Nouveau capitaine à l’EGX : Islam Azzam vise haut

Une nomination stratégique pour le marché égyptien

Le ministère de l’Investissement du Caire a confirmé, le 26 août, l’arrivée d’Islam Abdel Aziz Azzam à la présidence de l’Egyptian Exchange. Le mandat, d’une durée d’un an, s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2021 pour moderniser la place boursière.

À trente-neuf ans, le nouveau patron hérite d’une institution bicentenaire, certes solide, mais confrontée à la volatilité des flux internationaux. « La stabilité réglementaire reste notre boussole », a-t-il déclaré lors de sa prise de fonctions au siège de la place cairote (communiqué officiel).

Parcours d’un technocrate de la régulation

Formé à la faculté d’économie de l’Université du Caire, puis docteur en finance de l’Université de Manchester, Dr Azzam a gravé chaque échelon de la supervision boursière. Analyste économique à la FRA, il en est devenu vice-président en 2021.

Ses passages successifs à l’Autorité des marchés financiers, à l’Autorité de financement hypothécaire et au fonds Bedaya pour les PME ont forgé une expertise opérationnelle reconnue par les milieux d’affaires. Un conseiller du Trésor égyptien souligne « sa rare capacité à relier micro et macro-finance ».

Réformes récentes et premiers résultats

Depuis deux ans, la fiscalité sur les plus-values a été assouplie, tandis que les cadres juridiques des SPAC ont été réécrits pour mieux protéger les épargnants. La fusion Catalyst Partners-Qardy, valorisée 23 millions de dollars, a acté la première transaction « SPAC 2.0 » du pays.

Outre cette opération, une demi-douzaine de dossiers d’introduction en Bourse demeure en file d’attente, dont la fintech ValU. Selon un rapport interne de l’EGX, le carnet d’ordres potentiel représente près de 1,2 milliard de livres égyptiennes, soit environ 37 millions de dollars.

Enjeux macroéconomiques et attentes des investisseurs

L’inflation, qui dépasse 35 % sur un an, accroît la pression pour offrir aux ménages des instruments d’épargne en monnaie locale. Azzam entend élargir l’accès aux actions et aux obligations vertes, tout en renforçant les exigences de transparence imposées aux émetteurs.

Un gérant de portefeuille basé à Dubaï remarque que « l’amélioration des notations ESG pourrait réduire le coût du capital de deux points de base ». À moyen terme, le régulateur vise un flottant public dépassant 30 % sur la plupart des grandes capitalisations.

Perspectives régionales et coopération continentale

L’EGX participe déjà à l’African Exchanges Linkage Project, plate-forme facilitant l’interconnexion des ordres de six places africaines. Azzam projette de doubler les volumes transfrontaliers d’ici à fin 2025, en s’appuyant sur un nouveau protocole de compensation multidevise.

La Commission économique de l’Union africaine estime que l’harmonisation des normes pourrait augmenter de 20 % le financement intra-africain des entreprises de croissance. Le Caire se positionne ainsi comme pivot entre les marchés anglophones et francophones du continent.

Regard comparatif avec d’autres places africaines

Avec une capitalisation dépassant 30 milliards de dollars, l’EGX se situe derrière Johannesburg, mais devant Casablanca. La réforme des SPAC la rapproche du modèle nigérian, tandis que sa stratégie d’ETF thématiques rappelle les initiatives de la BRVM d’Abidjan.

Pour l’économiste camerounais Hugues Abena, « la concurrence est saine : chaque innovation d’Égypte pousse les autres places à accélérer leur propre mutation ». Dans ce contexte, la collaboration plutôt que l’émulation pure demeure le mot d’ordre des régulateurs.

Implications pour la finance inclusive

Le nouveau président veut mobiliser la micro-épargne via des applications mobiles agréées. Une expérimentation pilote devrait permettre à trois millions de travailleurs informels de souscrire des parts de fonds indiciels à partir de l’équivalent de 50 cents.

La Banque mondiale, partenaire technique du projet, juge que l’élargissement du marché primaire offre « un puissant levier pour canaliser l’épargne domestique vers l’investissement productif ». Le plan prévoit aussi des ateliers de littératie financière dans toutes les universités publiques.

Cap sur une gouvernance renforcée

Le mandat d’un an donné à Azzam sera évalué sur la base d’indicateurs précis : réduction des suspensions de cotation, digitalisation totale des procédures d’enregistrement et adoption d’un code de gouvernance mis à jour.

Les opérateurs saluent déjà la création d’un comité consultatif incluant représentants d’émetteurs, intermédiaires et universitaires. Cette approche participative pourrait servir de référence pour d’autres autorités africaines en quête d’équilibre entre innovation et stabilité.

Derniers jalons avant 2025

Les travaux de modernisation de l’architecture technologique, confiés à un consortium indo-égyptien, entreront en phase de test au premier trimestre 2024. Leur objectif est de ramener la latence de traitement des ordres sous le seuil symbolique de cinq millisecondes.

Azzam espère ainsi attirer davantage d’algorithmes de trading haute fréquence, moteurs de liquidité. « Nous devons faire converger rapidité et sécurité », rappelle-t-il, évoquant le déploiement d’un second centre de données sécurisé à Alexandrie.

Vers une attractivité renforcée

À l’heure où la concurrence mondiale pour les capitaux se durcit, la Bourse égyptienne mise sur la crédibilité d’Islam Azzam pour consolider sa réputation. Les prochains mois diront si les réformes fiscales, l’ouverture aux SPAC et la digitalisation suffiront à franchir un palier décisif.

Pour l’instant, les analystes restent prudemment optimistes, notant que l’indice EGX 30 a gagné près de 9 % depuis l’annonce de la nomination. La trajectoire d’Azzam, faite de rigueur et de pragmatisme, devrait constituer un atout dans cette quête de confiance durable.