RDC : le pari de dédollarisation d’André Wameso

Les premiers pas d’André Wameso à la BCC

En prenant, le 23 juillet 2025, les commandes de la Banque centrale du Congo, André Wameso a dévoilé un programme centré sur la restauration de la confiance dans le franc congolais. L’ancien conseiller économique du président Félix Tshisekedi promet un cap clair pour sortir l’économie d’une dépendance prolongée au billet vert.

La stratégie, articulée autour de la dédollarisation, de réformes institutionnelles et d’un objectif de stabilité macrofinancière, se veut graduelle. « Il s’agit d’un processus, pas d’un choc », précise le nouveau gouverneur, soucieux d’éviter toute rupture brusque avec des pratiques commerciales solidement ancrées.

Dollarisation persistante et nécessité de changement

Depuis trois décennies, plus de 80 % des transactions domestiques se règlent en dollars, selon la Fédération des entreprises du Congo. Cette dollarisation informelle offre une protection contre l’inflation, mais réduit la marge de manœuvre monétaire et renchérit le financement local, analyse l’économiste Al Kitenge.

Outiller la dédollarisation : instruments et marché

Pour inverser la tendance, la Banque centrale entend d’abord élargir l’offre de bons du Trésor libellés en francs. L’instauration d’un marché secondaire liquide devrait attirer les banques et sociétés minières, encourageant la tenue de bilans en monnaie nationale plutôt qu’en devise forte.

Parallèlement, un dispositif de paiement mobile en francs, déjà expérimenté à Goma, sera étendu aux principaux centres urbains. Wameso mise sur la technologie pour réduire la préférence pour le cash dollar et faciliter la fiscalisation des échanges informels, estimés à 40 % du PIB.

La réforme ne peut réussir sans un cadre budgétaire crédible. Le ministre des Finances Patrice Kitebi a confirmé le maintien d’un déficit inférieur à 2 % du PIB en 2025, condition posée par le Fonds monétaire international pour appuyer le plan de dédollarisation.

Sur le front réglementaire, la Banque centrale prépare une obligation de conversion partielle des recettes d’exportation. Les miniers devront vendre une fraction accrue de devises sur le marché interbancaire, renforçant les réserves et la liquidité en francs. Le seuil précis reste en discussion sectorielle.

Coordination budgétaire et gouvernance renforcée

Les analystes saluent la prudence de Wameso, mais alertent sur la nécessité de coordination. « La politique monétaire seule ne suffit pas », rappelle l’universitaire Céline Ndolu. Sans infrastructures fiables et justice commerciale, le public pourrait continuer à privilégier le dollar comme valeur refuge.

Pour renforcer la crédibilité, la banque d’émission veut moderniser son dispositif de communication. Un calendrier trimestriel de décisions de politique monétaire sera publié, assorti de conférences de presse et d’un rapport d’inflation accessible en ligne. L’objectif est de rapprocher l’institut d’émission des milieux d’affaires comme du grand public.

Sur la stabilité des prix, Wameso vise une inflation inférieure à 5 % d’ici 2027, contre 9 % attendus en 2025. Un ciblage plus strict du taux directeur, couplé à des instruments de stérilisation révisés, doit empêcher l’excès de liquidité dû à la hausse des recettes minières.

La trajectoire inspire l’intérêt des bailleurs. La Banque mondiale envisage un appui budgétaire conditionné à des réformes de gouvernance dans le secteur bancaire. Les discussions portent sur la digitalisation du registre des sûretés, mesure clé pour abaisser le coût du crédit aux PME.

Dimension régionale et diplomatie économique

Certains diplomates voient dans la démarche congolaise un signal positif pour l’Afrique centrale. Alors que plusieurs économies de la région utilisent encore des zones monétaires extérieures, l’option kinshasienne pourrait ouvrir la voie à des modèles hybrides conciliant souveraineté monétaire et intégration financière plus profonde.

Kinshasa assure toutefois qu’il n’existe aucun projet de rupture avec les partenaires traditionnels. « Nous travaillons avec Washington, Pékin et Bruxelles sur une base de bénéfice mutuel », souligne Wameso. La diversification des réserves viserait autant l’euro que le yuan, afin de lisser les chocs externes.

Le calendrier législatif sera déterminant. Le projet de loi révisant le statut de la Banque centrale, inscrit à l’agenda de l’Assemblée pour novembre, renforcera l’indépendance de l’institut et ses capacités de supervision. Des auditions publiques sont prévues pour intégrer les observations des acteurs sociaux.

En parallèle, les autorités comptent sur la diplomatie économique pour mobiliser la diaspora évaluée à trois millions de personnes. Un programme d’obligations en francs destinées aux résidents à l’étranger devrait être lancé, offrant un rendement indexé sur l’inflation et garanti par le Trésor.

Indépendance institutionnelle et psychologie monétaire

La réussite de l’agenda repose enfin sur la stabilité politique. Les récentes élections provinciales, jugées globalement pacifiques par l’Union africaine, ont renforcé la majorité présidentielle, facteur considéré comme favorable à la continuité des réformes. L’opposition réclame néanmoins un contrôle parlementaire plus serré sur la banque d’émission.

À court terme, le succès se mesurera à la convergence des taux entre obligations en francs et instruments en dollars. À moyen terme, c’est la confiance collective qui fera la différence. Comme le résume Al Kitenge, « la monnaie est d’abord une affaire de psychologie partagée ».

La feuille de route d’André Wameso s’annonce donc prudente, mais méthodique, avec une vigilance constante sur les signaux du marché.