Côte d’Ivoire : 1 000 femmes passent à l’action

L’alliance CEPICI–Ecobank relance la donne

Officialisé à Abidjan le 24 novembre 2025, le partenariat entre le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire et Ecobank Côte d’Ivoire ouvre un nouveau chapitre pour l’entrepreneuriat féminin, longtemps freiné par la lourdeur administrative et l’accès limité au crédit.

En conjuguant leurs forces, les deux institutions promettent de fluidifier le parcours des créatrices d’entreprise, depuis l’immatriculation jusqu’au premier financement, en misant sur une ambition commune : accompagner mille femmes sur plusieurs années et consolider la croissance inclusive.

Investir au féminin : un guichet sur mesure

Créé en 2021, le guichet Investir au féminin du CEPICI se veut un accélérateur administratif. Conçu comme un salon VIP, il réunit en un même lieu services notariés, fiscaux et fonciers afin de raccourcir les délais d’enregistrement des sociétés dirigées par des femmes.

Solange Amichia, directrice générale du CEPICI, insiste sur la dimension inclusive : « Nous voulons que chaque entrepreneure perçoive la maison comme un partenaire de long terme et non comme une simple formalité d’État », affirme-t-elle, enthousiaste devant les caméras locales.

Ellever, le carburant financier et digital

Face à ce dispositif public, Ecobank déploie son programme Ellever, déjà actif dans quatorze pays africains. Le modèle repose sur des lignes de crédit assouplies, des taux compétitifs et des modules de formation en gestion, marketing, gouvernance ou cybersécurité.

« Nous observons que le premier choc d’une PME est souvent lié à une méconnaissance des outils financiers », souligne Paul-Harry Aithnard, directeur général. Il table sur une enveloppe initiale de vingt milliards de francs CFA pour soutenir les lauréates.

WIC, garde-fou technique et solidaire

Pilier discret du dispositif, le Women Investment Club veille à la qualité des projets. L’association, créée par un réseau d’investisseuses ouest-africaines, assure des sessions de mentorat, contrôle de gestion et veille stratégique avant tout décaissement.

Pour Aminata Touré, présidente du WIC Côte d’Ivoire, « la valeur se crée dans l’accompagnement post-financement ». Son équipe analysera trimestriellement la gouvernance, les résultats financiers et l’impact social afin de corriger rapidement les éventuelles zones de fragilité.

Des secteurs porteurs, des ambitions réelles

Mines, construction, logistique, agriculture, agro-industrie : la palette visée traduit une vision de chaîne de valeur complète. Les porteuses de projets pourront ainsi s’inscrire dans des grappes industrielles et maximiser leurs chances d’intégrer les appels d’offres publics ou privés.

Cette approche sectorielle répond aussi aux priorités nationales d’industrialisation et à l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les équipes de terrain proposeront des audits environnementaux et sociaux, gages d’alignement avec les standards internationaux de responsabilité.

Des entrepreneures témoignent de leurs attentes

Awa Koné, promotrice d’une jeune société d’emballage bio, confie avoir déjà gagné trois semaines de procédure grâce au guichet Investir au féminin. « J’avais besoin d’un quitus fiscal, tout a été réglé en quarante-huit heures », sourit-elle.

De son côté, Yvonne N’Cho, ingénieure civile, vient d’obtenir un crédit équipement de cinq millions de francs CFA. Ellever avalise la transaction et prévoit un suivi digital mensuel pour sécuriser les flux de trésorerie de son chantier routier.

Une dynamique régionale exemplaire

En Afrique de l’Ouest, seules 12 % des PME dirigées par des femmes accèdent à un financement bancaire, selon la Banque mondiale. Le modèle CEPICI–Ecobank pourrait donc inspirer Dakar, Lomé ou Cotonou, déjà en quête de guichets plus réactifs.

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest salue d’ailleurs l’initiative ivoirienne, estimant qu’elle renforcera la solidité de l’Union économique et monétaire. Des observateurs évoquent un futur passeport régional pour les femmes entrepreneures.

Les défis à apprivoiser pour 2026

Tout n’est pas gagné : l’analphabétisme numérique touche encore une entrepreneure ivoirienne sur trois, d’après l’Agence nationale du service universel. Le programme mise donc sur des modules pratiques d’e-commerce, comptabilité mobile et protection des données.

Autre écueil, la sous-capitalisation initiale des entreprises. Les partenaires encouragent la mutualisation entre promotrices d’un même secteur afin de présenter des bilans plus robustes et capter des investisseurs institutionnels, y compris issus de la diaspora.

Regards d’experts en inclusion économique

Pour Djeneba Diallo, économiste du genre à l’Université Félix-Houphouët-Boigny, l’accord marque « un tournant structurel » : il combine incitations publiques et discipline bancaire, ce qu’elle considère indispensable pour transformer l’enthousiasme en entreprises pérennes.

Les analystes de Bloomfield Investment rappellent cependant que la compétitivité dépendra aussi de l’accès à des marchés régionaux. Ils recommandent d’intégrer rapidement une composante export afin que les futures success-stories se dotent d’un positionnement continental.

Vers un écosystème plus résilient

En mobilisant guichet unique, mentorat, fonds dédiés et outils digitaux, la Côte d’Ivoire façonne un écosystème où l’entrepreneure passe du statut de survivante à celui d’actrice de croissance, capable de créer des emplois stables et des filières durables.

Le pari de mille femmes accompagnées ouvre la perspective d’un nouveau capitalisme inclusif, où le talent se mesure moins au genre qu’à la valeur ajoutée. Une promesse qui, si elle tient, renforcera l’image d’une Côte d’Ivoire audacieuse.

Les prochains mois verront la création d’un tableau de bord public, accessible en ligne, qui affichera en temps réel les montants octroyés, le chiffre d’affaires généré par les bénéficiaires et le nombre d’emplois créés.