Il y a des financements qui se lisent comme de simples lignes comptables. Et puis il y a ceux qui, derrière les chiffres, dessinent une autre manière de penser le développement. Celui que vient d’approuver la Banque islamique de développement appartient à cette seconde catégorie.
Un financement de 59 millions pour éclairer les campagnes mauritaniennes
La Banque islamique de développement a validé une enveloppe de 59,28 millions de dollars destinée à étendre l’électrification rurale en Mauritanie. L’objectif affiché reste limpide : rendre l’électricité accessible et abordable dans des régions longtemps tenues à l’écart du réseau.
Le projet couvre sept wilayas du pays : Adrar, Assaba, Inchiri, Brakna, Hodh Chargui, Hodh El Gharbi et Tagant. Autant de territoires où la lumière, le soir venu, demeure un luxe que beaucoup de foyers ne connaissent pas encore.
La mécanique financière derrière l’annonce
L’enveloppe se compose de deux volets complémentaires. La Banque islamique de développement apporte directement 25,35 millions de dollars. Le reste, soit 33,93 millions, provient de son Fonds de financement concessionnel, conçu pour alléger la charge des pays bénéficiaires.
Cette architecture financière n’a rien d’anodin. Elle traduit une volonté d’accompagner la Mauritanie sur le long terme, sans faire peser sur elle le poids d’un endettement classique. Une approche patiente, presque silencieuse, à rebours des effets d’annonce.
Quand l’énergie devient l’affaire des femmes
C’est ici que le projet prend une tournure singulière. Au-delà des infrastructures, il prévoit un volet de développement social qui retient l’attention. Dix plateformes énergétiques multifonctionnelles seront créées, et leur gestion confiée à des coopératives féminines locales.
Le détail mérite qu’on s’y arrête. Confier ces plateformes à des femmes, c’est leur remettre les clés d’un outil de production, d’autonomie et d’influence dans des communautés où ces leviers leur échappent souvent. L’énergie cesse d’être une simple commodité pour devenir un instrument d’émancipation.
Un modèle qui pense l’inclusion autrement
Le dispositif vise explicitement à favoriser la création de micro-entreprises et à améliorer les conditions de vie des populations vulnérables. En arrière-plan se dessine une ambition plus large : promouvoir une croissance économique inclusive, qui ne laisse personne au bord du chemin.
Pour ces coopératives, la perspective est concrète. Gérer une plateforme énergétique, c’est disposer d’une source de revenus, mais aussi d’une reconnaissance. Dans des régions rurales où l’horizon économique reste étroit, ces structures pourraient devenir de véritables foyers d’initiative féminine.
Ce que révèle ce choix mauritanien
Ce financement raconte quelque chose de plus profond qu’une opération d’infrastructure. Il acte l’idée que le développement durable ne se mesure pas seulement en kilowattheures, mais aussi en capacité donnée aux populations de prendre leur destin en main.
En plaçant les femmes au centre de la distribution d’énergie, la Mauritanie et son partenaire financier signent un parti pris assumé. Celui de croire que l’inclusion n’est pas un supplément d’âme, mais un moteur. Que l’électricité, quand elle passe par les bonnes mains, éclaire bien plus que des foyers.
Reste à observer comment ces dix plateformes prendront vie sur le terrain, et quelle place réelle elles offriront à celles à qui elles sont destinées. Mais l’intention, elle, dessine déjà une certaine vision de l’Afrique de demain. Une Afrique où le progrès se conjugue volontiers au féminin.










