Brazzaville célèbre les pionnières des médias

Ufemco à Brazzaville : images, film et mémoire

Le 17 janvier à Brazzaville, l’Union des femmes des médias du Congo (Ufemco) a réuni le public autour d’une exposition photographique et de la projection d’un film documentaire. L’ensemble retraçait l’histoire du journalisme congolais, avec un accent assumé sur la contribution des femmes.

Pensée comme une traversée du temps, la rencontre a mêlé émotion et transmission. Dans une salle où se croisaient jeunes apprenantes, professionnels aguerris et curieux de passage, les visages accrochés au mur et les séquences d’archives ont servi de fil conducteur à un récit collectif.

Exposition « Femmes des médias du Congo » : récit en images

Intitulée « Femmes des médias du Congo : histoire en images », l’exposition s’inscrit dans une volonté de rééquilibrage symbolique. Longtemps, l’histoire des médias congolais a été racontée à travers des figures masculines occupant l’espace public. Ici, la focale se déplace, sans effacer, mais en complétant.

Chaque photographie fonctionne comme une vignette de carrière. L’Ufemco y rend hommage à des professionnelles souvent restées en retrait du récit officiel, alors même qu’elles ont façonné la pratique quotidienne du métier. Des pionnières confrontées aux obstacles socioculturels aux responsables d’aujourd’hui, les images racontent une présence continue.

Le choix du format photographique n’est pas anodin. Le portrait, par sa frontalité, oblige à regarder autrement celles que l’on a parfois écoutées sans les voir, ou vues sans les nommer. Dans cette scénographie, la mémoire se construit au présent, au rythme des regards et des discussions chuchotées devant les cadres.

Femmes journalistes congolaises : des figures reconnues

Le public, toutes générations confondues, a pu connaître ou reconnaître plusieurs figures historiques et contemporaines de la presse au Congo. Parmi elles, Marie-Jeanne Kouloumbou, Félicité Safou-Safouesse, présentée comme la première speakerine africaine, Eliane Tsaka et Alexandrine Mbemba.

D’autres noms ont aussi été mis à l’honneur, notamment Peggy Hossie, Aline France Etokabeka, Christelle Ondongo et Bernida Sitou. Accrochés les uns à côté des autres, ces portraits composent une cartographie de trajectoires, de styles, de voix, et d’engagements professionnels.

L’intérêt de cette galerie est sa simplicité. Sans longs textes, elle replace des personnes dans une histoire plus vaste, celle de la construction de l’information et, par ricochet, de la société congolaise. Les visiteurs se surprennent à relier une image à une époque, une émission, une signature.

Gloria Imelda Lossele : l’hommage et la transmission

Pour la secrétaire générale de l’Ufemco, Gloria Imelda Lossele, ces parcours féminins disent quelque chose d’essentiel sur le pays. Elle estime que, par leur engagement, les femmes des médias ont participé à façonner l’identité nationale congolaise, en occupant la place exigeante de passeuses de récits.

« Nous avons voulu non seulement raconter l’histoire mais rendre hommage et mettre en lumière ces femmes des médias, pionnières et contemporaines, qui ont ouvert des voies, brisé des silences et porté la parole publique avec courage et professionnalisme », a-t-elle déclaré lors de l’événement.

Dans cette phrase, l’enjeu dépasse la célébration. Il s’agit d’inscrire des modèles dans la mémoire collective, pour que les générations futures sachent d’où elles viennent et puissent mieux décider où elles vont. L’Ufemco assume ainsi un rôle de repère, au croisement du métier et du patrimoine.

Documentaire sur le journalisme congolais : archives et évolutions

En complément de l’exposition, un film documentaire est venu prolonger la plongée dans le temps. Le documentaire propose une lecture historique et critique du journalisme national, depuis les premières publications écrites jusqu’aux transmissions radiotélévisées, en passant par les mutations liées à l’arrivée des nouvelles technologies.

Porté par des images d’archives, des témoignages de journalistes chevronnés et des analyses rétrospectives, le film met en perspective les contextes politiques, sociaux et culturels ayant façonné la presse congolaise. Le spectateur comprend comment un paysage médiatique se construit, se transforme, se raconte.

Le documentaire évoque aussi des défis structurels auxquels le secteur fait face aujourd’hui, notamment en matière de liberté de la presse, de professionnalisation et d’éthique. Le ton reste informatif : il ne s’agit pas d’un réquisitoire, mais d’un état des lieux nourri par l’expérience et l’histoire.

Sauvegarde des archives : plaidoyer pour la télévision nationale

L’événement a également ravivé une préoccupation concrète : la protection des archives. L’Ufemco a porté un plaidoyer auprès des autorités en faveur de la réhabilitation de l’ancien bâtiment de la télévision nationale, décrit comme vétuste, mais doté d’une valeur symbolique et historique importante.

Gloria Imelda Lossele rappelle que ce lieu renferme des archives précieuses : images fondatrices, récits visuels, éléments de mémoire nationale. « Le laisser se dégrader, c’est risquer de perdre une part essentielle de notre histoire médiatique », a-t-elle averti, en appelant à une prise de conscience patrimoniale.

Elle souligne qu’une rénovation pourrait transformer le site en espace emblématique : centre de mémoire des médias congolais, lieu de transmission, de formation et d’inspiration pour les jeunes attirés par les métiers de la presse. Une manière d’associer patrimoine, professionnalisation et avenir.

Journalisme au Congo : valoriser une histoire partagée

Au fil des images et des témoignages, une idée s’impose : l’histoire de la presse congolaise est une histoire de femmes et d’hommes, tissée de vocations, de contraintes, d’innovations et de responsabilités. La force de l’initiative de l’Ufemco tient à sa capacité à rendre ce récit accessible.

En retraçant des parcours des premières heures de l’indépendance jusqu’à nos jours, l’Ufemco réaffirme son engagement en faveur de la valorisation du journalisme et de la transmission intergénérationnelle. À Brazzaville, la mémoire n’a pas seulement été exposée : elle a été partagée.