Wax Inclusif : Ibilola fait vibrer les fêtes

Un Noël flamboyant avec Ibilola

Les vitrines scintillent déjà, et Ibilola choisit d’inonder cette saison de fêtes de pigments étincelants. La maison fondée par Gaëlle Prudencio dévoile une série de robes où le wax se fait manifeste d’audace, rappelant que célébrer signifie aussi se permettre de briller sans réserve.

Dans les shootings partagés sur Instagram, les mannequins plus size sourient, jambes croisées, coiffures relevées, éclairées par des guirlandes dorées. L’image détonne dans un paysage publicitaire habitué aux tailles standard. Ici, l’objectif capture la confiance, pas la gêne, et transforme la fête en espace d’affirmation.

Gaëlle Prudencio, de Dakar à Paris

Née à Dakar et élevée entre Cotonou, Lomé et la banlieue parisienne, Gaëlle Prudencio revendique une identité tissée de voyages. « Je suis une African lady in Paris », plaisante-t-elle souvent, rappelant qu’aucune frontière ne devrait réduire l’expression d’une Afropéenne moderne et assumée.

Sa voix résonne en ligne depuis 2007, époque où le hashtag BodyPositive était encore confidentiel. Elle raconte avoir publié ses premières photos par défi, fatiguée des injonctions à disparaître. Cet acte fondateur l’a conduite vers des tribunes, des plateaux télévisés et des collaborations avec Gucci ou MAC.

Le wax comme manifeste inclusif

En mars 2017, elle convertit sa prise de parole en marque et baptise Ibilola, mot yoruba qui signifie « la naissance est une richesse ». Elle choisit le wax, tissu synonyme de fierté africaine, pour habiller les tailles 44 à 58 et contredire le diktat des teintes sombres.

Couleurs émeraude, motifs kaléidoscopiques, reflets safran : chaque imprimé attire l’œil au lieu de camoufler la courbe. « Mon corps n’a pas besoin d’être dissimulé, il mérite d’être célébré », confie la créatrice. Le vêtement devient alors pancarte lumineuse plutôt que paravent.

Production éthique entre Cotonou et Abidjan

Ibilola fait coudre ses collections dans deux ateliers partenaires : l’un à Cotonou, l’autre à Abidjan. Ce choix ancre la chaîne de valeur sur le continent et assure des revenus stables à une quinzaine d’artisans, parmi lesquels plusieurs patronnières formées par des programmes locaux de couture.

En privilégiant des circuits courts, la marque réduit ses transports, limite son empreinte carbone et garantit l’authenticité des pagnes sélectionnés. Les clientes reçoivent dans chaque colis une carte mentionnant le nom de la couturière, humanisant un processus souvent impersonnel dans la fast fashion.

Holiday collection, l’art de célébrer

La capsule festive comprend notamment la robe chemise Emma, pensée pour un cocktail d’entreprise, la Diorinda ajustée pour le déjeuner familial, et la Nandi, décolleté cache-cœur, fendue jusqu’au genou, idéale aux douze coups de minuit. Les précommandes restent ouvertes jusqu’à la seconde semaine de décembre.

Pour les indécis, Gaëlle propose une carte cadeau emballée dans une enveloppe en raphia, accompagnée d’un message calligraphié : « Fais-toi confiance, danse comme tu es ». Les accessoires vedettes, le bombers Winston ou la banane Sam, complètent la tenue sans voler la lumière à la porteuse.

Une communauté qui se reconnaît

La première collection, mise en vente un soir de mars 2017, s’est écoulée en quinze minutes. Des captures d’écran de paniers validés se sont multipliées sur Twitter et Facebook, preuve d’un désir latent. La créatrice parle d’« acte politique joyeux » quand une femme s’achète enfin une robe à sa taille.

Depuis, une communauté engagée relaie chaque lancement, poste des vidéos « try on » et partage astuces d’entretien du wax. Certaines clientes, installées à Londres ou New York, disent retrouver grâce à ces tissus la senteur des marchés de leur enfance au Bénin, au Sénégal ou en Côte d’Ivoire.

Pour une mode vraiment inclusive

Les chiffres confirment l’enjeu : selon Euromonitor, plus d’un quart des consommatrices africaines portent au-delà du 44, mais moins de 5 % des marques régionales proposent ces tailles. Ibilola prouve qu’adresser ce public génère non seulement des ventes, mais aussi un récit de confiance collective.

Pour l’experte mode Awa Diop, invitée du dernier forum « Fashion Futures Africa », « l’inclusivité n’est pas une tendance, c’est une transformation structurelle ». Elle cite Ibilola comme exemple d’alignement naturel entre esthétique et plaidoyer, soulignant que le wax véhicule un patrimoine mobilisateur pour cette révolution.

Consciente de cette responsabilité, Gaëlle Prudencio prépare des ateliers sur l’image de soi dans plusieurs capitales africaines, dont Brazzaville, en partenariat avec des associations locales de jeunes entrepreneures. L’idée est d’outiller les participantes et de créer des ponts entre créativité, confiance corporelle et opportunités économiques.

À ceux qui lui demandent si elle ouvrira un showroom permanent sur le continent, la créatrice répond avec un sourire : « Tout est possible, tant qu’on reste fidèle au mantra d’Ibilola : plus de place pour l’invisibilité ». Une déclaration qui résonne comme un feu d’artifice final.

Vers un futur durable et numérique

Le modèle repose aussi sur une plateforme e-commerce agile, hébergée en France mais optimisée pour les paiements mobiles africains. Cette infrastructure permet des précommandes ; la production démarre seulement lorsque la demande est confirmée, évitant le surstockage et réduisant les invendus.

Ibilola explore désormais les chutes de wax pour développer des lignes de bijoux textiles et de housses d’ordinateur. En valorisant ces retailles, la marque entend conjuguer style, circularité et opportunités d’emploi supplémentaires, fidèle à sa promesse initiale : que chaque naissance, même celle d’un tissu, soit richesse.