Un objectif 2030 encore possible
Dans l’amphithéâtre baigné de lumière du siège de l’OMS à Brazzaville, la Journée mondiale de lutte contre le sida 2025 a réuni responsables onusiens, chercheurs et représentants communautaires autour d’un message clair : la fin de l’épidémie reste à portée d’action concertée.
Dans son allocution, le secrétaire général de l’ONU António Guterres a appelé à « surmonter les perturbations » et à investir dans des services de prévention accessibles, tout en soulignant que chaque dollar investi aujourd’hui économise des dizaines de vies et des coûts futurs.
L’objectif fixé par la communauté internationale d’éliminer le sida comme menace de santé publique d’ici 2030 n’est pas symbolique ; il repose sur des progrès scientifiques tangibles, un engagement politique renouvelé et une inclusion rigoureuse des populations historiquement marginalisées.
Les défis persistants de la prévention
Malgré une baisse de plus de moitié des décès liés au sida depuis 2010, près de 40 millions de personnes vivaient encore avec le VIH en 2023, et 630 000 décès ont été enregistrés la même année, rappelant la vulnérabilité d’écosystèmes de santé fragilisés.
Les perturbations provoquées par les crises sanitaires successives, les conflits ou le changement climatique ont ralenti les campagnes de dépistage, tandis que la stigmatisation persiste, notamment à l’égard des femmes, des adolescentes et des personnes LGBTQI+, souvent éloignées des structures de soins.
António Guterres avertit que la réduction des financements internationaux met en péril les avancées, soulignant qu’une victoire n’est jamais acquise ; chaque recul budgétaire se traduit par des ruptures de traitements et un risque accru de nouvelles infections dans les zones sous-dotées.
Femmes et jeunes, acteurs clés
Sur le continent africain, 63 % des nouvelles infections touchent les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans selon l’ONUSIDA, un chiffre alarmant qui révèle la nécessité de renforcer l’éducation sexuelle complète, l’autonomie économique et la protection contre les violences basées sur le genre.
À Brazzaville, l’association Femmes Positives organise des ateliers de couture et de codage, offrant aux participantes vivant avec le VIH une source de revenus et un espace de sororité, prouvant que prévention rime souvent avec empowerment et insertion sociale.
Les influenceuses numériques, très suivies dans les capitales africaines, relaient désormais les messages de dépistage précoce via TikTok et Instagram ; leur crédibilité auprès des milléniaux complète l’approche scientifique, en diffusant une culture de la responsabilité et du soin de soi.
Le rôle du Congo-Brazzaville dans la riposte
Le ministère congolais de la Santé et de la Population a multiplié, ces trois dernières années, les cliniques mobiles dans les districts ruraux de la Cuvette et du Niari, afin de rapprocher le dépistage et l’accès aux antirétroviraux des communautés éloignées.
Selon le Dr Adrienne Mbemba, directrice du Programme national de lutte contre le sida, « l’implication du leadership national a permis de réduire le taux de transmission mère-enfant de 15 % à 8 % », une performance saluée par les partenaires techniques.
La coopération Sud-Sud se renforce également ; Brazzaville partage son expérience de surveillance communautaire avec Libreville et Lomé, tout en recevant des kits de dépistage rapide fabriqués au Sénégal, illustrant un régionalisme sanitaire solidaire et efficace.
Financement innovant et partenariats
Face au recul de certaines contributions internationales, l’ONUSIDA encourage les États à diversifier leurs sources : taxes de solidarité sur le roaming télécom, obligations vertes intégrant un volet santé ou financements mixtes mobilisés auprès de fondations africaines émergentes.
Le Congo-Brazzaville a lancé en 2024 un timbre santé, adossé à la poste nationale, dont 30 % des recettes sont affectées à la prévention du VIH ; une innovation saluée par la Banque africaine de développement pour son potentiel de réplication régionale.
Parallèlement, plusieurs maisons de luxe basées à Paris et Abidjan ont noué des partenariats avec des ONG congolaises, reversant une partie des ventes de collections capsules au financement de crèches inclusives pour mères séropositives, démontrant la convergence entre responsabilité sociale et créativité.
Espoirs partagés pour l’après-2025
Le thème « Surmonter les perturbations, transformer la riposte » reflète une volonté d’adaptation permanente ; il invite les gouvernements, la société civile et le secteur privé à coconstruire des solutions où la dignité humaine reste la boussole, quelles que soient les crises futures.
António Guterres rappelle qu’en quatre décennies, le sida a été repoussé grâce aux avancées des chercheurs africains comme les équipes de l’Institut Congolais de Recherche en Sciences de la Santé ; « ces succès montrent que l’impossible d’hier devient le possible d’aujourd’hui », souligne-t-il.
À Brazzaville, les participants ont conclu la journée en allumant des bougies rouges sur la corniche du fleuve, symbole silencieux d’espoir. Si la route vers 2030 demeure exigeante, elle s’éclaire déjà des engagements renouvelés, des technologies locales et d’une solidarité sans frontière.
Pour que cette lueur persiste, experts et activistes prônent la levée des barrières juridiques, l’accès continu aux préservatifs féminins et des fonds dédiés à un futur vaccin conçu en Afrique.










