Sahel : l’Afrique de l’Ouest scelle un pacte sécurité

À Accra, fin janvier, l’Afrique de l’Ouest a posé un geste rare : transformer des promesses de coopération en architecture durable. Les dirigeants y ont scellé un cadre régional permanent de sécurité, signe d’une région qui refuse de subir l’insécurité en spectatrice.

Un cadre permanent né d’une urgence partagée

La conférence consultative de haut niveau, réunie à Accra les 29 et 30 janvier 2026, a rassemblé chefs d’État et hauts responsables autour d’un même constat. Le terrorisme, l’extrémisme violent et la criminalité transnationale ne connaissent plus de frontières dans la sous-région.

De cette lucidité est née une décision structurante : un cadre régional permanent, pensé pour coordonner les réponses collectives plutôt que de les laisser éclatées entre capitales. L’ambition dépasse la déclaration d’intention habituelle.

Le président ghanéen John Dramani Mahama a résumé l’esprit de la rencontre avec une formule appelée à circuler. « Dans notre région, les progrès réalisés dans un pays renforcent la collectivité, tandis que l’instabilité se répercute au-delà de nos frontières », a-t-il déclaré.

Le Sahel, épicentre d’une violence mondiale

Les chiffres dressent un décor sans détour. En 2025, la région du Sahel concentrait plus de 50 % des décès liés au terrorisme dans le monde et 19 % de l’ensemble des incidents recensés, selon l’Indice mondial du terrorisme (GTI).

Derrière ces statistiques se cachent des trajectoires humaines brisées et des populations déplacées. Dans ces territoires, ce sont souvent les femmes qui portent la charge des familles dispersées et tiennent le tissu social à bout de bras.

C’est cette réalité quotidienne, plus que les seules cartes stratégiques, qui donne au sujet sa résonance. La sécurité n’est pas une abstraction : elle conditionne la possibilité même de vivre, de travailler et d’entreprendre.

Renseignement, frontières et justice harmonisée

Concrètement, le cadre prévoit des consultations régulières de haut niveau et un partage de renseignements renforcé entre États. Il mise aussi sur des mesures conjointes de sécurité aux frontières, points névralgiques des trafics et des infiltrations.

S’y ajoutent des mécanismes juridiques harmonisés, destinés à poursuivre plus efficacement les crimes transfrontaliers. L’idée est de fermer les angles morts dont profitent les réseaux criminels, longtemps mieux coordonnés que les réponses étatiques.

Les dirigeants ont tenu à rassurer sur un point sensible. Cette coopération renforcée s’accompagne du respect affirmé de la souveraineté nationale et d’une responsabilité partagée en matière de paix et de stabilité.

Le président libérien Joseph Nyuma Boakai a posé une ligne claire. « Nous sommes déterminés à prévenir tout conflit, quel qu’il soit, au niveau national, régional ou international », a-t-il affirmé.

Quand la stabilité devient condition de prospérité

Autour de la table, le Ghana, le Libéria et la Sierra Leone étaient représentés au plus haut niveau. Le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Nigéria, le Sénégal et le Togo y ont également pris part, dessinant une géographie de la volonté commune.

Tous ont martelé un même fil conducteur : sécurité, développement et intégration régionale sont indissociables. L’instabilité, ont-ils averti, continue de freiner la croissance économique et d’éroder la cohésion sociale.

Ce lien intéresse directement celles qui construisent l’économie de demain. Sans environnement stable, les entrepreneuses, créatrices et dirigeantes du continent voient leurs projets fragilisés et leurs ambitions contraintes par l’incertitude.

Les participants ont convenu de tenir de nouvelles consultations techniques pour donner corps à ce dispositif. Reste désormais à transformer l’engagement d’Accra en mécanismes concrets, dans la durée. Pour des millions de femmes et d’hommes de la région, c’est la promesse d’un horizon où la sécurité cesse d’être un luxe.

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