Lionnes de l’Atlas: nouveau Top 5 qui surprend

Le rang qui change tout

Trois ans après leur renaissance sportive, les Lionnes de l’Atlas inscrivent leur nom dans le gotha continental: cinquièmes d’Afrique et soixante-sixièmes mondiales au classement FIFA de décembre. Un chiffre sec, mais une résonance immense pour un groupe longtemps cantonné aux marges du football féminin.

Cette percée survient après une série de quatre rencontres amicales disputées en octobre et novembre, conclues par une victoire, un nul et deux revers. Un bilan a priori mitigé, mais suffisant pour préserver la dynamique enclenchée lors du Mondial australien l’été dernier.

Un Top 5 africain historique

En gravissant dans ce Top 5 dominé par le Nigeria et l’Afrique du Sud, le Maroc détrône la Côte d’Ivoire et se rapproche des ténors. La Fédération royale marocaine de football y voit le résultat de quinze années d’investissement continu dans les infrastructures et la formation.

Pour la capitaine Ghizlane Chebbak, la distinction dépasse le rectangle vert: «Chaque point gagné ouvre des portes aux petites Marocaines qui rêvent de crampons.» Son témoignage illustre l’effet d’entraînement d’une visibilité accrue dans les médias et sur les réseaux sociaux depuis la CAN 2022.

Un chemin semé d’amicales révélatrices

Les matches amicaux contre la Bosnie, la Suisse, la Zambie puis la Colombie ont servi de laboratoire au sélectionneur français Reynald Pedros. Entre pressing haut et sorties de balle rapides, il a privilégié la rotation d’effectif, faisant débuter trois espoirs issues du championnat local.

Résultat, un recul limité de 7,68 points sur l’indice FIFA, rapidement compensé par la régularité. «Nous évaluons la progression, pas seulement les scores», explique Pedros, conscient que les échéances majeures se joueront en 2024, avec la CAN et le lancement de la nouvelle Ligue africaine féminine.

Le contexte continental en pleine effervescence

Derrière le Nigeria, l’Afrique du Sud conserve sa place malgré une baisse d’un rang mondial. Le Ghana et la Zambie signent les plus fortes hausses africaines, portées par leurs performances en qualifications olympiques. La compétition se densifie, rendant chaque amical stratégique pour engranger des points précieux.

L’apparition du Tchad et de la Libye, grâce aux FIFA Unites Women’s Series organisées à Salé, illustre cette ouverture. Avec ces nouvelles adhésions, le classement féminin compte 198 fédérations, record absolu. Une donnée qui rehausse la valeur symbolique du Top 5 décroché par le Maroc.

La riposte tactique de Reynald Pedros

Technicien au palmarès européen flatteur, Pedros a adapté son discours aux réalités locales. Il insuffle une discipline défensive inspirée de l’Olympique Lyonnais tout en valorisant la créativité instinctive des joueuses formées à Rabat ou Casablanca. Cette hybridation continue de surprendre les observateurs africains.

Lors du stage de Laâyoune, le staff a insisté sur le travail vidéo, une première pour plusieurs internationales. Les séquences montrent les zones où le bloc se désarticule après la 70e minute. «La data ne vole pas l’âme, elle la révèle», plaisante l’analyste Khaoula Nassiri.

Au-delà du terrain: impact sociétal et économique

Chaque nouveau rang grimpé libère des retombées tangibles: contrats publicitaires, partenariats avec des écoles de foot mixtes, hausse de l’audience télé. Selon le cabinet BearingPoint, la valeur de la sélection marocaine féminine a doublé depuis 2021, passant de 2,4 à près de 5 millions d’euros.

Dans les gradins, la sociologue Kenza El Fassi observe l’émergence d’un public familial. «Les pères amènent leurs filles, preuve que la figure de l’athlète féminine devient respectable», note-t-elle. Cette mutation culturelle accompagne la stratégie étatique d’autonomisation économique des femmes à travers le sport.

Nouvelles nations, nouveaux récits

Le Tchad et la Libye, enfin classés, racontent un autre pan africain. Invitées à Rabat, leurs sélections ont affronté l’équipe Afghan Women United, symbole de résilience. Le tournoi a prouvé que le Maroc se positionne comme hub diplomatique du football féminin sur le continent.

Derrière la statistique, il y a des visages: Sarah Mohamed, première gardienne libyenne expatriée en Tunisie, ou encore Amina Abdoulaye, buteuse tchadienne de dix-huit ans remarquée par les recruteurs turcs. Ces trajectoires individuelles alimentent la narration d’un football africain plus inclusif.

Quelles perspectives avant la CAN 2024?

Le prochain défi des Lionnes sera la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc en été 2024. Accueillir la compétition implique pression et opportunités: terrains modernisés, fréquentations hôtelières accrues, exposition médiatique mondiale. Le ministère des Sports table sur quinze mille touristes supplémentaires durant le tournoi.

Côté sportif, Pedros ambitionne d’atteindre la finale, objectif réaliste selon l’ancienne internationale camerounaise Gaëlle Enganamouit: «Le Maroc possède la meilleure préparation mentale d’Afrique.» Atteindre le dernier carré garantirait une nouvelle hausse au classement, consolidant le statut de puissance montante.

Mais la route reste longue. La fédération veut renforcer les championnats U17 et U20 pour alimenter l’élite. Dans un écosystème concurrentiel où le Nigeria mise sur le full professionnel et l’Afrique du Sud sur l’expérience mondiale, la constance deviendra la vertueuse obsession marocaine.

Pour l’heure, ce cinquième rang africain agit comme une boussole. Il rappelle que l’excellence se construit pas à pas, dans les stades comme dans les rêves. Si les Lionnes poursuivent leur rugissement contrôlé, l’horizon pourrait bientôt dépasser les frontières du continent.