Au Maroc, un centre royal redéfinit l’inclusion

Une impulsion royale au service des enfants sourds

À Meknès, l’inauguration du Centre « Princess Lalla Asmaa » incarne une nouvelle étape de l’engagement social porté par la Cour royale marocaine. Pensé pour les enfants présentant une surdité profonde, l’établissement promet un accompagnement gratuit, global et durable.

Après Rabat et Tanger, ce troisième pôle régional s’inscrit dans la vision inclusive de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, plaçant la dignité et l’équité au cœur du développement national, tandis que la princesse Lalla Asmaa rappelle chaque jour la dimension profondément humaine du projet.

Un écosystème d’apprentissage complet et gratuit

Le Centre suit actuellement 56 élèves, de la maternelle à la sixième année, dont la majorité souffre d’une perte auditive sévère. Leur quotidien articule langue des signes, enseignement classique, orthophonie et soutien psychosocial, afin de nourrir simultanément connaissance et confiance.

Une salle de formation pour parents, une infirmerie et des espaces de réadaptation complètent l’offre. Cet environnement cohérent permet d’aborder apprentissage, communication et épanouissement personnel comme des dimensions indissociables.

Former pour intégrer: l’atelier des métiers

Dans les ateliers coiffure, couture ou cuisine, trente jeunes en situation de surdité acquièrent un savoir-faire valorisant. Encadrés par des formateurs de l’OFPPT, ils se construisent une employabilité réelle et envisagent l’avenir hors des marges, sur un marché du travail plus inclusif.

« Le geste reste premier, mais nous insistons aussi sur la confiance en soi », confie une formatrice, sourire discret derrière son masque médical. À travers cet apprentissage, la surdité cesse d’être un frein et devient le point de départ d’un récit d’autonomie.

Un internat pour effacer les distances

La spécificité meknessie réside dans un internat de seize lits, répartis en huit chambres doubles. Pour les enfants issus de communes éloignées, le trajet quotidien n’est plus un obstacle : l’école devient maison, l’apprentissage se fait continu, et l’égalité des chances prend forme.

Une mère venue de Moulay Idriss raconte avoir trouvé « la sérénité d’un second foyer ». Son témoignage rappelle que l’inclusion se joue souvent hors des salles de classe, dans ces temps de vie collective où la langue des signes devient langage commun.

L’alliance santé et technologie des implants cochléaires

Au-delà de l’enseignement, le Centre assure le suivi technique des enfants implantés. Une équipe spécialisée vérifie, reprogramme ou répare les appareils, afin de garantir une perception sonore optimale et d’éviter que la technologie, faute d’entretien, n’altère leurs progrès linguistiques.

Ce service, totalement gratuit, illustre le partenariat étroit entre le ministère de la Santé et la Fondation. Il permet d’alléger la charge financière des familles et d’asseoir l’efficacité du modèle marocain, fondé sur la continuité des soins et de l’accompagnement.

Un modèle marocain qui inspire déjà 21 pays

L’Organisation mondiale de la Santé cite régulièrement le réseau national de la Fondation comme une référence dans la région MENA et en Amérique du Sud. Vingt-et-un pays se sont déjà intéressés à ses bonnes pratiques, preuve d’une diplomatie douce portée par la solidarité.

Le Centre de Meknès, avec son terrain de sport et sa cour arborée, devient ainsi vitrine, laboratoire et festin d’espoir. Loin des capitales, l’innovation sociale s’enracine dans un territoire agricole, confirmant que l’égalité se cultive aussi hors des métropoles.

Des voix qui racontent la différence

« Ici, mon fils a découvert qu’apprendre peut être joyeux », témoigne Samira, mère d’un élève de huit ans. Son regard se pose sur la fresque murale où des mains colorées signent « avenir ». L’émotion dit tout : une inclusion réussie transforme la famille entière.

Dans la cour, la double championne du monde Nezha Bidouane anime un match de basket improvisé. Ses encouragements résonnent malgré le silence des joueurs : le langage corporel suffit à porter le collectif, rappelant que le sport, comme l’éducation, se passe de barrières.

À terme, la Fondation ambitionne de mailler tout le Maroc d’établissements similaires, élargissant la palette de services dès la naissance grâce aux centres de diagnostic pour bébés. Une stratégie patiente qui dessine une société où chaque voix, même silencieuse, trouve sa place.

La dimension féminine du projet

Dans les couloirs lumineux, l’empreinte de la princesse Lalla Asmaa se ressent à travers chaque détail de décoration, pensé avec douceur. Le leadership féminin embrasse ainsi le champ social et rappelle l’importance des femmes africaines dans la redéfinition des politiques publiques inclusives.

« Nous ne sommes pas seulement bénéficiaires, mais actrices », souligne Khadija, éducatrice spécialisée. Autour d’elle, une équipe majoritairement féminine orchestre cours, ateliers et suivi médical, démontrant que l’empowerment commence aussi par la reconnaissance des professionnelles œuvrant dans l’ombre des progrès qui changent des milliers de vies.

Perspectives pour l’Afrique francophone

Le succès du modèle marocain suscite l’intérêt d’acteurs publics du Sénégal, de Côte d’Ivoire et du Congo-Brazzaville, venus observer la structure. Tous cherchent à adapter l’approche à leurs réalités nationales, prouvant qu’une initiative née à Meknès peut résonner au-delà des frontières.

Pour Dr Oumar Ndoye, spécialiste en santé communautaire, « l’accessibilité financière est la clé ». L’expérience marocaine, financée par des partenariats publics-privés, offre, selon lui, un cadre exportable, à condition de former localement des orthophonistes et de mobiliser les communautés.