Pelebe : la griffe ivoirienne qui séduit le monde

Un rêve taillé dans les cahiers d’école

Dans l’effervescence créative d’Abidjan, un nom résonne avec insistance : Zak Koné. À trente-quatre ans, l’autodidacte ivoirien a fondé la maison Pelebe, label qui cherche à bousculer les frontières entre inspiration africaine et désir d’universalité.

Le designer se souvient d’avoir esquissé ses premiers croquis sur les cahiers d’école, fasciné par les silhouettes haute couture qu’il découvrait dans les magazines importés. Cette curiosité, nourrie loin des podiums parisiens, s’est muée en ambition profonde : offrir à la mode ivoirienne un langage planétaire.

De la communication au tissu: l’apprentissage terrain

Diplômé de communication et marketing mais sans moyens pour intégrer une école de mode réputée, il a choisi la voie de l’expérience terrain. « J’ai appris en habillant des amis, puis des artistes, chaque essayage était une salle de classe », confie-t-il, sourire candide aux lèvres.

Cette immersion lui révèle pourtant un fossé : pendant que Dior ou Versace parlent à Tokyo comme à New York, beaucoup de griffes africaines restent cantonnées aux marchés locaux. L’écart devient frustration, et la frustration moteur d’un saut décisif vers le design pur.

Premières lignes d’un manifeste africain universel

En 2020, il esquisse la première silhouette siglée Pelebe et pose les bases d’un manifeste esthétique. Il y mêle le drapé ashanti, la souplesse du coton ivoirien et des volumes contemporains capables d’épouser la garde-robe d’une cadre à Lagos comme celle d’une étudiante à Montréal.

Un nom, un héritage, une mission

Le nom même de la marque porte une histoire intime. En sénoufo, Pelebe évoque la fusion d’une fratrie. C’était aussi le surnom de son grand-père, injustement écarté de la famille. « Habiller le monde, c’est laver son honneur », souffle Zak, le regard soudain grave.

Cette mémoire familiale nourrit une vision précise de la femme moderne. Pour Zak, la cliente Pelebe est citoyenne du monde, connectée et curieuse de ses racines comme des technologies. Le vêtement doit tenir dans l’avion, le métro ou la chaleur d’une ruelle abidjanaise.

Matières respirantes et esthétique inclusive

Pour répondre à cet impératif, l’atelier privilégie des fibres naturelles. Le coton filé à Korhogo domine les collections, parfois secondé par un voile léger. Le raphia, plus audacieux, apparaît peu à peu en survestes tissées, hommage durable aux savoir-faire du nord ivoirien.

La mise en images traduit cette ambition inclusive. Devant l’objectif, mannequins guinéens, marocains ou français côtoient des profils albinos ou vitiligo. L’idée, explique le créateur, n’est pas de cocher une case marketing, mais de refléter la pluralité authentique des rues d’Abidjan, de Dakar ou de Paris.

Abidjan propulse la griffe sur les podiums

La notoriété grandit avec les rendez-vous mode d’Abidjan. En 2023, Pelebe ouvre le défilé de la Elie Kuame Fashion Week. Les critiques louent des silhouettes fraîches. « Un passage de témoin vers une nouvelle garde ouest-africaine », résume une éditrice nigériane.

L’impact devient mondial quand Olivia Yacé, Miss Côte d’Ivoire et finaliste Miss Universe, opte pour une robe drapée ivoire Pelebe. Les réseaux sociaux s’enflamment, offrant à la jeune marque une vitrine inattendue devant des millions de spectateurs.

Petite équipe, grandes ambitions digitales

Face à la demande, Zak gère pour l’instant une production intime de six artisans, mais il refuse la précipitation. « Être petit me permet de rester exigeant », glisse-t-il, préférant ralentir la cadence plutôt que sacrifier la finition des broderies main ou l’alignement millimétré des coutures.

L’étape suivante s’esquisse pourtant : dès 2026, une boutique en ligne devrait voir le jour. Pensée comme un showroom virtuel, elle regroupera prêt-à-porter, accessoires et contenus éditoriaux mettant en avant les artisans. L’objectif est clair : toucher Londres, Chicago ou Osaka sans quitter Abidjan.

Pour soutenir ce virage digital, Zak échange avec des concept stores maliens et marocains voulant proposer un clic & collect local. Il s’appuie aussi sur la diaspora, surtout les Ivoiriens de France, ambassadeurs spontanés qui portent et partagent la marque lors d’événements culturels.

Réinventer la place de l’Afrique dans la mode

Au-delà de la réussite commerciale, Pelebe interroge la place de la créativité africaine dans la conversation mondiale. Le label rappelle qu’il est possible de rester ancré dans une identité, sans folklore figé, tout en parlant le langage confortable et fonctionnel qu’exigent les garde-robes globalisées.

En scrutant l’horizon, on comprend que le pari de Zak Koné dépasse la simple couture : il s’agit de tisser un récit où héritage et futur se renforcent mutuellement. Les clientes qui passent un trench Pelebe sur leurs épaules emportent aussi une part de cette réconciliation.

Soutiens institutionnels et atelier vivant

Le gouvernement ivoirien encourage cette dynamique en multipliant les incubateurs dédiés au textile, offrant aux jeunes marques un accès facilité au financement et à la formation. Zak souligne que ces structures publiques ont permis à son équipe d’obtenir de nouvelles machines sans alourdir la trésorerie fragile d’une start-up.

En attendant, l’atelier d’Adjamé bruisse de ciseaux et de chansons zouglou. Chaque pièce, numérotée, porte une étiquette où figure la phrase : « Made in Côte d’Ivoire with love ». Un clin d’œil simple, presque naïf, qui rappelle que la mode peut encore raconter des histoires humaines.