Gitega vibre: Impakt Festival, l’écran des causes

Gitega se pare des projecteurs

Du 22 au 26 septembre, la petite cité royale de Gitega se transforme en capitale vibrante du septième art africain grâce à l’Impakt Film Festival. Pour sa nouvelle édition, l’événement mise sur l’engagement social et la créativité, attirant cinéphiles, étudiants et professionnels.

Au-delà des projections, le festival s’affirme comme un forum d’idées où l’on questionne la mémoire, l’environnement ou la justice sans détour. Dans un Burundi en quête d’espaces d’expression, la manifestation offre une plateforme rare, saluée par la presse culturelle de la région.

Un kaléidoscope panafricain

Le directeur artistique, Gaël Ndayishimiye, résume l’esprit de la programmation : « nous voulons des films qui discutent avec la rue ». Son équipe a visionné plus de deux cents œuvres avant d’en retenir une quarantaine, entre fictions, documentaires et courts expérimentaux, souvent inédits.

Cette sélection dresse un portrait kaléidoscopique du continent. Les confidences d’une agricultrice camerounaise y côtoient le road-movie d’un rappeur sud-africain, tandis qu’un jeune réalisateur rwandais interroge la mémoire post-génocide. À chaque séance, l’équipe pousse le débat jusqu’au bout de la nuit.

Femmes réalisatrices et personnages féminins occupent une place centrale. L’organisatrice Aimée Irankunda souligne que « dépeindre nos héroïnes, c’est inspirer nos sœurs à prendre la caméra ». Cette démarche échoit aux ambitions de nombreux studios émergents, du Maghreb jusqu’aux Grands Lacs.

Dialogues et transmissions

Le festival ne s’adresse pas qu’aux initiés. Des séances plein air gratuites dans les quartiers populaires attirent familles et badauds, révélant la puissance du cinéma comme lien social. Chaque projection itinérante se conclut par un échange animé, parfois improvisé, toujours bienveillant.

Plusieurs figures confirmées ont répondu présent, parmi lesquelles le réalisateur congolais Dieudonné Hamadi et la star sénégalaise Mati Diop. Leur venue crée l’émulation : ateliers d’écriture, analyses de scénario et masterclass sur la production indépendante dévoilent les coulisses d’un secteur en mutation.

Pour les jeunes Burundais, le moment est précieux. Les universités de Gitega et Bujumbura ont signé des partenariats afin que les étudiant·e·s assistent gratuitement aux tables rondes. D’après la doyenne de faculté, ces rencontres alimentent un nouvel imaginaire professionnel centré sur les industries culturelles.

La logistique reste artisanale, mais l’énergie compense. Des bénévoles acheminent projecteurs et génératrices sur des terrains de basket, pendant que les commerçantes locales préparent beignets et jus de bissap. Le festival devient ainsi une petite économie temporaire qui fait tourner les marchés.

Culture et développement durable

Sur le plan institutionnel, l’Impakt Film Festival bénéficie d’un appui officiel discret mais réel : la mairie facilite l’accès aux sites et le ministère burundais de la Culture a confié un modeste fonds d’aide aux courts métrages. Cette reconnaissance conforte la pérennité de l’événement.

Au fil des éditions, la manifestation s’est également tissée un réseau continental. De Durban à Dakar, des festivals partenaires accueillent ensuite les lauréats de Gitega, créant une circulation vertueuse des œuvres et une entraide technique. Le cinéma africain y gagne en visibilité et en cohésion.

Les organisateurs ont placé la durabilité au centre cette année. Des gobelets réutilisables, un tri des déchets et une campagne de sensibilisation au plastique ponctuent les projections. Le message écologique se retrouve dans plusieurs films, à l’image du documentaire togolais alertant sur l’érosion côtière.

L’ambiance nocturne garde toutefois son caractère festif. Tous les soirs, un concert prolonge les discussions. Le groupe de rumba congolaise Bana Goma a électrisé la foule lors de la soirée d’ouverture, rappelant la porosité des arts et la fraternité musicale dans la région.

Dimanche, le jury remettra le Tambour d’Or, sculpté dans du bois d’ubwoya. Ce trophée artisanal symbolise la transmission. L’année passée, il avait propulsé la cinéaste malienne Awa Traoré vers des circuits internationaux. Les pronostics vont bon train chez les blogueurs et critiques accrédités.

Vers un horizon numérique

À entendre les bénévoles, la réussite tient autant à la passion qu’au bouche-à-oreille. Beaucoup ont découvert le festival par un simple message WhatsApp. « On s’est dit que si Nairobi ou Cotonou pouvaient avoir le leur, pourquoi pas Gitega ? », sourit la programmatrice adjointe.

Alors que les projecteurs s’apprêtent à s’éteindre, l’édition 2025 semble déjà atteindre son pari : mêler audace artistique, conscience citoyenne et convivialité. Un souffle dont beaucoup espèrent qu’il inspirera d’autres villes africaines, rappelant que l’écran peut ouvrir des chemins de dialogue durable.

L’équipe envisage déjà une déclinaison numérique pour toucher la diaspora. Une plateforme de streaming géolocalisée offrirait pendant dix jours un accès payant aux films primés, avec sous-titres français, anglais et swahili. Objectif : générer des revenus supplémentaires et prolonger le dialogue au-delà des frontières.

Si le succès se confirme, les organisateurs songent à créer, dès 2026, un fonds de résidence d’écriture pour encourager des coproductions régionales. Plusieurs partenaires européens et caribéens ont manifesté leur intérêt, convaincus que les récits africains, avec un accent sur les héroïnes contemporaines, renouvellent le langage cinématographique mondial.