Il y a des classements qui flattent et d’autres qui interrogent. Celui du Togo fait les deux. Le pays décroche la deuxième place africaine en matière d’égalité de genre, avec un score de 79,33 sur 100. Une belle note, mais qui cache une nuance essentielle.
Ce résultat émane du rapport « Women, Business and the Law » de la Banque mondiale. Le Togo y devance toute l’Afrique de l’Ouest et ne se laisse distancer, sur le continent, que par un seul pays. Une performance saluée, presque inattendue.
Un cadre légal taillé pour l’égalité
Derrière ce rang, des chiffres parlent d’eux-mêmes. Le Togo affiche des scores parfaits, soit 100 sur 100, dans plusieurs domaines stratégiques pour les femmes. L’égalité de rémunération figure en tête de cette liste exemplaire.
Les droits matrimoniaux suivent, eux aussi crédités du maximum. L’accès au patrimoine complète ce trio gagnant. Sur le papier, une Togolaise dispose donc des mêmes leviers économiques et juridiques que son compatriote masculin. Une avancée loin d’être anodine.
Ces acquis ne relèvent pas du hasard. Ils traduisent un travail législatif patient, mené sur plusieurs années pour aligner les textes nationaux sur les standards internationaux. Le Togo s’est doté d’un arsenal juridique que bien des nations pourraient lui envier aujourd’hui.
Le grand écart entre le texte et le quotidien
C’est ici que le tableau se nuance. Avoir de bonnes lois est une chose, les faire vivre en est une autre. Et sur ce terrain, la Banque mondiale pointe une faiblesse notable, presque dérangeante au regard des autres scores.
La capacité de mise en œuvre du pays plafonne à 31,95 sur 100. L’écart avec les performances législatives est saisissant. Les mécanismes de soutien institutionnel, censés transformer le droit en réalité tangible, manquent encore de robustesse et de moyens.
Ce décalage dessine un paradoxe familier sur le continent. Une femme peut, en théorie, hériter, être payée à égalité, choisir son destin matrimonial. Dans les faits, l’accompagnement concret pour exercer ces droits reste lacunaire, freinant leur portée réelle.
Des réponses qui partent du terrain
Les autorités togolaises ne nient pas l’obstacle. Elles préfèrent y répondre par des initiatives ancrées dans le quotidien des femmes. La parole officielle se veut pragmatique, loin des grandes déclarations désincarnées que l’on entend trop souvent.
« Nous avons adopté des réglementations établissant des crèches et mettons en place des garderies communautaires dans les marchés », explique Bénédicte Koudjoukalo Gnansa. La directrice de la promotion du genre et des femmes mise sur des solutions tangibles et accessibles.
Le choix des marchés n’a rien d’anodin. Ces lieux concentrent une économie féminine vivante, faite de commerçantes, d’artisanes, de travailleuses indépendantes. Y installer des garderies, c’est libérer du temps et de la sérénité pour celles qui font tourner ce tissu économique informel.
Ce que le cas togolais révèle de l’Afrique
L’exemple togolais dépasse ses propres frontières. Il met en lumière une question qui traverse tout le continent, celle de la distance entre les promesses inscrites dans la loi et leur traduction dans la vie des femmes au jour le jour.
À l’échelle mondiale, le constat reste sévère. Les femmes ne disposent encore que de 64 % des droits économiques reconnus aux hommes, selon la Banque mondiale. Le chemin vers une égalité pleine et entière demeure long, y compris dans les pays les mieux classés.
Le Togo incarne ainsi une double leçon. Il prouve qu’un volontarisme législatif peut hisser une nation africaine au sommet des classements internationaux. Il rappelle aussi qu’une loi sans bras pour l’appliquer reste une intention, aussi noble soit-elle.
Pour les Togolaises, l’enjeu se joue désormais dans cet espace intermédiaire. Entre le texte voté et le service rendu, entre le droit proclamé et le droit vécu. C’est dans cet interstice que se mesurera la sincérité réelle des engagements pris.
L’avenir dira si les crèches des marchés et les garderies communautaires suffisent à combler le fossé. Mais la direction prise mérite d’être observée. Car en plaçant l’application au cœur du débat, le Togo refuse de se contenter d’un bon score.
Reste à savoir si cet élan inspirera ses voisins. En Afrique de l’Ouest, où le pays fait déjà figure de pionnier, l’effet d’entraînement pourrait s’avérer précieux. L’égalité ne se décrète pas, elle se construit, patiemment, génération après génération.










