Projet HIMO : main-d’œuvre locale et avenir vert

Lancement d’un projet structurant

Sur les berges tranquilles de l’Alima, à Odziba, un cortège officiel a donné le départ, le 8 août 2025, des Travaux d’assainissement à haute intensité de main-d’œuvre. Derrière l’acronyme HIMO, se joue un pari décisif pour le développement local.

L’ONG Niosi, épaulée par le Programme alimentaire mondial et le financement de la Banque mondiale, pilote l’opération dans les districts d’Odziba et de Ngabé ainsi que dans trois villages riverains. Les autorités départementales parlent d’un « tournant concret » pour la salubrité publique.

Un modèle d’assainissement inclusif

Le schéma HIMO repose sur un principe simple : employer massivement la main-d’œuvre locale pour curer les caniveaux, évacuer les dépotoirs sauvages et planter des haies anti-érosion. Chaque tâche est définie de manière à maximiser le nombre d’emplois temporaires créés.

Selon les prévisions officielles, plus de 600 jeunes et 250 femmes devraient percevoir un revenu direct au cours des six premiers mois. « Nous parlons d’autonomisation et non d’assistanat », insiste Benjamin Kiabambou, cadre de l’ONG, soulignant l’effet multiplicateur sur les marchés locaux.

Levier socio-économique pour la jeunesse

Dans la sociologie congolaise, le chômage des jeunes demeure un facteur de vulnérabilité. Le recours aux travaux publics à haute intensité de main-d’œuvre est perçu par plusieurs chercheurs de l’Université Marien Ngouabi comme une stratégie susceptible de réduire les tensions liées aux inégalités.

Le département Djoué-Léfini, naguère touché par des mouvements migratoires internes, voit dans HIMO une occasion de fixer les populations. La rémunération, équivalente au Salaire minimum interprofessionnel garanti, est versée hebdomadairement via un opérateur mobile, limitant ainsi les frais de transaction pour les bénéficiaires.

Résilience climatique et santé publique

Au-delà de l’emploi, le projet s’inscrit dans la mise en œuvre de la Contribution déterminée au niveau national présentée à la COP26 par Brazzaville. L’assainissement des zones inondables doit réduire les pathologies hydriques, première cause de consultation dans les centres de santé des districts concernés.

Le changement climatique accentue l’ensablement des voies et la stagnation des eaux. « Curage régulier et reboisement limitent l’affaissement des berges », rappelle Marie-Josée Okemba, experte auprès du Programme des Nations unies pour l’environnement. Elle évoque un bénéfice double : moins de moustiques, plus de terres arables.

Gouvernance et suivi participatif

Le dispositif HIMO prévoit un comité de quartier dans chaque localité. Ce comité, composé de chefs coutumiers, d’enseignants et de représentants de la diaspora, valide la liste des emplois et contrôle la qualité des travaux. Le préfet Léonidas Carel Mottom Mamoni parle d’une « redevabilité horizontale ».

Un tableau d’indicateurs est rendu public chaque trimestre : tonnes de déchets évacuées, mètres linéaires de drains réhabilités, nombre de ménages sensibilisés. Ces données alimentent la plateforme Pro-Climat du ministère de l’Environnement et facilitent la mobilisation de nouveaux cofinancements internationaux.

Appropriation communautaire et culture écologique

Les séances de sensibilisation, menées en kituba et en lingala, abordent le tri domestique, l’usage modéré des sacs plastiques et la gestion communautaire des points d’eau. Des musiciens locaux composent un générique diffusé sur les radios rurales ; l’objectif est de rendre le message durable.

La recherche montre que l’adoption de comportements verts dépend autant des normes sociales que des infrastructures disponibles. En combinant travail rémunéré et formation, HIMO tente de réduire l’écart entre savoir et pratique, souvent observé dans les programmes purement didactiques.

Un cadre favorable aux objectifs nationaux

Le ministère du Plan intègre déjà les résultats attendus dans le Rapport de performance budgétaire 2025. L’appui de la Banque mondiale, accordé sous forme de don, s’aligne sur la Stratégie nationale de développement 2022-2026, qui fait de l’économie verte un pilier de diversification.

Brazzaville espère également tirer parti du marché régional nouvellement créé par l’Alliance pour le carbone en Afrique centrale. Les surfaces reboisées grâce à HIMO pourraient générer des crédits carbone négociables, ouvrant ainsi une source additionnelle de devises pour les collectivités.

Regards extérieurs et défis à surveiller

L’Agence française de développement, non impliquée financièrement, observe le projet comme un éventuel modèle réplicable. Ses analystes pointent toutefois l’importance de maintenir la cadence d’exécution au-delà de la première année, période lors de laquelle l’enthousiasme communautaire est le plus élevé.

Les météorologues du Centre national de la recherche scientifique et technologique avertissent sur la saison des pluies à venir, susceptible d’augmenter les volumes de boues dans les drains. Une planification logistique fine et la disponibilité d’équipements légers seront donc déterminantes pour maintenir les acquis.

Perspectives à moyen terme

Dans les villages pilotes, les associations de mamans maraîchères envisagent déjà de valoriser le compost issu des déchets organiques. Cette boucle économique locale, si elle se confirme, illustrera le potentiel d’un projet qui conjugue assainissement, adaptation climatique et inclusion sociale dans un même cadre.

Pour la population d’Odziba, l’enjeu n’est plus de savoir si l’initiative aboutira, mais comment la pérenniser. En obtenant des résultats mesurables et en renforçant la gouvernance locale, HIMO pourrait s’imposer comme une pièce maîtresse de la stratégie congolaise de développement territorial durable.