Sainte Rita : Jubilé flamboyant à Brazzaville

Cinquantenaire spirituel et populaire à Brazzaville

Sur l’esplanade ensoleillée de la paroisse Saint-Pierre Claver, un océan de foulards bleu et rose ondulait, samedi 27 septembre 2025, au rythme des chœurs. La Confrérie Sainte Rita de Cascia célébrait cinquante années de foi active sous la devise fédératrice « Pèlerins de l’espérance ».

Deux évêques, Mgr Urbain Ngassongo de Gamboma et Mgr Victor Abagna Mossa, archevêque émérite d’Owando, ont concélébré la messe d’action de grâce aux côtés d’une constellation de prêtres sacramentains, donnant à la liturgie un relief rare et une solennité que les fidèles saluaient par des applaudissements nourris.

Un pèlerinage de onze mois, de Talangaï à Bacongo

La route vers ce cinquantenaire avait débuté le 11 janvier 2025 à Talangaï, lorsqu’une première messe, présidée par l’abbé Servais Moumocko Loupeth, a lancé onze mois de veillées, de retraites et de processions à travers l’archidiocèse.

À chaque étape inscrite sur la carte pastorale, la Confrérie a ravivé les mémoires : née le 10 mai 1975 à Notre-Dame du Rosaire de Bacongo, elle s’est diffusée dès la fin des années soixante-dix vers Moukondo, Mouleké, Talangaï puis la Tsiemé, avant de couvrir quarante-sept paroisses.

Mariages cana et 400 nouveaux dévots : la relève

Cinq couples ont profité de la grand-messe pour renouveler publiquement leurs vœux à la manière biblique des noces de Cana. Des alliances levées vers le ciel ont suscité l’ovation, confirmant que l’amour conjugal demeure au cœur d’un mouvement pourtant tourné vers la prière et l’action sociale.

Juste après, plus de quatre-cents nouveaux membres, certains venus de Pointe-Noire ou de la diaspora résidentielle en France, ont prononcé l’engagement statutaire. « Nous voulons être la génération qui fera éclore l’espérance partout, des salles de classe aux marchés », proclamait, micro en main, la jeune Grâce Loufoua.

Le futur sanctuaire de Dzoumouna, un rêve partagé

Entre deux cantiques, les animateurs ont brandi un feuillet vert intitulé « Présentation du projet de Dzoumouna ». Il décrit la construction d’un sanctuaire dédié à Sainte Rita, dont la première pierre a été bénie le 25 septembre dans le village natal de plusieurs membres, à soixante kilomètres de Brazzaville.

« Ce sera un lieu de retraite spirituelle, mais aussi un pôle de développement local », précise la présidente nationale, Joséphine Ntinou Mavoungou, évoquant des plans d’hospitalité, d’agriculture et d’artisanat. Les quêtes spéciales collectées ce jour-là serviront de premier apport au chantier.

Une confrérie féminine à l’avant-garde de l’espérance

Dans l’assistance, la présence majoritaire des femmes saute aux yeux. Sur cinq responsables paroissiaux, quatre sont des dirigeantes. « Nous trouvons dans le modèle de Sainte Rita une énergie pour tenir nos familles, nos entreprises et nos communautés », souligne Amélie Martine Nkouikani, à la tête du bureau diocésain.

Cette visibilité féminine s’enracine dans l’histoire de la confrérie, marquée par l’action fondatrice de madame Jeanne Divounguy, souvent citée comme la « maman Rita » de Bacongo. Son héritage irrigue aujourd’hui des initiatives de micro-crédit et d’alphabétisation portées par les antennes locales.

Le curé nouvellement affecté, l’abbé Vivien Carol Etouolo, parle d’un kairos, « un temps de grâce où l’Esprit suscite des bâtisseurs d’unité ». Dans sa paroisse, des ateliers de couture écologique viennent d’ouvrir, recyclant les uniformes usés en trousses scolaires offertes aux orphelinats.

Au niveau national, le Conseil de l’apostolat des laïcs, représenté par Joseph Mouanga, voit dans ce cinquantenaire un vecteur de cohésion interdiocésaine. Le mouvement est présent dans les douze évêchés du Congo et échange régulièrement avec des confréries sœurs du Cameroun et de la Côte d’Ivoire.

Porter l’Évangile du salut dans la rue

Dans son homélie, l’abbé Moumocko Loupeth relie la marche jubilaire au Jubilé universel 2025 voulu par le pape François. « L’espérance ne trompe pas », répète-il, invitant chaque membre à « porter l’Évangile du salut dans la rue, au bureau, sur les réseaux ».

Ses paroles trouvent un écho particulier auprès de la diaspora. À la fin de la célébration, une délégation venue de Paris remet un chèque destiné au fonds d’éducation des jeunes filles. « Nous envoyons plus qu’un soutien financier, nous envoyons une promesse d’avenir », assure leur porte-parole, Judith Mavouenzila.

Le coordonnateur général du jubilé, Pascal Biozi Kiminou, peut ainsi déclarer la mission accomplie après onze mois de logistique. « La vraie fête commence maintenant, parce qu’elle quitte les chapiteaux pour aller dans les familles », dit-il, micro descendant, sourire radieux sous les vivats.

Avant la bénédiction finale, Mgr Ngassongo adresse un mot de gratitude à l’archevêque de Brazzaville, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou, pour la confiance accordée. Il salue aussi le climat pacifique qui permet aux communautés de célébrer librement leurs jubilés et de contribuer à la cohésion nationale.

Lorsque retentit le tambour de sortie, les fidèles quittent Saint-Pierre Claver avec, au cou, la médaille dorée marquant l’année jubilaire. Dans les ruelles de Bacongo, les chants résonnent encore, signes qu’une spiritualité enracinée dans l’espérance peut aussi devenir un acte de culture populaire.