Carrousel de Pointe-Noire : l’étoffe d’un avenir

Carrousel international de la mode 2023

À Pointe-Noire, la douceur salée du large caressait la ville quand la 12e édition du Carrousel international de la mode a déroulé son tapis chatoyant. Designers, institutionnels et curieux s’y sont retrouvés pour célébrer le textile africain, fierté partagée du continent.

Au centre de cette effervescence se tenait Pascaline Kabré, promotrice de l’événement et voix infatigable de la mode responsable. «Le textile africain mérite d’être protégé», a-t-elle lancé, rappelant que chaque étoffe raconte une histoire de terroirs, d’ancêtres et de modernité conquérante.

Le thème retenu, «La labellisation des textiles africains», a mobilisé créateurs venus du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Tchad, du Congo et de la Côte d’Ivoire. Tous ont planché sur la même équation: comment garantir l’authenticité sans brider la créativité?

Depuis sa première édition, le Carrousel a été pensé comme un pont culturel. Pour Philippe Mboumba Madiela, conseiller socio-culturel du maire, l’événement figure parmi les grands rendez-vous qui permettent à «l’Afrique de rencontrer l’Afrique», tout en dynamisant l’offre touristique de la «ville océane».

Labelisation des textiles africains

À travers le label, les acteurs rêvent d’un sceau de qualité comparable à la dénomination «made in France» ou «made in Italy». Pour Pascaline Kabré, cette marque africaine doit protéger les tisserands locaux contre la contrefaçon tout en rassurant les acheteurs internationaux exigeants et soucieux d’éthique.

Des spécialistes présents ont rappelé que l’Union africaine a déjà amorcé un travail normatif sur les chaînes de valeur coton-textile. Toutefois, la reconnaissance passe aussi par la sensibilisation des consommateurs: savoir identifier un bogolan authentique ou un Faso Dan Fani véritable devient un acte civique.

Dans les stands, l’idée se matérialisait par des QR codes cousus sur les ourlets. En les scannant, le visiteur découvrait la ferme cotonnière, l’artisan teinturier et même la quantité d’eau économisée. Un défilé de données limpides pour un vêtement plus responsable.

Impact économique pour le Congo et la sous-région

Le Congo inscrit ce rendez-vous dans le sillage de son Programme national de développement 2022-2026, qui mise sur la culture comme pilier de diversification. Selon la direction départementale des Arts, la filière mode pourrait créer 3 000 emplois directs supplémentaires d’ici cinq ans.

Les stylistes invités estiment qu’un tissu labellisé peut multiplier par deux la valeur ajoutée locale. Les exportations de pagnes congolais représentent déjà près de 1,2 milliard de francs CFA annuels; un label crédible permettrait de capter davantage de segments premium sur les marchés européens et nord-américains.

Pour les entrepreneuses, la chaîne complète – du champ au podium – demeure essentielle. «Si nous filons le coton sur place, nous gardons la richesse chez nous», résume la créatrice ivoirienne Mouna Fofana, dont les pièces éco-chic se vendent désormais à Abidjan et Brazzaville.

Créativité féminine et leadership africain

Le Carrousel brille aussi par sa dimension féminine. Près de 60 % des exposants étaient des femmes, souvent à la tête de micro-entreprises familiales. Leur détermination rappelle que la mode n’est pas qu’un art, mais un espace d’autonomie économique pour des milliers de mères africaines.

Pascaline Kabré voit dans ce tissu entrepreneurial une chance inédite. Elle plaide pour des formations pointues en design numérique, marketing et gestion afin que les talents locaux s’outillent. «La créativité ne suffit plus, il faut maîtriser les chiffres», insiste-t-elle face aux apprenties stylistes présentes cette année.

Le ministère congolais de la Promotion de la femme soutient cette orientation. Un accord signé avec l’Institut français de la mode prévoit, dès janvier, des masterclass hybrides destinées aux créatrices de Brazzaville et Pointe-Noire, afin d’accélérer leur accès aux plateformes digitales de vente globales sécurisées.

Perspectives durables et diplomatie culturelle

Au-delà de la couture, le Carrousel devient un outil de diplomatie culturelle. Les délégations étrangères découvrent un Congo créatif, paisible et tourné vers l’avenir. «La mode adoucit les frontières», confie l’ambassadrice du Mali, Dr Diallo, séduite par les couleurs de la collection Nzango présentée ce soir-là.

Sur scène, les tambours batéké accompagnaient les mannequins. Chaque pas résonnait comme une affirmation identitaire, mais aussi comme un appel à des pratiques plus vertueuses. Le public, smartphones levés, partageait instantanément cette vision, offrant à la manifestation une visibilité planétaire inespérée il y a dix ans.

À l’heure des bilans, les organisateurs enregistrent déjà une hausse de 18 % des visiteurs professionnels par rapport à 2022. Des acheteurs sud-africains et marocains ont pris rendez-vous pour sourcer des collections capsules, signe que le label panafricain commence à parler aux marques globales de luxe.

En refermant les portes du palais des Congrès, Pascaline Kabré résumait l’esprit de cette édition: «Nos tissus portent la mémoire africaine; les protéger, c’est protéger notre futur». Une phrase simple qui, à Pointe-Noire, tisse désormais l’horizon d’une mode africaine souveraine et inclusive pour tous publics.