RENALVISCO : renaissance d’un bouclier contre les violences

Brazzaville renoue avec la mobilisation

Dans une salle baignée de lumière près du Centre-ville de Brazzaville, la coordinatrice du RENALVISCO, Jocelyne Milandou Kanza, a réuni ses membres le 25 septembre. Objectif : relancer un réseau fondé en 2011 et rappeler, au cœur de la capitale, l’urgence d’une riposte concertée contre les violences sexuelles.

Quatorze années d’existence n’ont pas émoussé la détermination de la plateforme. Pourtant, un passage à vide récent avait mis son dynamisme en suspens. « Il fallait reprendre le flambeau », confie une membre fondatrice, évoquant la nécessité de s’aligner sur les évolutions sociales et juridiques du pays.

Un réseau revitalisé face aux défis

Depuis six mois, bénévoles, juristes et soignants œuvrent à réchauffer les braises de cette coalition autrefois en veille. Chaque réunion s’accompagne d’ateliers d’écoute pour recueillir les attentes des survivantes, dont la parole se libère progressivement grâce à un tissu associatif plus structuré.

Les participantes insistent : la revitalisation ne se résume pas à des mots. Elle s’illustre par l’arrivée de jeunes volontaires formés à la prise en charge holistique, mais aussi par un dialogue renoué avec les autorités sanitaires et sociales, afin de consolider un maillage protecteur à l’échelle nationale.

Réexamen des textes fondateurs

La séance de travail a principalement porté sur la mise à jour des statuts. « Beaucoup de termes ne correspondaient plus aux réalités des victimes ni aux instruments juridiques internationaux que le Congo a ratifiés », explique Jocelyne Milandou Kanza, soulignant la volonté d’adapter le règlement intérieur aux nouveaux défis.

Un comité de sept personnes, élu à main levée, épluchera chaque article. Le calendrier est serré : d’ici quelques semaines, un document toiletté sera soumis à une réunion de pré-validation, afin qu’aucune virgule ne reste en porte-à-faux avec les lois et engagements nationaux.

Vers une assemblée générale décisive

La feuille de route fixe la tenue d’une assemblée générale en décembre. Au programme : adoption formelle des statuts révisés et renouvellement des instances dirigeantes. « Toute proposition doit recevoir l’onction de la base ; c’est le gage d’une gouvernance transparente », affirme la coordinatrice devant une assistance attentive.

Les candidatures se préparent déjà en coulisses. Les profils recherchés devront conjuguer expertise juridique, ancrage communautaire et aptitude à mobiliser des financements. Le réseau s’engage ainsi à assurer la relève sans rompre le fil de la mémoire militante qui le caractérise depuis 2011.

Garantir la protection des survivantes

Au-delà des textes, la priorité reste la sécurité des victimes. Le Congo-Brazzaville a renforcé son arsenal législatif ces dernières années, notamment sur les violences basées sur le genre. Les associations saluent l’existence de cellules d’écoute, mais réclament un maillage plus dense dans les districts ruraux.

Les violences qualifiées de « spécifiques » recouvrent viols, mutilations, mariages forcés ou violences conjugales. Leur prise en charge nécessite une approche pluridisciplinaire. Psychologues, avocats et travailleurs sociaux doivent intervenir sans délai afin d’éviter la double peine de l’isolement et du silence imposé aux survivantes.

Synergies institutionnelles et partenaires

Le RENALVISCO mise sur des partenariats avec les ministères de la Promotion de la femme, de la Santé et de la Justice. Des ONG internationales apportent expertise et micro-financements. « La coordination veut devenir un trait d’union entre terrain et décideurs », analyse la sociologue Estelle Ifouanga, présente comme observatrice.

Cette dernière estime que l’harmonisation des référentiels peut accroître l’efficacité des procédures juridiques. « Lorsque chaque acteur parle le même langage, la victime n’est plus renvoyée de porte en porte », insiste-t-elle, plaidant pour des protocoles communs dans les commissariats et hôpitaux.

Un engagement qui dépasse les frontières

La dynamique brazzavilloise inspire déjà les réseaux sœurs d’Afrique centrale. Des réunions virtuelles avec des collectifs camerounais et gabonais ouvrent la voie à une plateforme régionale de partage d’expériences. Les défis sont similaires : stigmatisation, accès à la justice et financement pérenne des initiatives locales.

Le numérique sert de catalyseur. Groupes WhatsApp sécurisés, webinaires et campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux permettent d’élargir la mobilisation. Le réseau entend former une brigade de cyber-volontaires chargée d’identifier les discours sexistes en ligne et d’appuyer les signalements officiels.

Les attentes des communautés

Dans les quartiers populaires de la capitale, les comités de vigilance communautaire réclament un numéro vert disponible 24 h/24. Les statistiques internes du réseau montrent que la majorité des signalements arrivent le soir, lorsque les victimes trouvent enfin un moment d’intimité pour demander de l’aide.

La mobilisation masculine est également mise en avant. Des leaders religieux et chefs de quartier participent désormais à des ateliers sur la masculinité positive. Selon le pasteur Martin Ngoma, « impliquer les hommes, c’est désamorcer les violences à la racine et bâtir une paix durable dans les foyers ».

Perspectives pour 2024

Au terme de cette phase de restructuration, le RENALVISCO veut lancer un fonds de solidarité destiné à financer les frais médicaux et judiciaires des survivantes les plus démunies. Une campagne de collecte de dons sera annoncée juste après l’assemblée générale de décembre.

Le réseau projettera également un documentaire, réalisé avec des cinéastes congolais, pour raconter le parcours de résilience de plusieurs survivantes. En filigrane, un message clair : la lutte contre les violences spécifiques n’est pas l’affaire d’un jour, mais un engagement collectif inscrit dans la durée.