ONU: Brazzaville plaide l’équité africaine

Réforme onusienne, miroir des aspirations africaines

Le débat sur la réforme du Conseil de sécurité, ouvert depuis plus d’un quart de siècle, connaît une nouvelle inflexion grâce au consensus patiemment élaboré par l’Union africaine. Derrière la logique institutionnelle se profile un enjeu identitaire : celui de la reconnaissance pleine et entière d’un continent dont la démographie, la croissance économique et la contribution aux opérations de maintien de la paix légitiment désormais des responsabilités accrues dans l’architecture de gouvernance mondiale. À Brazzaville, le 25 juillet, le gouvernement congolais a réitéré son soutien à cette dynamique, estimant que la crédibilité des Nations unies passe par une représentation plus juste des régions longtemps marginalisées.

Le rôle pivot du Comité des Dix et de Brazzaville

Créé en 2005 afin d’orchestrer la stratégie continentale, le Comité des Dix (C10) constitue l’avant-garde diplomatique de l’Union africaine sur le dossier. Brazzaville y détient un siège de plein exercice et, depuis la retraite stratégique des ambassadeurs à Freetown en début d’année, la République du Congo n’a cessé de plaider pour une harmonisation des messages auprès des capitales influentes. Au sixième sommet virtuel des chefs d’État du C10, Denis Christel Sassou Nguesso, mandaté par le président de la République, a exhorté ses pairs à « parler d’une seule voix », rappelant que la cohésion interne est la condition sine qua non de toute conquête diplomatique. Ce positionnement s’inscrit dans la lignée du sommet d’Oyo, où les chefs d’État avaient convenu de verrouiller toute concurrence fratricide.

Le modèle africain, héritier d’Ezulwini et de Syrte

Techniquement, le texte transmis à New York consolide deux piliers fondateurs : la Déclaration de Syrte (1999), matrice politique de l’Union africaine, et le consensus d’Ezulwini (2005), qui réclamait déjà deux sièges permanents et cinq non permanents pour l’Afrique. Le modèle actualisé affine la répartition régionale des portefeuilles, précise le droit de veto, et offre des garanties quant à la rotation interne des candidatures. En l’absence d’unité, l’Afrique risquait de perdre l’initiative face aux groupes de pression rivaux, du G4 emmené par l’Allemagne au groupe Uniting for Consensus. Or, en codifiant noir sur blanc les paramètres d’une présence africaine durable, l’UA fournit désormais un canevas irrécusable aux négociateurs onusiens.

Diplomatie congolaise: entre plaidoyer et realpolitik

Dans les cercles diplomatiques, le Congo est perçu comme un médiateur discret mais constant. Brazzaville a engrangé une expérience non négligeable au Conseil de sécurité – notamment durant son mandat non permanent 2018-2019 – et met aujourd’hui cette expertise au service du collectif africain. Selon un conseiller du ministère des Affaires étrangères congolais, « l’équité ne se mendie pas ; elle se négocie sur la base d’arguments juridiques et d’un capital de confiance construit dans la durée ». Cette approche réaliste n’empêche pas une certaine fermeté : le gouvernement rappelle régulièrement que les deux futurs sièges permanents doivent s’accompagner du droit de veto, symbole de souveraineté. Renoncer à cette prérogative reviendrait, selon Brazzaville, à institutionnaliser une hiérarchie entre les membres permanents.

Unité africaine : condition d’une percée à New York

La séquence diplomatique des prochains mois sera décisive. Après l’Assemblée générale de septembre, les négociations intergouvernementales entreront dans une phase rédactionnelle où chaque virgule comptera. Conscient des pressions croisées, Denis Christel Sassou Nguesso a appelé à « une vigilance collective » pour éviter tout morcellement. Plusieurs capitales, notamment celles du G20, sondent déjà des partenaires potentiels pour des compromis partiels. Dans cette configuration, l’argument de la dette historique – l’exclusion originelle de l’Afrique du cercle des permanents en 1945 – conserve une valeur morale, mais c’est la solidité de la ligne continentale qui fera office de levier réel, souligne un analyste du Centre africain d’études stratégiques basé à Addis-Abeba.

Vers une gouvernance mondiale plus inclusive

Au-delà de la conquête statutaire, la démarche congolaise s’inscrit dans une conception renouvelée du multilatéralisme, où la légitimité procède d’une corrélation entre population représentée et influence institutionnelle. Dans un monde fragmenté par les rivalités géopolitiques, l’inclusion de l’Afrique aurait pour effet, avancent ses partisans, de renforcer la capacité du Conseil à anticiper les crises transnationales, notamment climatiques et sanitaires. En rappelant que « nous ne demandons pas un traitement de faveur mais la réparation d’une injustice », Brazzaville cherche à dépasser le simple registre revendicatif pour proposer une vision prospective ; celle d’un système de sécurité collective plus représentatif et donc plus efficace.