Octobre rose : le Parlement congolais s’illumine

Brazzaville en rose pour la santé des femmes

Brazzaville s’est vêtue d’un ruban rose éclatant à l’approche de la fin octobre: dans l’enceinte solennelle du Palais du Peuple, le cancer du sein et celui du col de l’utérus cessent d’être de simples statistiques pour devenir une cause collective qui traverse tous les bancs politiques.

Cette session parlementaire, impulsée par le président de l’Assemblée nationale avec l’appui de l’OMS et du Ministère de la Santé, s’inscrit dans le mouvement mondial Octobre rose, mais assume une coloration locale puissante : il s’agit d’offrir une tribune nationale à la santé féminine.

Les instances législatives à l’avant-garde

Dans l’hémicycle, le Dr Vincent Dossou Sodjinou rappelle que la prévention ne doit pas demeurer cantonnée aux hôpitaux ; aux côtés des médecins, les députés peuvent devenir « des relais fiables de l’information juste auprès de leurs communautés », martèle-t-il, soulignant l’importance d’un discours continu.

Lydie Pongault, ministre en charge de l’Industrie culturelle, porte la voix du gouvernement et insiste : la lutte contre le cancer est devenue priorité nationale, car « chaque femme doit accéder au dépistage où qu’elle vive ». Le message trouve un écho unanime sur tous les bancs.

Résonances médicales et statistiques alarmantes

Les professeurs Nsonde Malanda et Clautaire Itoua déroulent des données frappantes : au Congo, le cancer du sein est le premier cancer féminin diagnostiqué, tandis que celui du col de l’utérus tue encore trop souvent des femmes jeunes, faute de détection précoce.

Ils rappellent que plus de 70 % des cas arrivent à un stade avancé, alors que l’auto-examen régulier, la vaccination contre le papillomavirus ou un frottis biennal pourraient inverser la courbe. Les députés, souvent parents et grands-parents, écoutent en silence, visiblement concernés.

Le message des expertes congolaises

Devant les élus, la Professeure Nsonde Malanda décrit la palpation mammaire comme « un rendez-vous mensuel avec soi-même ». Son ton didactique démystifie le geste, rappelant que le cancer dépisté tôt se guérit dans 9 cas sur 10.

Le Professeur Itoua insiste, lui, sur la vaccination anti-HPV : pour chaque fille vaccinée avant 15 ans, le risque de cancer du col chute de 90 %. Il pointe la nécessité d’intégrer entièrement ce vaccin dans le programme élargi de vaccination national.

Aucun de ces actes préventifs n’a de sens, selon eux, si le système de soins primaires n’est pas solide. Ils plaident pour des centres équipés, un personnel formé et un financement pérenne, autant de leviers législatifs que le Parlement peut actionner dès maintenant.

Les rôles stratégiques des députés

Roland Bouiti Viaudo, deuxième vice-président de l’Assemblée, rappelle que « la santé est un pilier du développement durable ». Il convoque la responsabilité budgétaire des élus : voter des crédits pour le dépistage revient, dit-il, à investir dans le capital humain national.

Ainsi naît l’idée d’un Parlement ambassadeur : chaque député promet de relayer les messages de prévention dans sa circonscription, d’orienter les femmes vers les centres de dépistage et de combattre les tabous encore associés à la maladie dans certaines zones rurales souvent enclavées.

La première traduction concrète de cet engagement arrive vite : les députés obtiennent l’extension du dépistage gratuit aux collaboratrices et aux conjointes, preuve qu’une volonté politique peut se matérialiser en actes immédiats, avant même la rédaction d’un texte législatif.

Au-delà du Parlement, un écho national

Les réseaux sociaux s’emparent de la photo des élus portant le ruban rose. Sur TikTok, de jeunes influenceuses congolaises expliquent le frottis en lingala simple. Cet effet boule de neige démontre l’utilité d’un signal donné par les plus hautes institutions.

Des ONG comme la Fondation Calissa Ikama annoncent déjà des caravanes médicales communes avec les antennes locales de santé. L’objectif est clair : élargir le dépistage gratuit aux femmes de marché, souvent premières pourvoyeuses de revenus mais dernières à consulter.

Plusieurs entreprises pétrolières basées à Pointe-Noire, sensibles à la responsabilité sociale, envisagent de financer des mammographes mobiles. À travers ces convergences, Octobre rose transcende sa symbolique annuelle pour devenir un engagement multiacteurs que le gouvernement souhaite inscrire durablement dans les politiques publiques.

Les patientes, elles, réclament déjà la suite : un accompagnement psychologique, des prothèses externes accessibles et une meilleure prise en charge des traitements innovants. Autant de chantiers que la nouvelle coalition parlementaire de la santé féminine promet de porter lors de la prochaine session budgétaire.

Dans les couloirs du Palais, une collaboratrice confie : « Voir nos dirigeants parler ouvertement du cancer, c’est libérateur ». Cette parole publique brise un tabou ancestral et fait entrer la santé des femmes dans le débat citoyen, au même titre que l’éducation ou l’emploi.

Octobre s’achève, mais l’éclairage rose demeure symboliquement accroché aux piliers de l’Assemblée. Il rappelle la promesse des députés : transformer la vigilance mensuelle des femmes en priorité permanente de la Nation, afin que chaque sein palpé ou frottis réalisé devienne un acte de vie.