Paris accueille Menart Fair 2025
Dans l’effervescence artistique d’octobre, Paris Art Week s’enrichit d’une note singulière : Menart Fair. Créée par la commissaire Laure d’Hauteville en 2021, la foire est devenue le rendez-vous européen des talents du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.
Pour sa sixième édition, elle prend ses quartiers à la Galerie Joseph, au cœur du Marais. Du 25 au 27 octobre, plus de quarante galeries présenteront une centaine d’artistes venus d’Iran, du Liban, d’Algérie, du Maroc, d’Arabie saoudite ou encore de Turquie.
En intégrant durablement le calendrier parisien, Menart Fair accroît la visibilité d’une scène souvent cantonnée aux marges. Cette reconnaissance conforte l’ambition initiale : offrir un pont solide entre créateurs MENA et collectionneurs internationaux, sans sacrifier la singularité des récits individuels.
La philosophie Ode to Softness
Le thème 2025, “Ode to Softness”, porte la douceur au rang de stratégie. Dans un monde saturé de fracas, la tendresse devient langage politique, annoncent les organisateurs. Elle n’exclut ni le conflit ni la mémoire ; elle choisit simplement une autre vibration.
Les artistes invités explorent la légèreté du papier, la souplesse de la fibre, l’écho feutré du cuir ou la transparence du verre. Chaque matière cristallise une résistance intime qui refuse la brutalité des discours dominants (Menart Fair, dossier de presse 2025).
Pour Laure d’Hauteville, « croire en la délicatesse, c’est croire encore au pouvoir de l’attention ». Son pari : instaurer une écoute longue, où le murmure rivalise avec le cri et où le regardeur accepte la lenteur comme forme d’engagement.
Parcours d’artistes MENA
Parmi les voix confirmées, on retrouvera Serge Najjar et ses photographies d’architectures silencieuses, Parastou Forouhar qui détourne la calligraphie persane, ou encore Nabil Anani, figure palestinienne des paysages mémoriels. Leurs œuvres traduisent la tension permanente entre enracinement et circulation.
La section “Revealing”, inaugurée en 2024, revient pour mettre en lumière des profils plus confidentiels. Le public y découvrira, par exemple, la Canadienne d’origine libanaise Johanne Allard, dont les toiles mêlent abstraction et souffle vital. Cette plateforme agit comme un sismographe captant les vibrations émergentes.
Le spectre créatif est large : peinture, installation, sculpture, broderie, performance. Pourtant, un fil rouge subsiste : la vulnérabilité s’affiche comme puissance, le geste minimal comme acte de confiance envers l’autre.
Un dialogue Europe-MENA
Les galeries venues de Manama, Ramallah, Istanbul ou Dubaï partagent la même adresse parisienne que leurs homologues de Londres, Munich ou Oslo. Ce voisinage spontané fait naître des conversations inédites autour de la mémoire, de l’exil ou des identités en mouvement.
« Notre présence conjointe renverse la hiérarchie traditionnelle nord-sud », affirme Nadine Fattouh, galeriste installée à Paris. « Ici, chaque stand est un poste d’écoute, pas une tribune commerciale ». Les échanges s’organisent autour du sens plutôt que des records de vente.
Cette horizontalité séduit les institutions européennes, toujours plus attentives aux esthétiques non occidentales. Conservateurs et curateurs y puisent des récits aptes à enrichir les collections publiques et à décentrer les regards.
Une scénographie au rythme lent
À la Galerie Joseph, l’espace est pensé comme un souffle. Pas de monumentalité agressive : les œuvres respirent, les visiteurs circulent sans contrainte. La lenteur devient outil critique, invitant chacun à prolonger la contemplation plutôt qu’à accumuler les images.
Conférences, visites guidées et performances programmées par l’association Menart Friends prolongent la conversation. Médiateurs et artistes entretiennent un dialogue direct avec le public, offrant un rare moment de proximité dans l’agenda souvent frénétique des foires parisiennes.
Pratique et infos clés
Menart Fair ouvrira ses portes au grand public du samedi 25 au lundi 27 octobre, de midi à vingt heures les deux premiers jours et jusqu’à dix-huit heures le lundi. Une preview VIP aura lieu le 24 octobre pour collectionneurs, médias et professionnels.
L’accès est gratuit sur inscription préalable. La station de métro Filles du Calvaire, sur la ligne 8, dépose les visiteurs à quelques pas du 116 rue de Turenne. Plus d’une centaine d’artistes et dix-huit pays seront représentés, confirmant l’ampleur sans emphase de la manifestation.
Douceur, un acte d’avenir
En quatre années, Menart Fair est passée d’initiative confidentielle à pivot culturel entre deux rives de la Méditerranée. Son édition 2025 prolonge cette dynamique, rappelant que la douceur peut aussi parler d’exil, d’espérance et de construction collective.
Au-delà de la saison parisienne, “Ode to Softness” questionne la posture de chacun : quelle place accordons-nous au geste mesuré, au mot feutré, au temps long ? En creux, la foire esquisse une réponse : la douceur n’est pas repli, elle trace la voie d’un futur partagé.










