La stratégie Mavimpi Ya Mboté éclaire Brazzaville
Dans la salle climatisée du ministère de la Santé, à Brazzaville, les applaudissements ont fusé lorsque le ministre Jean Rosaire Ibara a lancé un appel vibrant : faire de l’approche « Mavimpi Ya Mboté », littéralement « la bonne santé », un fil rouge national.
Trois ans après son lancement pilote, cette méthode de suivi intégré de la mère et de l’enfant montre des chiffres encourageants, à tel point que le ministère refuse désormais de la cantonner aux dix districts sanitaires initiaux et promet un déploiement progressif sur l’ensemble des cinquante-deux districts.
Des résultats convaincants dans dix districts pilotes
« Ne nous arrêtons pas en chemin, pour le bien des enfants et des mamans », a martelé Jean Rosaire Ibara, conscient que l’accès équitable aux services de santé primaires conditionne la vitalité démographique et économique du Congo-Brazzaville.
L’approche repose sur un principe simple : rapprocher l’offre de santé des foyers reculés grâce à des équipes mobiles, un carnet électronique communautaire et des alertes SMS destinées aux mères pour le calendrier vaccinal, la nutrition, la prévention du paludisme et la surveillance néonatale.
Dans les districts de Moungali, Djiri ou encore Mfilou, la mortalité néonatale a chuté de 12 % selon les données consolidées par la direction de la planification sanitaire, poussant les autorités à y voir la preuve qu’une innovation locale peut infléchir des indicateurs nationaux.
Un soutien logistique et financier international
Cette réussite partielle n’aurait pas été possible sans l’Unicef, l’Alliance du vaccin Gavi et la coopération canadienne, qui financent les formations, les intrants et désormais la logistique : deux Hilux tout-terrain et deux canots rapides viennent d’être remis aux équipes de terrain.
« Ces moyens permettront d’atteindre les familles vivant en bordure du fleuve et dans les pistes sablonneuses où les distances se mesurent en heures de marche », s’est réjouie Mariavittoria Ballotta, représentante de l’Unicef, rappelant que chaque minute gagnée peut sauver un nouveau-né.
Les districts primés partagent leurs indicateurs
La remise de certificats aux six districts pilotes de Brazzaville a symbolisé la fin de la phase d’apprentissage. Les médecins-chefs, drapés d’écharpes vertes, ont partagé leurs tableaux de bord : couverture vaccinale passée de 67 % à 84 %, visites prénatales plus que doublées chez les adolescentes.
Pourtant, la réussite technique n’est qu’une pièce du puzzle. Le véritable enjeu réside dans la durabilité, insiste le Dr Clarisse Makosso, pédiatre à l’hôpital de Talangaï : « Il faudra un budget récurrent pour les consommables et un suivi régulier de la motivation du personnel. »
Vers un financement durable et transparent
Le ministère assure déjà travailler à l’inscription de l’approche dans le budget programme 2025, avec un chapitre consacré aux technologies numériques. Une plateforme nationale d’information sanitaire devrait héberger les données collectées, afin de renforcer la transparence et de faciliter la comparaison entre districts.
Au-delà des chiffres, « Mavimpi Ya Mboté » réhabilite la confiance entre les mères et le système de santé. Dans les villages de la Likouala, des grand-mères racontent qu’elles n’avaient jamais vu un agent de vaccination parcourir la rivière depuis dix ans ; aujourd’hui, elles réservent une marmite de foufou à l’équipe.
Cet ancrage social séduit des bailleurs privés. Une fondation pétrolière étudie un financement pour équiper les relais communautaires en motos électriques assemblées localement. Le ministre voit déjà dans ces synergies un moyen de stimuler la filière verte et l’emploi des jeunes diplômés d’électromécanique.
Innovation verte : canots, motos et données
Dans un pays où la forêt couvre plus de 60 % du territoire, le transport fluvial reste crucial. Les nouveaux canots rapides, dotés de moteurs moins gourmands en carburant, devraient réduire l’empreinte carbone des missions sanitaires tout en raccourcissant la durée des évacuations vers les hôpitaux urbains.
Le programme table sur une extension en deux étapes. Une première vague ciblera la région du Niari et le Kouilou dès le second semestre, avant d’atteindre les terres savanicoles du Nord en 2026. Chaque phase comportera un audit d’impact rendu public.
Un laboratoire régional pour la santé intégrée
Des experts de l’Organisation mondiale de la santé saluent déjà l’initiative congolaise, la décrivant comme un « laboratoire africain de la santé intégrée ». Leurs recommandations insistent toutefois sur la nécessité d’inclure systématiquement la santé mentale maternelle, encore sous-diagnostiquée dans les zones rurales.
Du côté des professionnels, l’enjeu humain est palpable : former et retenir des sages-femmes dans les localités périphériques. Le professeur Émilienne Ngoma, doyenne de la faculté des sciences de la santé, plaide pour des incitations : logements rénovés, bourses de spécialisation et connexion internet fiable.
La diaspora mobilisée pour le suivi numérique
En attendant, les mères de Djiri continuent de recevoir chaque mardi un SMS rappelant le rendez-vous vaccinal de leur bébé. Un petit message, un grand pas vers un avenir où, de Pointe-Noire à Impfondo, « la bonne santé » ne sera plus un privilège mais un droit partagé.
Les ambitions fédèrent également la diaspora congolaise. Des ingénieures biomédicales basées à Montréal développent actuellement une application de télé-suivi compatible avec la 3G, afin que les mères puissent signaler elles-mêmes une fièvre ou une complication post-partum grave rapidement.










