Traité Makoko : colloque inédit à Brazzaville

Brazzaville célèbre 145 ans d’histoire vivante

Les rives du fleuve Congo s’apprêtent à accueillir historiennes, anthropologues et artistes, venus questionner un geste fondateur : la signature du traité conclu le 10 septembre 1880 entre le roi Makoko et l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza.

Du 9 au 13 septembre, Brazzaville deviendra le théâtre d’un colloque international marquant le 145e anniversaire de cet accord, pivot symbolique de la naissance de l’État moderne congolais et toujours source de débats sur la mémoire partagée.

Placée sous le thème général « Sur la route de l’histoire », la rencontre entend conjuguer rigueur scientifique et récit sensible afin de relier les générations et d’esquisser de nouvelles perspectives sur l’identité nationale.

Cinq panels pour revisiter l’Afrique précoloniale

Conçu par le comité scientifique présidé par l’historien Jean Félix Yekoka, le programme s’articule autour de cinq panels explorant les sociétés africaines précoloniales, les pouvoirs politiques et religieux, les imaginaires culturels, les savoirs endogènes ainsi que les legs de cette époque dans l’édification des États modernes.

Chaque intervenant, du chercheur senior à la jeune doctorante, est invité à confronter archives coloniales, traditions orales et innovations numériques, pour éclairer des zones encore peu étudiées de l’histoire régionale.

Le croisement de ces regards, issus du Congo, de l’Afrique centrale, d’Europe et de la diaspora caribéenne, devrait nourrir un dialogue dépassant les frontières académiques et favoriser des collaborations culturelles durables.

Transmission intergénérationnelle et jeunesse

Pour Eugénie Mouayini Opou, présidente de la Confédération générale Télé et cheville ouvrière du projet, « si nous ne transmettons pas notre histoire, nous laisserons nos enfants dans l’égarement ».

Elle plaide donc pour un héritage vivant : documents, objets, chants et récits devront circuler des salles de classe aux espaces numériques afin de nourrir le sentiment d’appartenance et la capacité de débattre avec les autres peuples.

Le colloque proposera ainsi des projections patrimoniales, des ateliers pédagogiques ouverts aux lycéennes et des séances de slam historique, gages d’une transmission créative qui épouse les codes d’une jeunesse connectée.

Leadership féminin au premier plan

Le pilotage de l’événement illustre la montée en puissance des femmes dans la gouvernance culturelle congolaise, des coulisses logistiques jusqu’à la tribune scientifique, où de nombreuses chercheuses occupent la moitié des chaises.

« Nous voulons prouver qu’investir dans la compétence féminine, c’est investir dans la durabilité », assure Belinda Ayessa, rappelant que les gardiennes du patrimoine sont souvent les premières à transmettre chants, couleurs et rites familiaux.

Un forum parallèle, soutenu par l’Agence nationale du numérique, permettra aux start-uppeuses de présenter des applications de réalité augmentée dédiées au tourisme mémoriel, combinant cartes interactives, podcasts géolocalisés et boutiques solidaires.

Ce pont entre technologie et récit ancestral ambitionne de séduire la diaspora, invitée à participer via des capsules vidéo diffusées en direct, afin de tisser un cercle vertueux de connaissances et d’investissements transcontinentaux.

En marge du colloque, un concours de jeunes plumes récompensera des essais écrits par des étudiantes sur l’héritage Téké; les lauréates verront leurs textes publiés dans une anthologie bilingue distribuée gratuitement aux bibliothèques rurales.

Le royaume de Mbé, patrimoine en devenir

Au-delà de Brazzaville, les projecteurs se tourneront vers Mbé, ancienne capitale du royaume Téké, considérée comme le cœur spirituel de l’alliance Makoko-De Brazza et trait d’union entre passé, présent et avenir.

Belinda Ayessa, directrice du Mausolée De Brazza et marraine du colloque, souhaite voir ce site inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco, estimant qu’il symbolise « la réconciliation d’hier et l’audace de demain ».

Une excursion guidée, prévue le 12 septembre, invitera participants à rencontrer artisanes, conteurs et gardiens des insignes royaux, tissant le fil entre mémoire vive et création contemporaine.

Tourisme responsable et économie locale

Pour Samuel Kidiba, conseiller au ministère de la Culture, Mbé possède un magnétisme capable de dynamiser l’économie locale grâce à des circuits de randonnée, des écolodges et un marché d’artisanat à forte valeur ajoutée.

Dans les allées du colloque, agences de voyage, investisseuses et plateformes numériques présenteront des solutions visant à prolonger le séjour des visiteurs tout en garantissant des retombées directes pour les communautés riveraines.

L’accent mis sur des expériences responsables s’inscrit dans la stratégie nationale qui associe patrimoine, environnement et entrepreneuriat, un triptyque où les femmes occupent un rôle de premier plan dans la chaîne de valeur.

Vers un colloque pérenne et rayonnant

À terme, Jean Félix Yekoka ambitionne de faire de cette rencontre un rendez-vous annuel doté d’un secrétariat permanent, afin de consolider les acquis et d’assurer une visibilité internationale stable.

Un portail d’archives ouvertes, des expositions itinérantes et une série de podcasts en langues nationales figurent déjà parmi les projets qui permettront de prolonger les échanges bien au-delà du mois de septembre.

En plaçant l’alliance Makoko-De Brazza au centre d’une réflexion contemporaine, le Congo affirme son rôle d’hôte bienveillant tout en s’ouvrant à la diplomatie culturelle, vecteur d’opportunités pour sa jeunesse et son secteur créatif.

Les organisateurs visent cinq cents participantes, record qui illustrerait l’engouement grandissant pour la diplomatie culturelle congolaise.