Une master class au cœur de Brazzaville
Dans les salons feutrés d’un hôtel du centre-ville, la master class des organisations non gouvernementales a réuni, les 23 et 24 octobre, médecins, militantes, journalistes et responsables d’entreprises. Au programme : construire, au Congo-Brazzaville, une riposte citoyenne contre les cancers qui touchent principalement les femmes.
La rencontre, inscrite dans les journées scientifiques de sensibilisation sur le cancer, a été marquée par l’intervention de Lydie Léonce Ndongo Boronse, présidente de la Fondation Tabita Allégresse. Sa voix a porté loin un message d’urgence, d’unité et de solidarité concrète.
« Investir dans la lutte contre le cancer, c’est investir dans la vie, l’avenir et la dignité humaine », a-t-elle lancé devant un auditoire attentif, rappelant que le défi sanitaire dépasse les murs de l’hôpital pour devenir affaire de société.
Investir dans la vie, investir dans la dignité
Pour Ndongo Boronse, la lutte contre le cancer féminin ne se limite pas aux protocoles médicaux ; elle embrasse l’émancipation économique, l’équité et le respect des corps. Chaque dépistage précoce, a-t-elle insisté, préserve non seulement une existence, mais également la dignité familiale et communautaire.
Sa conviction s’appuie sur une réalité tangible : détecté tôt, le cancer n’est pas une fatalité. D’où l’importance de diffuser une culture de la vigilance, de l’écoute du corps et de la consultation régulière. « Notre première arme est la connaissance », a-t-elle résumé, invitant à briser le silence autour de la maladie.
Responsabilité sociétale et solidarité nationale
La présidente de la fondation a invité pouvoirs publics et entreprises à ériger la responsabilité sociétale en pilier de santé publique. Selon elle, le financement d’actions de dépistage ou de prise en charge n’est pas un simple geste philanthropique ; c’est un investissement stratégique dans la force productive féminine du pays.
« Ensemble, faisons de la responsabilité sociétale un levier de santé publique et de solidarité nationale, afin de semer l’allégresse même au cœur de l’épreuve », a-t-elle lancé. L’appel vise autant les grandes sociétés que les PME, convaincue que chaque contribution, même modeste, peut ouvrir la porte d’un cabinet de diagnostic à une femme démunie.
Octobre Rose, un mois de défis
Chaque année, Octobre Rose offre à la Fondation Tabita Allégresse une rampe de lancement pour multiplier ateliers, sensibilisations et dépistages gratuits. Malgré un budget limité, l’équipe redouble de créativité pour toucher quartiers populaires, zones rurales et même les réseaux sociaux, là où la stigmatisation reste tenace.
Les obstacles ne manquent pas : moyens insuffisants, mobilisation encore timide, croyances confuses. Pourtant, les bénévoles persistent, persuadés que l’alliance des institutions, des ONG, des médias et de la société civile finira par faire reculer la maladie. Leur mantra est simple : plus on en parle, plus on sauve.
Chaque geste peut sauver une vie
Au-delà des campagnes, Ndongo Boronse exhorte chaque femme à devenir actrice de sa propre santé. L’autopalpation régulière, le dialogue sans tabou avec les proches et la visite dans un centre de soins doivent, selon elle, entrer dans les habitudes du quotidien.
« Le cancer n’est pas seulement un défi médical, c’est un enjeu humain, social et économique », rappelle-t-elle. Son plaidoyer s’étend aux dirigeants d’entreprises : parrainer une journée de dépistage ou offrir un transport jusqu’à l’hôpital peut suffire à sauver une vie et préserver des familles entières.
La responsable insiste : l’espoir se nourrit de gestes simples mais répétés. Dans cette démarche collective, chaque citoyen, qu’il soit décideur, commerçant ou étudiant, détient une part de la solution.
Une fondation née pour servir
Créée le 26 mars 2022, la Fondation Tabita Allégresse s’est rapidement imposée comme un acteur incontournable de la lutte nationale contre le cancer féminin. En moins de deux ans, elle a tissé un réseau de bénévoles, de médecins et de partenaires persuadés que la maladie recule quand la solidarité avance.
Ses champs d’action dépassent la seule santé. Sensibilisation, formation, insertion professionnelle des jeunes, soutien aux orphelins, accompagnement psychologique et social des patientes : l’organisme cultive une approche globale du bien-être. À chaque étape, la dignité humaine reste la boussole.
À Brazzaville, la master class a refermé ses portes sur une note d’engagement renouvelé. Le défi est grand, mais la détermination l’est davantage. « Que ce combat soit celui de toutes les Tabita, d’aujourd’hui et de demain », a conclu Ndongo Boronse, laissant derrière elle un écho d’allégresse et d’espérance.










