Le boulevard du 20 Mai n’avait jamais vibré ainsi. En cette matinée du 8 mars 2026, plus de 33 000 Camerounaises l’ont arpenté, le pas assuré, pour célébrer la 41e Journée internationale des droits de la femme. Une vague humaine, dense et déterminée.
Une marée féminine sur le boulevard du 20 Mai
Le décor était à la mesure de l’instant. Drapeaux, pancartes et tenues colorées composaient un tableau saisissant. La capitale camerounaise s’est offerte en théâtre d’une mobilisation rare, où la dignité féminine s’affichait sans détour, à ciel ouvert.
Sous une banderole devenue mot d’ordre, « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles », chacune avançait avec ses revendications. Le thème, choisi pour cette édition, donnait le ton d’une semaine entière d’activités placée sous le signe de l’engagement.
Toutes les Camerounaises, sans exception
La force de ce défilé tenait à sa diversité. Fonctionnaires, commerçantes, agricultrices, étudiantes et cheffes d’entreprise se sont mêlées dans un même élan. Aucune condition n’était de trop pour rejoindre le cortège ce dimanche matin.
Aux côtés des civiles, des membres des forces de sécurité ont défilé en uniforme. Des femmes en situation de handicap ont également pris part au mouvement, rappelant que l’égalité ne saurait laisser personne au bord du chemin. Une représentativité assumée.
Cette pluralité disait l’essentiel. Les droits des femmes ne se déclinent pas en catégories, ni en privilèges réservés à quelques-unes. Du bureau au champ, de l’amphithéâtre à l’atelier, la même aspiration traversait les rangs : être pleinement reconnues.
La présidence de Chantal Biya
La cérémonie s’est déroulée sous la présidence de la Première dame, Chantal Biya, entourée de membres du gouvernement. Sa présence conférait à l’événement une dimension officielle, scellant l’attention portée par les plus hautes sphères à la cause défendue ce jour-là.
Au-delà du protocole, ce parrainage envoyait un signal. Celui d’une reconnaissance institutionnelle accordée à des milliers de femmes venues, parfois de très loin, affirmer leur place dans la société camerounaise contemporaine. Un symbole soigneusement orchestré.
Le courage venu du Nord-Ouest et du Sud-Ouest
Le moment le plus marquant est sans doute venu de l’Ouest anglophone. Les femmes des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont fait le déplacement malgré les difficultés sécuritaires qui pèsent sur leur quotidien. Une présence chargée de sens.
Leur venue ne relevait pas de la simple participation. Elle disait la résilience, cette capacité à tenir debout quand le contexte invite au repli. En rejoignant Yaoundé, ces femmes affirmaient une chose : rien ne les effacerait du paysage national.
Ce déplacement, dans des conditions souvent éprouvantes, a donné au défilé une profondeur particulière. Il rappelait que derrière les chiffres impressionnants se cachent des trajectoires individuelles faites de sacrifices, de détermination et d’un refus obstiné de l’invisibilité.
Des défis qui demeurent entiers
La fête, aussi belle soit-elle, ne masquait pas l’ampleur du chemin restant. Cet événement rappelle avec acuité les défis persistants qui jalonnent la vie des Camerounaises. L’égalité des chances figure en tête de ces combats encore inachevés.
L’accès à l’éducation reste un enjeu majeur. Trop de filles voient encore leur parcours scolaire interrompu, faute de moyens ou de soutien. Or, l’instruction demeure le levier le plus sûr de l’émancipation et de l’ascension sociale des nouvelles générations.
L’autonomisation économique complète ce tableau. Permettre aux femmes d’entreprendre, de gérer leurs ressources et d’accéder au crédit transforme des destins entiers. C’est aussi, à l’échelle d’un pays, une promesse de croissance partagée et de stabilité durable.
Une journée festive au service d’une cause
La lutte contre les violences de genre demeure enfin un front prioritaire. Derrière les sourires de cette journée se profile une exigence de protection, de justice et d’écoute pour celles qui subissent, dans l’ombre, des atteintes à leur intégrité.
Ce 8 mars camerounais aura ainsi conjugué deux registres. La célébration, joyeuse et fédératrice, et la revendication, lucide et tenace. Les deux ne s’opposent pas. Elles se nourrissent mutuellement pour faire avancer une cause vieille de plusieurs décennies.
À Yaoundé, ces 33 000 voix ont prouvé que la mobilisation reste vive. Le défilé refermé, le message persiste : les droits des femmes africaines se construisent dans la durée, portés par celles qui refusent de céder un seul pas de terrain conquis.










