Magie de Noël : des héroïnes illuminent Djiri

Noël enchanté à Djiri pour les orphelins

À Djiri, dans le nord verdoyant de Brazzaville, la cour de la Communauté Notre-Dame du Perpétuel Secours s’est transformée, le 21 décembre, en un décor scintillant où les guirlandes rivalisaient avec les sourires d’enfants longtemps privés de lumière festive.

À l’origine de cette parenthèse enchantée, l’association Rêves de femme, menée par la dynamique entrepreneure sociale Sylvie Ebengou, venue déposer vivres, linge et jouets, mais surtout un souffle d’espoir dans un lieu qui accueille aujourd’hui une vingtaine de pensionnaires.

Des dons pensés pour durer

Dans la petite chapelle devenue salle de réception, la Sœur Hélène Nganié, fondatrice de l’orphelinat, a accueilli les visiteuses par une prière, rappelant que la solidarité reste, ici, le ciment quotidien d’enfances fragiles et pourtant pleines de promesses.

Les dons, minutieusement choisis, mêlaient lits superposés en métal robuste, matelas neufs encore emballés, draps colorés, sacs de riz ainsi que des bassines de sucre et d’huile, complétés par des piles de livres illustrés pour stimuler l’imaginaire des plus jeunes.

Avant de distribuer les cadeaux, les membres de Rêves de femme avaient décoré le réfectoire de rideaux pailletés, dressé une table aux nappes rouge écarlate et installé une enceinte diffusant des chants pygmées revisités, manière subtile d’ancrer la célébration dans la pluralité culturelle congolaise.

La fondatrice témoigne des défis quotidiens

« Pour nous, Noël signifie famille, et ces enfants n’ont que nous aujourd’hui », confie Sylvie Ebengou, précisant que la plupart des bénévoles sont des mères actives conscientes de la responsabilité collective envers une génération qui grandira demain comme citoyenne à part entière.

La présidente insiste également sur l’approche méthodique adoptée par l’association : identifier les besoins récurrents plutôt que distribuer, ponctuellement, du réconfort fugitif; un positionnement qui rejoint la vision gouvernementale de renforcement des filets sociaux par des initiatives communautaires responsables.

Depuis son déménagement de Talangaï vers Soprogi en 2017, le centre d’accueil a vu défiler plus de quatre-vingts jeunes; parmi eux, une enseignante et une journaliste, preuve que, même discrètement, les graines semées derrière les hauts murs couleur ocre finissent par germer.

Sœur Hélène évoque néanmoins les « fins de mois acrobatiques », reliant le financement de la scolarité à sa propre pension, modeste, complétée par des dons sporadiques que les périodes de fêtes rendent plus visibles mais pas forcément plus réguliers.

Un engagement aligné sur les priorités nationales

En réponse, Rêves de femme prépare déjà, pour février prochain, un atelier d’éveil numérique qui dotera l’orphelinat de deux ordinateurs reconditionnés et formera les enfants à manipuler clavier et souris, atout précieux dans le Congo connecté qui se profile.

Cette ambition cadrerait avec le programme national de transition digitale, encouragé par les autorités, où l’autonomisation des plus vulnérables passe aussi par l’accès aux outils et à la connaissance, rappelle le spécialiste en inclusion sociale David Mabiala, invité pour l’occasion.

Autour du gâteau au chocolat, les voix enfantines entonnent Douce nuit en lingala, puis en téké; cette polyphonie spontanée illustre comment l’orphelinat devient une micro-nation culturelle, ouverte, où chacun transmet sa langue maternelle comme un présent précieux.

Vers une philanthropie digitale et inclusive

Les volontaires, pour la plupart actives dans la mode, la finance ou la communication, témoignent que leur engagement bénévole nourrit aussi leur propre parcours, en aiguisant leur créativité et leur sens de la résilience, valeurs prisées sur le marché continental.

Au-delà du geste ponctuel, l’association ambitionne de fédérer d’autres réseaux féminins afin de bâtir un fonds d’accompagnement couvrant scolarité, santé et insertion professionnelle, car, rappelle Sylvie Ebengou, « l’objectif n’est pas de remplir, mais de construire des vies ».

Quand les derniers feux d’artifice improvisés s’éteignent, il reste les nouveaux lits alignés, les têtes encore pleines de contes et l’idée, palpable, qu’une chaîne de femmes congolaises poursuit, patiemment, un combat silencieux : transformer la charité en ascenseur social durable.

Une solidarité sans frontières

Selon les données du ministère des Affaires sociales, plus de 7 000 enfants vivent aujourd’hui dans une situation d’abandon partiel ou total au Congo-Brazzaville; un chiffre qui rappelle l’importance des partenariats public-privé et du rôle crucial joué par des associations citoyennes comme Rêves de femme.

Pour Joëlle Makosso, psychologue spécialisée en trauma infantile, « chaque repas partagé répare un morceau d’estime mais c’est la régularité qui reprogramme la confiance ». Elle salue donc la volonté des donatrices de suivre les pensionnaires sur le long terme, y compris après leur majorité.

Dans les coulisses, une application mobile interne est en développement pour répertorier les stocks, documenter les besoins médicaux et notifier les membres de l’association en temps réel, afin de professionnaliser la chaîne de solidarité sans en perdre la chaleur artisanale.

À l’heure où la diaspora congolaise multiplie les initiatives philanthropiques, Sylvie Ebengou envisage déjà de tisser des ponts avec ces compatriotes de France, du Canada ou du Sénégal, convaincue que la bienveillance n’a ni frontières politiques, ni fuseau horaire.

Dans l’air du soir, les éclats de rire s’élèvent plus haut que les cloches, signe qu’un simple geste féminin peut parfois retisser un avenir collectif.