165 talents congolais certifiés, l’avenir se tisse

Brazzaville célèbre 165 nouveaux professionnels

Au mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza, le 26 septembre, les couloirs chargés d’histoire ont vibré des applaudissements destinés à 165 jeunes certifiés, 102 femmes et 63 hommes, prêts à façonner le tissu économique congolais.

La remise des diplômes, orchestrée par l’ONG Essor et un réseau de partenaires institutionnels, a offert bien plus qu’un rite de passage : elle a matérialisé l’espoir d’une génération en recherche d’autonomie et de reconnaissance professionnelle.

Certificat en main, ces jeunes venus de Makélékélé à Talangaï racontent déjà leurs premiers contrats, comme si la page blanche s’emplissait soudain de lignes enthousiastes et d’une signature : celle de la compétence locale.

Des formations ciblées pour l’employabilité

Mécanique automobile, soudure électrique, pâtisserie, hôtellerie, couture ou informatique : la cartographie des filières répond aux besoins réels du marché urbain et péri-urbain, de la réparation de mototaxis à la digitalisation des PME familiales.

Les programmes ont alterné théorie et immersion en atelier, car apprendre à calibrer un fer à souder vaut autant que maîtriser les devis clients, rappelle une formatrice, convaincue que la polyvalence sera le meilleur bouclier contre le chômage.

Pour beaucoup, la formation était gratuite ou symbolique, financée par l’Agence française de développement, l’Union européenne et l’ambassade de France via le dispositif Kotonga, démontrant l’intérêt d’alliances Nord-Sud au service de la jeunesse congolaise.

Essor : catalyseur d’insertion sociale

Depuis Brazzaville, Essor pilote trois programmes phares : Relieef, Emateli et Nouvelle opportunité d’avenir, chacun plaçant l’entrepreneuriat féminin et l’autonomie des quartiers populaires au cœur de leurs indicateurs de réussite.

« Derrière ce nombre, il y a 165 parcours de vie transformés », a souligné le coordonnateur pays, Dieudonné Badawé, insistant sur l’importance du suivi post-formation, de la micro-épargne à l’incubation de petites entreprises.

L’ONG n’envisage pas l’insertion comme un épisode isolé : des coachs restent disponibles six mois après la dernière leçon pour conseiller sur le marketing local, les démarches administratives et la gestion des stocks.

Des héroïnes invisibles sortent de l’ombre

Parmi les diplômés, 62 % sont des femmes, parfois cheffes de famille, venues reconquérir leur destin entre deux responsabilités domestiques, prouvant que la formation professionnelle peut être un levier d’émancipation aussi solide qu’un diplôme académique.

Marina, 28 ans, a appris à tempérer le chocolat avant de tempérer ses doutes ; aujourd’hui, elle vend ses éclairs mangue-passion aux abords du marché Total, et espère ouvrir sa pâtisserie sur l’avenue Matsoua d’ici un an.

Dans l’atelier couture, Jeanne, mère de deux enfants, détaille comment son nouveau savoir-faire lui donne la possibilité de se constituer un capital pour scolariser ses filles, l’une rêvant de médecine, l’autre de design.

Ces voix féminines, jusque-là inaudibles, rejoignent un chœur plus large où se tressent ambitions personnelles et retombées collectives, de la création d’emplois aux modèles de rôle que recherchent les adolescentes du quartier.

Vers un écosystème durable d’auto-emploi

Selon le ministère de la Jeunesse, près de la moitié des Congolais ont moins de 25 ans ; l’enjeu n’est plus de trouver un emploi, mais d’en créer, souligne conseiller qui salue la complémentarité associative.

Les diplômés auront accès à des micro-crédits négociés avec des institutions locales ; un fonds rotatif a été annoncé pour soutenir l’achat d’équipements de base, qu’il s’agisse d’un poste à souder ou d’un four électrique.

L’enjeu est également environnemental : Emateli encourage la transformation de produits agricoles locaux pour réduire l’empreinte carbone des importations alimentaires tout en revalorisant le manioc, la banane plantain ou le sésame de la ceinture verte de Brazzaville.

À travers cette dynamique, l’État voit se construire un vivier de compétences aptes à accompagner les grands projets d’infrastructures tout en nourrissant l’économie informelle qui, selon les économistes, demeure un pilier indispensable à la stabilité sociale.

La technologie au service de l’insertion

Une partie des apprenants a suivi un module d’initiation au numérique, de la conception de CV en ligne à l’usage des plateformes de vente, afin de raccourcir la distance entre le produit congolais et le consommateur de Pointe-Noire à Montréal.

Pour les futures pâtissières comme pour les soudeurs, savoir photographier un gâteau ou poster la vidéo d’un portail fraîchement assemblé multiplie les chances d’obtenir des commandes, souligne un formateur en marketing digital.

Les organisateurs prévoient d’équiper un fablab mobile qui circulera dans les arrondissements pour former gratuitement à la maintenance de smartphones, secteur en plein essor, et offrir un premier point de service aux riverains.

Perspectives régionales

Le succès de la cohorte brazzavilloise inspire déjà Dolisie et Ouesso : Essor envisage d’y lancer des promotions mixtes dès l’an prochain, s’appuyant sur les antennes des chambres de commerce pour impliquer artisans et industriels locaux.

Cette expansion pourrait à terme connecter un réseau national de diplômés, favorisant l’échange de commandes, la mutualisation d’outils coûteux et la création de coopératives capables de répondre aux appels d’offres de grands chantiers publics.

À chaque badge remis, c’est une promesse qui voyage au-delà des fleuves, signalant qu’une jeunesse formée reste la meilleure boussole pour l’émergence régionale.