Brazzaville : ces élèves qui brisent le silence

À Brazzaville, une école en éveil citoyen

Sous le soleil feutré de décembre, le Complexe scolaire Révolution-Gampo Olilou s’est transformé en agora. Devant des rangées d’uniformes attentifs, l’association Iminou, fondée par Bel-ange Massouemé, a lancé un dialogue franc sur les violences basées sur le genre et le bien-être des adolescents.

La rencontre s’insère dans les « 16 Jours d’activisme » coordonnés par le Conseil consultatif de la jeunesse. Présent sur place, son secrétaire exécutif, Michrist Kaba Mboko, a salué « un moment décisif pour faire de l’école un espace d’instruction sain, loin des antivaleurs ».

Comprendre les multiples visages de la violence

Le facilitateur Chadhy Nzila Kety a déplié, tableau après tableau, les typologies de violence : verbale, psychologique, sexuelle, mais aussi numérique. Derrière chaque définition, il a évoqué les racines profondes – abus de pouvoir, inégalités de genre, pauvreté ou déficit sécuritaire – qui fragilisent le milieu scolaire.

Les élèves, parfois sidérés, ont découvert que 73 % de leurs pairs déclarent avoir subi des injures ou humiliations, tandis qu’un tiers rapportent des faits à caractère sexuel, selon l’enquête Unicef réalisée en 2009. « Ces statistiques représentent des histoires humaines, non des abstractions », a rappelé Bel-ange Massouemé.

L’accent a été mis sur les conséquences psychologiques : anxiété, isolement, baisse de rendement. « Comprendre la violence, c’est déjà entamer le chemin de la guérison collective », a soufflé un élève de troisième, encourageant ses camarades à témoigner sans crainte.

La parole se libère, les tabous s’effritent

Au cœur de l’échange, les questions de puberté et de santé menstruelle ont suscité un vif intérêt. Des adolescentes ont confié leur gêne durant les règles, souvent exacerbée par moqueries ou carences matérielles. Les animateurs ont présenté des kits hygiéniques et des techniques de gestion du stress adaptées aux jeunes.

Bel-ange Massouemé a insisté : « Nous devons briser le silence et offrir aux jeunes les outils pour comprendre leur corps et faire des choix éclairés ». Les garçons ont été invités à déconstruire les stéréotypes, signe que l’éducation au respect se construit ensemble, au-delà des genres.

Un court témoignage d’un professeur d’éducation civique a ponctué l’atelier : « Lorsque la salle de classe devient un lieu d’écoute, la violence recule naturellement ». Ses mots ont été accueillis par des applaudissements nourris.

Au-delà des 16 jours, un engagement pérenne

Si la campagne d’activisme s’étend symboliquement sur seize jours, les intervenants conviennent qu’elle doit inspirer une mobilisation permanente. « Lutter contre les violences scolaires n’est pas un sprint mais un relais », a comparé Michrist Kaba Mboko, assurant que son institution travaille avec les ministères concernés.

Les élèves ont découvert les mécanismes de signalement désormais disponibles : cellules d’écoute, numéros verts, clubs santé. Les autorités locales, représentées par le directeur départemental de l’enseignement, ont confirmé la mise en réseau de ces dispositifs pour raccourcir le délai entre alerte et prise en charge.

Dans la cour, une fresque participative a matérialisé cet engagement. Chaque élève y a apposé sa main peinte, symbole d’une communauté solidaire. « Nous voulons que personne ne se sente seul face au harcèlement », a confié Rosalie, 14 ans, l’une des initiatrices.

Dessiner les contours d’une école protectrice

Les recommandations issues de l’atelier convergent : renforcement de la formation des enseignants, implication des parents, et intégration de modules sur l’égalité dans les programmes. L’association Iminou plaide pour un cadre légal plus lisible, afin que les victimes sachent précisément où et à qui s’adresser.

La stratégie englobe également la sensibilisation numérique. Avec l’essor des réseaux sociaux, un élève sur dix aurait déjà subi une agression en ligne. Des séances d’« hygiène digitale » sont prévues dès le prochain trimestre pour prévenir le cyberharcèlement sans diaboliser la technologie.

En clôture, Bel-ange Massouemé a livré une note d’espoir : « Lorsque les jeunes deviennent acteurs de leur protection, c’est toute la société qui se renforce ». Dans la lumière déclinante, les collégiens sont repartis porteurs d’un message clair : le respect n’est pas une option, mais un socle.