Au cœur d’un échange stratégique
Dans les salons feutrés du Sénat à Brazzaville, la diplomate rwandaise Agnès Kayitankoré a rencontré, le 17 décembre, le président Pierre Ngolo. À l’ordre du jour : donner un souffle nouveau au partenariat entre le Congo et le Fonds des Nations unies pour la population.
Cette entrevue, discrète mais décisive, devait permettre à la représentante résidente du Fnuap d’exposer sa feuille de route et de solliciter l’appui institutionnel nécessaire pour transformer les engagements internationaux en réalités tangibles dans les maternités, les dispensaires et les foyers congolais.
Réduire la mortalité maternelle au Congo
Premier axe évoqué : abaisser drastiquement la mortalité maternelle, encore estimée à 378 décès pour 100 000 naissances selon l’enquête démographique nationale de 2022. « Aucune femme ne doit perdre la vie en donnant la vie », a martelé Agnès Kayitankoré face aux sénateurs.
Pour atteindre cet objectif, le Fnuap plaide pour davantage de sages-femmes formées, des infrastructures obstétricales équipées et un budget sanitaire protégé des aléas conjoncturels. À Brazzaville, nombre d’hôpitaux disposent déjà de blocs rénovés, preuve que la volonté politique suit une courbe ascendante.
Reste toutefois le défi des zones rurales, où la distance moyenne jusqu’au premier centre de santé dépasse encore vingt kilomètres. L’agence onusienne compte y déployer des cliniques mobiles et appuie la télémédecine naissante pour éviter des trajets périlleux durant les dernières heures de grossesse.
Planification familiale, un droit à consolider
Deuxième priorité : garantir l’accès universel aux méthodes contraceptives modernes. La prévalence contraceptive stagne autour de 30 %, un chiffre que le Fnuap espère porter à 50 % d’ici 2028 grâce à des fournitures régulières, des campagnes de proximité et des espaces jeunes plus accueillants.
À la sortie de l’entretien, le président Ngolo a rappelé que « le Parlement reste attentif aux programmes qui renforcent la cellule familiale », laissant entendre que la prochaine loi de finances pourrait réserver une ligne spécifique aux contraceptifs, pour sécuriser l’approvisionnement même en période de tension budgétaire.
Briser le cycle des violences basées sur le genre
Troisième pilier du mandat d’Agnès Kayitankoré : lutter contre les violences basées sur le genre. Le Congo a déjà adopté en 2020 une loi historique réprimant les violences domestiques, mais le chemin reste long pour que chaque victime trouve un accueil sécurisant et une justice rapide.
Le Fnuap finance actuellement quatre centres d’écoute à Pointe-Noire, Dolisie, Ouesso et Brazzaville, où psychologues, juristes et médecins travaillent main dans la main. Selon la représentante, l’objectif est d’en ouvrir dix d’ici deux ans, en s’appuyant sur les collectivités et les organisations féminines locales.
Des données démographiques pour éclairer l’action
Dernier axe stratégique : la production et l’analyse de données démographiques fiables. Le prochain recensement général, soutenu techniquement par l’ONU, aura lieu en 2025. Des tablettes numériques remplaceront les questionnaires papier, réduisant les erreurs et accélérant la publication d’indicateurs clés pour la planification nationale.
« Sans chiffres, nous avançons dans le brouillard », a résumé la diplomate, soulignant que la carte sanitaire doit coller à la réalité des naissances, des migrations et du vieillissement. Les commissaires aux finances du Sénat ont promis de suivre de près le calendrier budgétaire de cette opération.
Un partenariat gagnant-gagnant
Au-delà des chiffres, la rencontre a mis en lumière la complémentarité entre institutions. Le Parlement vote les lois et contrôle les crédits ; le Fnuap apporte expertise et financements. Ensemble, ils veulent créer un environnement où la santé reproductive devient un droit incontestable.
Ce rapprochement, salué par plusieurs sénatrices, s’inscrit dans la dynamique nationale de diversification économique qui exige une population robuste. Les élus savent qu’un indice de développement humain élevé ouvre de nouveaux relais de croissance, notamment dans les industries culturelles et le tourisme intérieur.
Femmes, jeunes et handicap, personne n’est oublié
Agnès Kayitankoré insiste sur l’approche inclusive : les actions visent les adolescentes, les hommes, mais aussi les personnes vivant avec handicap longtemps invisibilisées. Un manuel en braille sur la santé sexuelle sera piloté avec le ministère des Affaires sociales, une première dans la sous-région.
« Lorsque l’information parvient à tous, chacun devient acteur de sa santé », rappelle-t-elle. Le Fnuap envisage aussi un programme de mentorat où des entrepreneuses numériques guident des lycéennes dans la création d’applications sur l’hygiène menstruelle et la prévention des mariages précoces.
Perspectives et calendrier partagé
Un comité mixte Sénat–Fnuap se réunira dès janvier pour suivre les avancées, présenter des bilans trimestriels et ajuster les priorités le cas échéant. Cette gouvernance concertée, citée comme modèle par d’autres partenaires techniques, illustre la maturation institutionnelle du Congo sur les enjeux de santé reproductive.
La collaboration prévoit également des visites de terrain conjointes dans la Cuvette et les Plateaux, afin que les sénateurs prennent le pouls des réalités rurales. « Voir les projets, c’est comprendre les arbitrages budgétaires », explique un conseiller parlementaire.
À terme, les partenaires aspirent à inscrire ce dialogue dans la durée, au-delà des cycles électoraux. Car une santé reproductive améliorée rime avec productivité accrue, croissance inclusive et, surtout, capital humain prêt à relever les défis économiques de la décennie africaine.










