Sassou Nguesso dévoile sa vision paix-prospérité

Dialogue à l’ONU : Sassou Nguesso inspiré par Trump

Il est seize heures à New York, dans les salons feutrés du Waldorf Astoria, lorsque Denis Sassou Nguesso accorde son entretien. Fraîchement sorti de l’Assemblée générale, le président congolais confie sa satisfaction de voir Donald Trump « associer la paix à la prospérité » (déclaration à New York).

Pour le chef d’État, la formule américaine résonne comme un rappel de ses propres combats diplomatiques : « Sans paix durable, aucun développement ne s’enracine ». Cette conviction guide, depuis Brazzaville, une politique extérieure patiente, souvent discrète, que l’on redécouvre aujourd’hui sous la lumière onusienne.

L’expérience congolaise de médiation en Afrique

Aux dernières heures de l’Apartheid, c’est bien à Brazzaville que furent paraphés les accords triomphant en Namibie et dessinant la libération de Nelson Mandela. Sassou Nguesso se souvient des nuits denses où les délégations, soudain unanimes, concluaient qu’aucun miracle économique ne naît des canons.

Depuis, le médiateur congolais supervise le dossier libyen au sein de l’Union africaine. « La faiblesse de l’État à Tripoli fertilise l’extrémisme du Sahel », prévient-il. Là encore, l’équation paix-croissance demeure. Fermer la parenthèse libyenne, dit-il, « c’est offrir une voie d’emploi aux jeunes sahéliens ».

La même logique sous-tend son soutien aux pourparlers entre Kigali et Kinshasa patronnés par Washington. Brazzaville observe en voisin vigilant, convaincu que la région des Grands Lacs, l’une des plus riches du continent, pourra enfin déployer son potentiel si les armes se taisent.

Ressources et attractivité économique du Congo

Le pays, modeste par la taille, s’affiche géant par les ressources. Pétrole offshore, gaz, fer, potasse, or et terres arables irriguées par des fleuves permanents composent une mosaïque prisée. « J’en oublie, plaisante le président, mais l’essentiel est de transformer ces richesses en valeur sociale ».

La présence historique de Chevron confirme l’appétit américain, même si Brazzaville espère des partenariats plus diversifiés. Sassou Nguesso insiste : connaître le terrain, échanger avec les communautés locales, comprendre les cultures chrétiennes très vivantes valent autant que les études de faisabilité pour fidéliser l’investisseur étranger.

Forêt du Bassin du Congo, le poumon vert mondial

Plus vaste puits de carbone de la planète, le Bassin du Congo capte, selon certaines études, davantage de CO₂ que l’Amazonie. Brazzaville fait de cette singularité un levier diplomatique. Dix-sept pays se sont déjà regroupés dans un fonds adossé à la Banque mondiale pour financer la protection.

2024 marque la première année de la Décennie de restauration des forêts, initiative portée par le Congo à l’ONU. Objectif : restaurer les écosystèmes, créer de l’emploi rural et consolider un modèle de croissance bas-carbone que les bailleurs internationaux commencent à considérer comme exemplaire.

Jeunesse, migration et partenariat avec l’Italie

Le président observe avec inquiétude les pirogues de la désespérance qui quittent les côtes libyennes. Aux dirigeants européens, il propose de « créer les conditions pour que la jeunesse africaine reste et entreprenne à domicile ». Le plan Mattei, lancé par Rome, rejoint cette vision inclusive.

Dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de trente ans, cette approche n’est pas qu’idéologique : elle répond à une urgence sociale. Agriculture, numérique, tourisme écologique offrent déjà des pistes d’emplois susceptibles de convaincre les talents féminins de rester en Afrique.

Appel à un nouvel élan USA–Afrique

« Nous ne comprenons pas qu’une puissance comme les États-Unis reste en marge d’un continent qui comptera bientôt deux milliards d’habitants », insiste Sassou Nguesso. Au-delà des sommets symboliques, il plaide pour des projets concrets, coriaces, susceptibles d’illustrer la théorie paix-prospérité : infrastructures, énergie, formation.

À ceux qui l’interrogent sur la concurrence chinoise ou russe, il répond courtoisement que « l’Afrique coopère avec tous », avant de rappeler que les liens avec Washington restent perfectibles. L’enjeu, dit-il, tient autant à l’accès au financement qu’au partage de technologies responsables.

Il évoque la puissance des réseaux chrétiens pour rapprocher les peuples : « Des pasteurs américains ont déjà prêché dans nos stades bondés ». Sur cette base culturelle, il imagine des incubateurs d’entreprises mixtes, où les femmes trouveraient mentors et capitaux pour exporter leur créativité.

Invité à New York, le dirigeant congolais n’a pas caché qu’il accueillerait « avec joie » une visite de Donald Trump à Brazzaville. Dans les couloirs de l’ONU, certains diplomates y voient déjà l’image forte d’un partenariat refondé autour des enjeux climatiques et entrepreneuriaux.

Qu’il s’agisse de forêts, de minerais ou de paix régionale, Denis Sassou Nguesso fait converger les fils d’un même récit : investir dans la stabilité africaine, c’est semer la croissance mondiale. Un mantra élégant qui, de Brazzaville à Manhattan, trouve un écho de plus en plus attentif.

Opportunités pour les femmes entrepreneures

Les dirigeantes congolaises voient dans cette diplomatie économique une ouverture rare. La styliste Tania Mboundzi confie espérer « des chaînes d’approvisionnement durables reliant Pointe-Noire aux marchés américains ». Pour elle, la paix régionale réduira le coût logistique qui grève encore la mode made in Africa.

La cheffe d’entreprise numérique Diane Okouélé estime que les partenariats technologiques évoqués avec Washington pourraient accélérer la formation de codeuses locales. « Nos talents existent ; il manque l’accès aux serveurs et à la fibre », souligne-t-elle, appelant à transformer les promesses en connexions concrètes.