Élisangela Fernandes, étoile offshore avant 40 ans

Parcours inspirant d’Elisangela Neto Fernandes

Lorsqu’Elisangela Neto Fernandes évoque ses quinze années chez SLB, ses yeux brillent autant que ses mots. Partie du terrain comme Field Engineer, l’Angolaise a gravi chaque échelon, jusqu’à diriger aujourd’hui, depuis la Norvège, les actifs Workover Systems de OneSubsea.

Une trajectoire que le classement 20 Under 40 Energy Women Rising Stars salue, mais qui, pour elle, ne se résume pas aux trophées : “Je veux prouver qu’une femme peut tout à la fois innover, mener des équipes globales et élever ses filles”, confie-t-elle.

Des défis relevés avec audace

Sur les plateformes offshore d’Angola ou du Mozambique, elle fut longtemps la seule femme, parfois la seule voix non native en anglais.

L’ingénieure raconte avoir transformé ce double décalage en levier : chaque mission devenait une salle de classe improvisée où elle perfectionnait la langue technique et affûtait son leadership par la preuve, jusqu’à superviser des flottes entières de systèmes de production.

La transition vers des rôles stratégiques lui a imposé un autre défi, moins visible : gérer l’énergie des autres, écouter les cultures, composer avec les fuseaux horaires, sans sacrifier la vie familiale. “J’ai appris à équilibrer discipline et compassion”, dit-elle.

Mentors et alliés essentiels

Si son parcours est jalonné d’exploits personnels, Elisangela insiste sur les épaules fraternelles qui l’ont portée. Des superviseurs masculins qui lui ont confié des chantiers critiques, jusqu’aux geophysiciennes sénégalaises croisées en formation, chaque rencontre a élargi son horizon et consolidé sa confiance.

Le quotidien d’une leader mondiale

Depuis Bergen, ses journées démarrent avant le lever du soleil par une méditation qui, assure-t-elle, fixe les priorités avant que les visioconférences ne s’enchaînent.

Matinées réservées aux décisions rapides, après-midi aux ponts intercontinentaux avec Luanda, Paris ou Houston ; le soir, place au dîner en famille, aux devoirs des enfants et à quelques pages de roman qui réoxygènent l’esprit.

Allier maternité et performance

Elle se souvient avoir validé son Graduate Field Engineer durant son congé maternité, ordinateur posé à côté du berceau. Cette période lui a appris à prioriser, déléguer et accepter l’imperfection, compétences qu’elle juge désormais centrales à tout leadership.

Son mari, lui-même ingénieur, jonglait alors avec les déplacements offshore pour que les relais familiaux restent fluides. Ensemble, ils ont établi une règle : aucun membre du foyer n’est une arrière-pensée, donnant à la performance un visage solidaire.

Technologie et transition énergétique

Au-delà du pétrole, elle pilote des projets d’injection de CO2 sous-marin et teste la maintenance prédictive alimentée par l’IA pour minimiser les fuites, rallonger la durée de vie des puits et compresser l’empreinte carbone.

Elle travaille avec des start-up kenyanes sur des micro-réseaux solaires connectés aux champs de gaz, convaincue que la diversification énergétique est la clé d’une souveraineté économique pour le continent.

Vision pour une énergie inclusive et durable

À court terme, Elisangela mise sur la digitalisation des actifs sous-marins pour réduire les temps d’intervention et la consommation d’équipements.

Mais la révolution qu’elle souhaite conduire est aussi sociale : “La performance dépend de cerveaux reposés et divers. Si nous voulons une énergie sûre, nous devons d’abord prendre soin des personnes qui la produisent.”

Dans ses équipes, elle pilote des programmes de mentorat croisé où techniciens angolais coachent ingénieurs européens sur les réalités du terrain, tandis que ces derniers transmettent expertises digitales : un partage symétrique qui casse les hiérarchies invisibles.

Conseils aux jeunes Africaines

À celles qui rêvent de caracoler entre turbines et algorithmes, son premier conseil tient en un verbe : oser.

Elle recommande d’investir autant dans la mécanique des fluides que dans l’intelligence émotionnelle, car, dit-elle, “la technique ouvre la porte, l’empathie vous installe à la table des décisions”.

Créer un réseau de soutien, demander de l’aide sans culpabilité et célébrer chaque petite victoire composent, selon elle, l’antidote au syndrome d’imposture encore persistant dans l’industrie.

Construire l’Afrique de demain

Interrogée sur le rôle des gouvernements, elle salue les politiques de contenu local lancées en Angola et au Congo-Brazzaville, qui, dit-elle, “créent un écosystème propice à l’éclosion de compétences nationales et à la rétention des talents féminins”.

Pour accélérer, elle plaide pour des programmes STEM dès le primaire, un accès élargi aux financements verts et la valorisation médiatique de modèles africains plutôt que de références importées.

Un modèle qui rayonne au-delà des plateformes

Cette visibilité dépasse désormais l’univers pétrolier.

Au Forum africain des femmes ingénieures de Dakar, où elle intervenait récemment, son témoignage a déclenché une file d’étudiantes venues lui glisser leurs ambitions en portugais, en français ou en lingala, preuve que le leadership féminin parle toutes les langues.

En inscrivant son nom parmi les « 20 Under 40 », la revue célèbre certes une brillante carrière, mais elle rappelle surtout qu’en Afrique, l’avenir de l’énergie s’écrit aussi au féminin, dans la sécurité des plateformes et la douceur des maisons.

Avant de raccrocher, elle partage un rêve : ouvrir, d’ici dix ans, un institut panafricain de technologies offshore où étudiantes défavorisées façonneraient prototypes et carrières, “parce que la meilleure manière de prévoir le futur, c’est d’y inviter toutes les voix”.