Robert Redford : 5 rôles gravés au panthéon

Le dernier clap d’une icône hollywoodienne

Le rideau vient de tomber : Robert Redford s’est éteint à 89 ans, laissant derrière lui plus d’un demi-siècle d’images inoubliables. Artisan d’un cinéma élégant et conscient, il incarnait, selon la critique Pauline Kael, « le charme discret de la rébellion ».

Producteur, réalisateur, créateur du festival de Sundance, il militait pour des œuvres indépendantes et une liberté artistique totale. Mais c’est d’abord l’acteur, silhouette blonde et regard perçant, qui a façonné l’imaginaire collectif. Cinq rôles, parmi des dizaines, résument la légende.

Butch Cassidy et le Kid : l’éclat d’un duo culte

Dans le western de 1969 signé George Roy Hill, Redford campe The Kid, braqueur facétieux au côté de Paul Newman. Leur alchimie fuse, ponctuée de répliques espiègles et d’une complicité contagieuse. Le film modernise le genre, mariant humour pop et mélancolie crépusculaire.

Le jeu tout en ironie de Redford séduit le grand public et inaugure une série de personnages ambigus, aussi séduisants qu’insaisissables. Hollywood tient désormais un nouveau visage de la contre-culture.

Les Trois Jours du Condor : thriller sous tension

En 1975, Sydney Pollack place Redford dans la peau de Joseph Turner, modeste analyste de la CIA brusquement traqué après le meurtre de ses collègues. L’acteur, frêle et déterminé, capte la paranoïa post-Watergate qui gangrenait l’Amérique.

Sa performance, entre vulnérabilité et sang-froid, donne au film une intensité presque documentaire. « Redford a rendu la peur palpable », résumait alors le critique Roger Ebert.

Les Hommes du Président : le visage du journalisme engagé

Un an plus tard, Alan J. Pakula adapte le scandale du Watergate. Redford, producteur et interprète, endosse Bob Woodward, reporter du Washington Post. Avec Dustin Hoffman, il reconstitue l’enquête qui fit vaciller la Maison-Blanche.

Le film érige la figure du journaliste en héros citoyen. Redford, précis et sobre, rappelle que le pouvoir des mots peut renverser des empires, message toujours actuel face aux bouleversements médiatiques.

Out of Africa : romantisme et horizons lointains

En 1985, nouveau rendez-vous avec Pollack. Dans les plaines du Kenya, Redford prête ses traits à Denys Finch Hatton, chasseur d’ivoire aventurier, amoureux de Karen Blixen incarnée par Meryl Streep.

Son jeu, tout en non-dit et en élégance, magnifie la passion contrariée par les convenances coloniales. Le long-métrage, sept fois oscarisé, offre à l’acteur une aura internationale et un parfum d’éternelle liberté.

All is Lost : la parole du silence

À 77 ans, Redford accepte en 2013 le pari fou de J.C. Chandor : tenir seul l’écran, quasi muet, dans le rôle d’un navigateur dont le voilier succombe aux flots.

Chaque ride devient dialogue, chaque souffle exprime la lutte pour la survie. Cette performance physique et introspective prouve, une fois encore, la témérité d’un artiste refusant le confort des certitudes.

Un héritage gravé sur pellicule

De l’Ouest sauvage aux tempêtes de l’océan, Redford aura traversé genres et époques, toujours guidé par une exigence éthique. Sa fondation Sundance continue d’épauler la jeune création, prolongeant sa vision d’un cinéma indépendant et divers.

Comme le confiait récemment l’actrice Lupita Nyong’o, « il nous a montré qu’un film pouvait divertir, questionner et changer le monde en même temps ». Cet héritage, scintillant, restera la véritable immortalité de Robert Redford.