Brazzaville : alliance capitale pour les femmes PME

Partenariat stratégique Brazzaville

À Brazzaville, une poignée de main vient d’amorcer une dynamique susceptible de redessiner la carte de l’entrepreneuriat féminin en Afrique centrale. La ministre Jacqueline Lydia Mikolo et la présidente de la Fofe-Ac, Jacqueline Tientcheu, viennent d’esquisser un partenariat qualifié de stratégique par leurs entourages.

La rencontre, tenue récemment au cabinet du ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat, révèle une volonté politique assumée : consolider le tissu des Pme dirigées par des femmes et faire de Brazzaville un pôle d’impulsion régionale.

Au cœur des échanges, deux priorités se dégagent. D’abord la reconnaissance formelle de la Fofe-Ac comme organe technique d’appui. Ensuite l’accès facilité, pour ses adhérentes, aux outils financiers et aux mécanismes d’accompagnement du ministère.

Centre incubateur national PME

« Nous souhaitons aligner nos programmes pour maximiser l’impact », glisse Jacqueline Lydia Mikolo, réaffirmant l’engagement gouvernemental à soutenir les initiatives déployées par les femmes entrepreneurs, moteur reconnu de croissance inclusive.

Première retombée concrète : l’annonce, pour décembre, d’un centre incubateur national placé sous l’égide du ministère. La structure accompagnera les Pme en démarrage ou en phase d’expansion, avec une attention ciblée sur les projets portés par des femmes.

En ouvrant les portes de l’incubateur à la société civile, le ministère entend favoriser un écosystème où associations, bailleurs et organismes de formation travaillent de concert. La Fofe-Ac figure en tête de liste des partenaires pressentis pour animer cet espace collaboratif.

Puissance régionale de la Fofe-Ac

Face à la ministre, Jacqueline Tientcheu a déroulé le parcours d’une fédération née du terrain. Présente dans onze pays, la Fofe-Ac connecte des centaines d’associations nationales et mutualise leur plaidoyer auprès des institutions régionales.

Son diagnostic est clair : les femmes créent des entreprises, mais butent encore sur l’accès aux financements, aux marchés publics et aux formations adaptées. D’où l’intérêt d’un guichet unique partagé avec le ministère et ses structures techniques.

Dans la foulée, la présidente est revenue sur ses récentes entrevues avec le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement ainsi qu’avec le Haut conseil des affaires de la Ceeac. Objectif : préparer une ligne de garantie dédiée aux entrepreneures.

Le Feciac, accélérateur de croissance

Le calendrier s’accélère avec le Forum économique pour la croissance et l’investissement en Afrique centrale, programmé les 3 et 4 novembre à Brazzaville. La Fofe-Ac y disposera d’un pavillon et souhaite y associer le ministère pour valoriser l’incubateur.

« Ce forum doit montrer le visage d’une Afrique centrale résolument entrepreneuriale », assure Jacqueline Tientcheu. Elle mise sur des échanges directs entre cheffes d’entreprise, banquiers et décideurs pour concrétiser des partenariats transfrontaliers.

Un volet formation ajoute une touche novatrice : l’invitation de deux stylistes turques pour coacher les artisans congolais en marge du forum. Le programme se veut un transfert de compétences alliant savoir-faire couture et astuces de gestion.

Pour le ministère, cette passerelle créative illustre l’ambition d’ouvrir les Pme congolaises à des standards internationaux sans gommer leur identité. La mode devient ici un laboratoire d’innovation où se croisent tradition, numérique et exigence de qualité.

Mesurer et partager l’impact

Les partenaires s’accordent également sur un principe : mesurer l’impact social de chaque action. Indicateurs de création d’emplois, taux de survie des entreprises et pourcentage d’accès aux marchés publics figureront dans un tableau de bord partagé.

Cette culture de l’évaluation, défendue par le ministère, répond aux attentes de la Fofe-Ac, souvent confrontée à la question du suivi post-formation. « Un projet bien évalué attire plus facilement les investisseurs », rappelle Jacqueline Lydia Mikolo.

À Brazzaville, la perspective d’un partenariat formel rassure déjà plusieurs entrepreneures qui espèrent voir leurs besoins remontés plus vite auprès des décideurs. Certaines envisagent de déposer leurs dossiers dès l’ouverture de l’incubateur pour bénéficier d’un mentorat ciblé.

Si le protocole d’accord se finalise comme prévu, la Fofe-Ac deviendra l’un des canaux officiels de diffusion des programmes d’appui aux Pme. Le gouvernement gagnera, lui, un réseau éprouvé pour déployer ses politiques publiques auprès des femmes entrepreneures.

Brazzaville, carrefour d’ambition féminine

Dans une région souvent décrite comme fragmentée, le binôme ministère–Fofe-Ac envoie un signal d’unité et d’efficacité. Il rappelle que l’autonomisation économique des femmes n’est pas un slogan, mais un levier de stabilité et de prospérité partagée.

Le rendez-vous est donc pris pour décembre : l’incubateur ouvrira ses portes, tandis que le forum de novembre offrira une répétition générale grandeur nature. Entre ambition nationale et ambition communautaire, Brazzaville s’affirme comme un carrefour pour l’entrepreneuriat féminin.

Les observateurs du secteur saluent ce tempo. Certains économistes rappellent que chaque franc investi dans une entreprise tenue par une femme génère un effet multiplicateur notable sur la santé, l’éducation et l’alimentation des ménages, consolidant ainsi la cohésion sociale.

Pour les plus jeunes, la visibilité de figures comme Jacqueline Lydia Mikolo et Jacqueline Tientcheu offre des modèles concrets de réussite. Le récit de leur collaboration pourrait susciter vocations et projets, alimentant la prochaine génération d’innovatrices africaines.