Cap sur une carrière solo
Sous les lumières ocre d’un studio de Bacongo, Couche à jeter ajuste ses écouteurs, respirant l’air dense d’un nouveau départ. L’ancien sociétaire d’Extra Musica Zangul ouvre un chapitre personnel, mûri à feu doux sur les scènes des deux Congo.
À quarante kilomètres de là, les fans murmurent déjà le refrain de Pesa makambo, son futur maxi-single. Le chanteur confie avoir quitté l’orchestre de Roga Roga pour « grandir sans filet » et mesurer l’écho authentique de sa propre voix.
« En solo, c’est maintenant », insiste-t-il, le sourire en bandoulière. Il revendique vingt ans d’apprentissage dans les couloirs tumultueux du soukous, d’Ayessa Musica à Craque Mobile, avant de poser ses valises sonores chez Extra Musica.
La genèse de Pesa makambo
Le titre, littéralement « Donne les nouvelles », raconte sa propre odyssée. Couche à jeter se décrit comme « un mal nécessaire » pour la musique congolaise, persuadé que sa fougue finira par convertir même les oreilles initialement réfractaires.
En cabine, il empile des riffs acérés, des congas nerveuses et une basse courbe qui rappelle le fleuve Congo au crépuscule. Le producteur de DM Record règle l’équaliseur tandis que les danseurs de Loyengué ya Brazza enchaînent des pas syncopés.
La session n’est pas seulement technique; elle est spirituelle. L’artiste lève parfois les mains vers le plafond, murmurant une prière avant de claquer la porte du booth. « Je confie ma trajectoire au Très-Haut », glisse-t-il, regard brillant.
Entre tradition et modernité
Couche à jeter creuse le sillon du « ngwasuma », mélange frontal entre soukous classique, trap douce et rumba réinventée. Son credo: faire danser les quartiers tout en séduisant les algorithmes des plateformes de streaming qui dictent les tendances.
Pour garantir cette double lecture, il convoque l’accordéoniste vétéran Tonton Balegbat pour un solo nostalgique, puis demande à la beatmakeuse camerounaise Ysé Naé d’injecter des nappes futuristes. Le dialogue intergénérationnel se dessine, hommage respectueux à la diversité créative africaine.
La chanteuse angolaise Telma Lee prête aussi sa voix sur un pont délicat, rappelant les lueurs de Luanda. Couche à jeter affirme ainsi son ambition régionale, persuadé que les cultures lusophones et francophones se rejoignent dans le même battement de tam-tam.
Brazzaville et Pointe-Noire en ébullition
Dans les rues sablonneuses de Moungali, les kiosques diffusent déjà un teaser amateur capté sur TikTok. Des adolescentes tracent le hashtag #PesaMakambo sur leurs poignets, espérant figurer dans le clip « sorti de l’ordinaire » promis par le chanteur.
À Pointe-Noire, les promoteurs réservent la mythique place Aéroport pour un concert test dès la fin du mixage. Le manager Banzouzi Oba parle d’une « marée humaine attendue », misant sur la diaspora revenue pour les vacances d’août.
Les radios urbaines, de Radio Mucodec à Top FM, programment déjà les anciens hits Bokoko et Patati Patata pour installer le terrain sonore. « On rappelle au public son pedigree avant de dévoiler le nouveau bijou », explique la programmatrice Pamela Kanza.
Foi, longévité et vision
Couche à jeter refuse de voir Pesa makambo comme une simple sortie événementielle. Il rêve d’une carrière constellée d’albums et de tournées panafricaines, portée par ce qu’il nomme « la grâce d’en haut » plus que par les plans marketing.
Dans sa maison familiale de Talangaï, sa mère Maman Ngakala veille à la cohorte de choristes venus répéter. « Mon fils travaille dur, Dieu l’accompagne », chuchote-t-elle, glissant un cierge sur une table décorée de pagnes wax.
Le chanteur, lui, cite volontiers le slogan « longévité créative » griffonné sur la première page de son cahier de composition. Chaque soir, il revoit ses textes, croisant proverbes kongo, argot parisien et onomatopées héritées du lingala festif.
Au-delà de la musique, Couche à jeter prépare aussi un programme de mentorat destiné aux jeunes talents des quartiers nord de Brazzaville. L’idée: partager l’apprentissage des plates-formes numériques, des droits d’auteur et de la discipline scénique.
« Si chacun a sa chance, la musique congolaise rayonnera plus loin que les fleuves », insiste le chanteur, conscient que l’exportation culturelle est aussi une question d’infrastructure. Ses partenaires cherchent déjà des passerelles avec Abidjan, Lagos et Paris.
Dans l’immédiat, l’équipe table sur une sortie numérique coordonnée: YouTube première à midi heure de Brazzaville, puis plateformes audio avant minuit. Un tir groupé destiné à capturer l’attention mondiale en vingt-quatre heures, tel un feu d’artifice sonore.
Reste la date définitive, encore gardée secrète, « pour laisser monter la fièvre », glisse le manager. Le chanteur promet néanmoins des indices cryptés sur ses réseaux, convaincu que l’art du teasing est déjà le premier couplet d’une chanson.
D’ici là, le studio vibre jusque tard, fenêtres ouvertes sur le fleuve. Les voix se superposent, les guitares crépitent. Au cœur de Brazzaville, Couche à jeter affine son rêve: faire chavirer le continent au simple élan d’une invite, Pesa makambo, et des rêves partagés partout.










