Une alliance solidaire Maroc-Kenya
Sous le soleil tamisé de Nairobi, la princesse Lalla Asmaa et la Première dame Rachel Ruto ont dévoilé la quatrième phase du programme « Ensemble, mieux s’entendre ». L’initiative, portée par la Fondation Lalla Asmaa et la Voice of Children Foundation, ouvre une nouvelle page de diplomatie sanitaire africaine.
Derrière le cérémonial se tient une ambition claire : implanter gratuitement des appareils cochléaires à soixante-dix enfants kényans atteints de surdité profonde. Chaque petit patient, âgé d’un à dix ans, passe ainsi du silence au bruissement de la vie, parfois pour la toute première fois.
Conformément à la vision humaniste du roi Mohammed VI, l’opération illustre une coopération Sud-Sud tangible. Elle répond également à la volonté de Nairobi de renforcer son système de santé en matière de pathologies auditives, un domaine encore peu exploré dans le pays, reconnaît le ministère kényan de la Santé.
La symbolique d’un arbre d’espoir
Avant de rejoindre les blocs opératoires, les deux responsables ont planté un youngo sur l’esplanade de l’hôpital Kenyatta. Geste ancestral au Kenya, cet acte scelle la longévité, la paix et la continuité. « Chaque feuille portera le nom d’un enfant désormais capable d’entendre », a confié un infirmier ému.
La plaque inaugurale révèle l’esprit du partenariat : compassion, transfert de compétences et solidarité. Le métal poli reflète les couleurs mêlées du drapeau marocain et kényan, rappelant que le programme circule déjà en Amérique latine et dans la région MENA, preuve de son envergure mondiale.
Quatre jours pour changer soixante-dix vies
Dans les salles immaculées du pavillon ORL, huit chirurgiens marocains, épaulés par leurs homologues locaux, enchaînent les interventions. Les équipes travaillent par binôme pour réduire le temps d’anesthésie et maximiser la sécurité, chaque opération durant en moyenne deux heures.
« C’est plus qu’un acte médical, c’est un partage de savoir », souligne le professeur Youssef Bencherif, chef de mission venu de Rabat. Ses croquis chirurgicaux, projetés en direct dans une salle d’observation, servent déjà de support pédagogique aux internes kényans.
En marge des opérations, un cycle de formation théorique aborde l’audiologie pédiatrique, la rééducation logopédique et la maintenance des processeurs externes. Le protocole post-opératoire prévoit six mois de suivi rapproché par les spécialistes de l’hôpital Kenyatta, puis un contrôle final au Maroc pour trente enfants supplémentaires l’an prochain.
Des familles entre larmes et applaudissements
Dans la salle d’attente, les parents se serrent les mains, déjà soulagés par la gratuité totale des implants, d’ordinaire inabordables. « Ce partenariat offre un véritable cadeau de vie », déclare Rachel Ruto, saluant le geste « qui rend la dignité et l’avenir ».
Lorsque le premier enfant, Amani, trois ans, réagit au claquement de mains de l’audiologiste, une vague d’applaudissements envahit le couloir. La mère d’Amani laisse échapper des sanglots entrecoupés de rires. « J’entendais ses pleurs, aujourd’hui il entendra mes chansons », murmure-t-elle.
Un protocole durable et inclusif
Le mémorandum d’entente signé en fin de visite formalise la coopération entre les deux fondations. Il prévoit la création d’un centre de référence en otologie pédiatrique à Nairobi, l’envoi annuel de résidents kényans en stage au CHU Ibn Rochd de Casablanca et l’approvisionnement régulier en pièces détachées.
Pour la princesse Lalla Asmaa, « l’avenir de la médecine africaine passe par ces ponts de compétences ». La dirigeante rappelle que son organisation accompagne déjà plus de 2 500 enfants au Maroc et ambitionne d’élargir ses actions à d’autres pays d’Afrique centrale. Les responsables congolais, présents comme observateurs, ont salué « un modèle inspirant ».
La parole aux acteurs de santé publique
Interrogé sur l’impact budgétaire, le ministre kényan de la Santé explique que l’État économise près d’un million de dollars grâce à la donation, ressources qu’il pourra réallouer à la prévention des troubles auditifs. « Nous passons d’une médecine curative à une stratégie complète », précise-t-il.
Une imam et un prêtre, réunis pour l’occasion, ont élevé des prières conjointes afin de bénir l’initiative. Leur présence illustre le caractère inclusif du programme, qui transcende religions et frontières pour privilégier l’éthique du soin.
Vers une Afrique qui s’élève ensemble
Alors que la dernière suture est posée, l’espoir résonne déjà comme un écho dans les couloirs du pavillon. Le slogan « In Africa, we rise together » s’affiche sur les blouses des bénévoles, rappelant que la prospérité collective passe par le partage de la connaissance.
À l’issue des quatre jours d’opérations, soixante-dix carnets de santé changent de couleur : le rouge « déficience auditive profonde » laisse place au vert « entendant ». Ce simple tampon incarne l’esprit d’un continent qui choisit l’unité et la coopération pour amplifier les voix de ses enfants.










