amateurs d’art africain », explique la directrice de l’ANA, confiante.
Autre projet en gestation: une galerie virtuelle administrée par l’ANA, conçue avec l’appui du ministère de l’Économie numérique. Elle permettra de visiter en ligne un show-room 3D, de régler ses achats par mobile money et de suivre l’acheminement, renforçant ainsi la confiance des diasporas.
Pour soutenir ces mutations, le ministère des Zones économiques spéciales étudie déjà des exemptions fiscales ciblées, tandis que l’Agriculture planche sur un label bois responsable. Le marché de Noël se transforme ainsi en laboratoire grandeur nature, reliant savoir ancestral et innovation.
Acheter local, un geste d’avenir
Le public, lui, répond présent. De jeunes citadins postent un selfie avec des bougies parfumées au bois de wengé, tandis que des grands-mères comparent les confitures de mangue sauvage. Dans chaque transaction, se lit l’envie de soutenir une économie qui privilégie la valeur ajoutée locale.
Les économistes rappellent que chaque franc dépensé dans l’artisanat conserve jusqu’à trois fois plus de richesse sur le territoire qu’un achat importé. En période festive, ce multiplicateur social résonne fortement, redonnant confiance aux petites et moyennes entreprises qui portent l’emploi non extractif.
À la nuit tombée, les guirlandes solaires se reflètent sur l’Oubangui. Les rires des enfants, la fierté des exposants et le ballet discret des acheteurs professionnels annoncent le succès de cette cuvée 2025. Un Noël artisanal qui trace, pas à pas, la route d’une prospérité partagée.










