Voix du Sahel à Genève
À Genève, les couloirs feutrés du Palais des Nations ont résonné d’une voix mauritanienne inhabituelle. Devant la 60e session du Conseil des droits de l’homme, Cheïba Meribeh Rabeh a brisé un silence que beaucoup jugeaient assourdissant.
Le Réseau pour l’Unité et le Développement, organisation enracinée à Nouakchott, y a dépeint une réalité sombre dans les camps sahraouis de Tindouf, au sud de l’Algérie, contrôlés de fait par le Front Polisario depuis près d’un demi-siècle.
Selon l’orateur, les violations des droits humains ne constituent pas des incidents isolés, mais un système ancré qui vise à maintenir les populations dans la dépendance, loin des caméras et des observateurs internationaux pourtant régulièrement mandatés dans la région.
Cette prise de parole inattendue mettait d’emblée en lumière la responsabilité, partagée selon lui, du Polisario et des autorités algériennes qui hébergent les camps sur leur territoire désertique.
Violences faites aux femmes sahraouies
Au cœur des accusations figure le sort des femmes sahraouies. Elles vivraient, assure le Réseau, sous la menace constante de mariages forcés, parfois décidés en quelques heures, sans possibilité de recours ni de soutien psychologique adapté.
« Il ne s’agit plus de cas isolés mais d’une pratique systématique », a martelé Cheïba Meribeh Rabeh, citant des témoignages recueillis ces vingt-quatre derniers mois auprès de rescapées désormais réfugiées en Mauritanie.
Certaines rapportent des violences sexuelles perpétrées dans des centres de détention improvisés. D’autres évoquent la confiscation de leurs papiers d’identité, outil de contrôle qui rend tout départ clandestin presque impossible.
Faute d’accès à une justice indépendante, les plaintes sont rarement déposées. L’isolement géographique, allié aux traditions tribales, complique encore l’émergence d’une solidarité féminine pourtant essentielle à la reconstruction des victimes.
Enfance confisquée et endoctrinement
Les préoccupations de l’ONG se prolongent vers l’enfance. Dans son intervention, elle décrit des classes transformées en salles de propagande où l’on apprend aux garçons à manier les armes avant même d’écrire correctement leur nom.
Privés d’un parcours scolaire stable, les enfants restent bloqués dans un cycle où l’idéologie prime sur le savoir. Le Réseau craint l’apparition d’une génération coupée des codes civils essentiels à toute sortie pacifique de la crise.
Des photos montrant des adolescents en treillis circulent régulièrement sur les réseaux sociaux sahéliens. Si leur authenticité est parfois débattue, elles nourrissent, selon l’ONG, un sentiment d’urgence partagé par plusieurs capitales africaines.
« Un enfant soldat n’est pas seulement une statistique, c’est une vie volée », rappelle la sociologue congolaise Diane Mbemba, jointe à Brazzaville, qui milite pour un protocole continental protégeant les mineurs dans les zones de conflits prolongés.
Silence et répression politique
La question politique reste explosive. Le Réseau évoque des opposants internes réduits au silence par des arrestations nocturnes, des disparitions inexpliquées et, plus grave, des exécutions extrajudiciaires dont les familles n’obtiennent jamais confirmation officielle.
Dans les camps, la police du Polisario ferait régner un climat de peur, explique le militant, tandis que les observateurs étrangers accrédités voient leurs mouvements strictement limités, rendant les vérifications indépendantes quasi impossibles.
Les rares voix dissidentes, comme celle de l’activiste sahraouie Soukeina Idri, sont rapidement accusées de trahison. Les réseaux sociaux deviennent alors un espace clandestin où circulent des vidéos tournées en secret, aussitôt traquées puis supprimées.
À ces atteintes s’ajoute, déplore l’ONG, le détournement régulier de l’aide humanitaire. Des cargaisons de farine et de lait, envoyées par les bailleurs, disparaissent avant d’atteindre les cuisines collectives, alimentant le marché parallèle local.
Une solidarité panafricaine se lève
Face à cette mosaïque de violations, le Réseau pour l’Unité et le Développement demande que l’Algérie assume ses obligations internationales, puisque les atteintes se déroulent sur son sol. « L’abri ne peut devenir justification », insiste Cheïba Meribeh Rabeh.
À Nouakchott, l’initiative est saluée par plusieurs organisations féminines qui voient dans cette sortie publique un signal encourageant pour la coopération sous-régionale. Elles envisagent d’envoyer une mission d’écoute aux frontières nord-ouest de la Mauritanie.
Dans les milieux diplomatiques d’Afrique centrale, on évoque déjà la mise en place d’un groupe de contact informel piloté par des femmes expertes en médiation, afin de pousser le dossier humanitaire sur les tables de l’Union africaine.
« Notre continent possède des ressources d’empathie qu’il doit mobiliser pour les Sahraouis », souligne l’entrepreneure congolaise Laure Ngolo, connue pour ses actions sociales. Ces voix convergentes espèrent que Genève ne restera pas qu’une parenthèse sensible dans l’agenda onusien.
Sur les réseaux panafricains, le hashtag #JusticeTindouf gagne du terrain. Des influenceuses ouest-africaines partagent des portraits de femmes sahraouies, rappelant que la mode et l’engagement peuvent s’allier pour raconter des luttes invisibles.
Le défi reste néanmoins immense : obtenir un accès sans entrave aux camps, sécuriser des couloirs humanitaires et garantir la protection juridique des lanceuses d’alerte. Autant d’étapes cruciales qu’une coalition d’acteurs étatiques et civils devra bâtir patiemment.
Genève a offert l’écho, désormais l’Afrique attend les actes pour rompre l’injustice prolongée.










