Diplomatie congolaise offensive en Afrique australe
En l’espace de quarante-huit heures, le ministre des Affaires étrangères congolais, Jean-Claude Gakosso, a successivement arpenté Maputo puis Gaborone, portant un message limpide : rallier les capitales du Sud de l’Afrique derrière la candidature de Firmin Edouard Matoko à la direction générale de l’UNESCO. Cette séquence, que les chancelleries qualifient déjà de « diplomatie de terrain », illustre la volonté de Brazzaville de conjuguer vitesse et proximité pour convaincre ses pairs. Dans les salons ministériels mozambicains comme dans les couloirs du ministère botswanais des Relations internationales, le chef de la diplomatie congolaise a misé sur la pédagogie et sur un argumentaire axé sur l’efficience du vote africain lorsqu’il est coordonné.
Firmin Edouard Matoko, profil d’un internationaliste africain
Ancien sous-directeur général en charge de la priorité Afrique à l’UNESCO, Firmin Edouard Matoko s’est forgé, au fil de trois décennies, une réputation de praticien du multilatéralisme. Son parcours, du siège parisien de l’organisation aux missions de terrain dans le Sahel, s’inscrit dans une tradition d’expertise double : technique, par la maîtrise des politiques éducatives, et politique, par la conduite de négociations interculturelles. « Matoko connaît la maison de l’intérieur, jusque dans ses couloirs latéraux », confie un diplomate ouest-africain sous couvert d’anonymat. En interne, son nom renvoie à une capacité éprouvée de conciliation entre donateurs du Nord et attentes du Sud.
Les enjeux d’un leadership africain à l’UNESCO
À l’heure où l’ONU s’interroge sur la représentativité géographique de ses organes dirigeants, la candidature de Matoko trouve un écho particulier. Pour les capitales africaines, voir l’un des leurs prendre les rênes de l’UNESCO équivaut à inscrire davantage les priorités continentales – éducation inclusive, sécurité culturelle, préservation du patrimoine immatériel – à l’agenda global. Les soutiens soulignent que l’Afrique compte près de dix-sept pour cent des États membres de l’institution mais n’a jamais dirigé le secrétariat exécutif. En filigrane, c’est la question de l’équité normative qui se pose : un dirigeant issu du continent pourrait rééquilibrer les regards, « parler avec l’Afrique et non seulement de l’Afrique », selon la formule que le candidat affectionne.
Mémoire historique et soft power symbolique
La tournée a aussi revêtu une dimension mémorielle. À Maputo, la délégation congolaise s’est recueillie devant le mausolée de Samora Machel, figure de l’indépendance mozambicaine. Ce geste, relayé par la presse locale, fait écho au projet de l’Histoire générale de l’Afrique piloté par l’UNESCO, auquel Matoko contribue activement. En ancrant ainsi la campagne dans un registre symbolique, Brazzaville mobilise un soft power de solidarité panafricaine : rappeler que l’institution onusienne n’est pas qu’un centre de programmes, mais un vecteur de reconnaissance des trajectoires d’émancipation du continent.
Un maillage continental en construction
Les prochaines étapes – Île Maurice, puis une séquence ouest-africaine confiée au Premier ministre Anatole Collinet Makosso – traduisent une stratégie séquencée, proche d’une campagne électorale classique. Chaque halte comprend des consultations bilatérales, des points presse calibrés et des engagements culturels. Selon des sources proches du dossier, l’objectif vise à sécuriser au minimum trente-cinq voix africaines avant d’aborder les discussions interrégionales. Cet activisme est en phase avec l’orientation impulsée par le président Denis Sassou Nguesso, qui plaide depuis plusieurs années pour des convergences africaines à l’ONU, « afin de transformer le poids démographique en influence normative ».
Vers une voix africaine renforcée dans le multilatéralisme culturel
Au-delà de l’échéance de 2025, la démarche congolaise esquisse une méthode : coaliser, sur la base d’objectifs concrets, les diplomaties africaines pour peser sur la gouvernance mondiale du savoir. Le résultat du scrutin à l’UNESCO – qu’il soit favorable ou non au candidat Matoko – servira de baromètre à cette capacité de mobilisation. D’ores et déjà, les observateurs constatent que Brazzaville a réussi à placer la question de l’équité culturelle au cœur des débats, sans jamais rompre avec la courtoisie institutionnelle. À l’heure de la fragmentation géopolitique, cette posture d’équilibriste pourrait devenir un actif précieux, tant pour le Congo que pour l’ensemble du continent.










