Art contemporain à Dakar
Dans la tiédeur saline de fin novembre, Dakar se métamorphose en galerie à ciel ouvert. Partcours, rendez-vous désormais incontournable, trace ses fils d’Ariane entre Médina et Almadies, reliant ateliers discrets et bâtiments iconiques pour offrir aux flâneurs une immersion totale dans l’imaginaire contemporain.
Du 28 novembre au 14 décembre 2025, la ville sénégalaise accueille plus de trente escales créatives. Galeries établies, espaces indépendants et sites publics inattendus orchestrent un programme foisonnant d’expositions, performances et débats, presque toujours gratuits, invitant habitants et visiteurs à parcourir la capitale autrement.
Des parcours qui redessinent la ville
Partcours ne propose pas un salon unique, mais une constellation d’itinéraires thématiques. Chacun compose sa dérive, à pied ou en navette, en suivant la peinture, la photographie ou la vidéo. Le périple traverse le Plateau colonial, flirte avec la corniche puis s’aventure dans les ruelles vibrantes de la Médina.
Cette scénographie urbaine brouille les frontières habituelles entre art et quotidien. Une sculpture monumentale dialogue avec un marchand de bissap, un écran de réalité augmentée surgit devant une échoppe de thieb, rappelant que la culture vit d’autant mieux qu’elle se frotte aux usages populaires.
Les créatrices au cœur de la fête
Si Partcours revendique l’inclusivité, les femmes occupent une place centrale dans cette édition. La photographe sénégalaise Delphine Diallo présente une série sur la sororité, tandis que la Congolaise Nelly Hawa exhume des textiles oubliés pour questionner mémoire et transmission entre générations d’Africaines.
« Je voulais que le tissu parle à la peau comme la voix parle à l’âme », confie Nelly Hawa avant son vernissage sous les manguiers d’Ouakam. Son installation, cousue main avec des teintures naturelles, s’inscrit dans une démarche écoresponsable, une préoccupation largement partagée par ses consœurs cette année.
Un impact social et écologique affirmé
Partcours ne se contente pas d’esthétique. Des ateliers participatifs initient écoliers et familles au recyclage de déchets plastiques en œuvres d’art. Le collectif Sunu Plastique, porteur du projet, souligne que sensibiliser la jeunesse par la création rend les gestes verts plus durables et désirables.
La question de l’accessibilité reste, elle aussi, cruciale. Grâce au soutien de partenaires publics et privés, l’accès aux expositions demeure libre ou à prix symbolique. Ce modèle, salué par la directrice de Raw Material Company, Koyo Kouoh, favorise un dialogue inclusif entre art, économie et citoyenneté.
Visibilité internationale et diaspora
Depuis sa création en 2012, Partcours a vu affluer curateurs, collectionneurs et journalistes de Lagos, Paris ou New York. Pour les artistes, l’événement sert de tremplin vers des foires majeures comme Art X Lagos ou 1-54. Le rayonnement de Dakar s’étend ainsi bien au-delà du littoral sénégalais et continental.
Cette dimension transnationale attire aussi la diaspora. La peintre franco-sénégalaise Maïmouna Guerresi revient exposer après dix ans en Europe : « Reprendre contact avec le public dakarois nourrit ma pratique d’hybridation culturelle », confie-t-elle. Son solo show à la Galerie Atiss explore l’archétype féminin entre Sahel et Méditerranée dans une installation immersive.
Conseils pour une escapade réussie
Prévoir des chaussures confortables reste la première recommandation, car la magie de Partcours s’apprécie en marchant. Les après-midi sont choisis par la plupart des dakarois, mais les matinées offrent, elles, un dialogue plus intime avec les œuvres et des conversations prolongées avec les artistes présents souvent.
Pour celles et ceux venant de l’étranger, l’aéroport Blaise-Diagne propose un service de bus direct vers le Plateau, point de départ idéal des parcours. Les hôtels partenaires s’associent à l’événement en offrant des cartes d’itinéraires, preuve que la filière touristique mise sur la culture locale dynamique croissante.
Le soir, une brise atlétique balaie la corniche où certaines performances s’improvisent sous les lampadaires. On y croise étudiants, diplomates et familles, preuve d’un public décloisonné. Cette effervescence nocturne alimente les réseaux sociaux, amplifiant la portée de l’événement au-delà des frontières géographiques et culturelles africaines contemporaines aux diasporas.
Une capitale durablement créative
Au-delà des quinze jours de festivités, Partcours laisse des traces tangibles. Certaines œuvres restent installées, intégrant le mobilier urbain. Les collaborations nouées débouchent sur des résidences ou des productions partagées, consolidant un écosystème artistique que la municipalité entend soutenir dans sa stratégie culturelle à long terme et inclusive.
Pour beaucoup d’observateurs, cette dynamique confirme le rôle de Dakar comme locomotive culturelle d’Afrique de l’Ouest. Le critique ivoirien Yacouba Konaté estime que « la ville offre un laboratoire idéal où la modernité dialogue avec les héritages multiples du continent, sans jamais perdre son hospitalité légendaire ».
Pourquoi il faut s’y rendre en 2025
L’édition 2025 promet un millésime audacieux : œuvres in situ pensées pour l’île de Ngor, table-ronde sur l’intelligence artificielle et la création, cartes blanches à de jeunes commissaires féminines. Que l’on soit amatrice d’art, entrepreneure ou simple curieuse, Partcours offre un séjour d’inspiration luxueuse et accessible à toutes les passionnées.
En réservant ses billets dès maintenant, le public bénéficie d’offres early-bird auprès des compagnies aériennes régionales. Les organisateurs précisent que la plateforme de réservation solidaire reverse une partie des frais à un fonds d’aide aux jeunes artistes, bouclant ainsi la boucle entre plaisir esthétique et contribution sociale.










