Maroc: la carte secrète du mining durable en Afrique

Future Minerals Forum: le panel qui a relancé le débat

Lors d’un panel en ligne organisé la semaine dernière, en amont du Future Minerals Forum (FMF) prévu à Riyad du 13 au 15 janvier, plusieurs intervenants ont insisté sur une idée: le Maroc pourrait jouer un rôle central dans le mining durable en Afrique.

La discussion s’est tenue dans un contexte de forte tension sur les minerais dits stratégiques, devenus indispensables à la transition énergétique et à la croissance. Le ton était technique, mais l’enjeu, lui, touche à la souveraineté économique et à l’image des industries extractives.

Minéraux critiques et transition énergétique: le cœur du sujet

Les échanges ont rappelé que la demande mondiale en minéraux nécessaires aux technologies vertes accélère. Les besoins associés aux énergies renouvelables, aux véhicules électriques et à certains segments de la fabrication avancée redessinent déjà les priorités d’investissement et de production.

Dans ce paysage, l’Afrique et l’Asie de l’Ouest apparaissent comme des régions stratégiques, puisqu’elles concentreraient entre 40% et 45% des réserves mondiales, selon les éléments discutés durant le panel. Cette abondance n’élimine pourtant pas les fragilités.

FMF Barometer Report 2025: ce que disent les signaux

Les participants ont également analysé les enseignements du FMF Barometer Report 2025, présenté comme un outil de suivi des flux d’investissement, de l’évolution des perceptions de risque et de la construction de nouvelles chaînes de valeur minérales.

Le rapport, tel qu’il a été commenté, met en évidence des bascules: des capitaux plus attentifs aux critères de durabilité, des exigences accrues en matière de traçabilité, et une compétition plus nette pour capter les étapes de transformation, au-delà de l’extraction.

Afrique et Asie de l’Ouest: des réserves, mais des obstacles

Malgré leur poids géologique, ces régions continueraient de faire face à des défis importants. Les intervenants ont cité le financement, le développement d’infrastructures et les cadres de gouvernance comme trois points sensibles, souvent décisifs pour attirer des projets structurants.

L’idée défendue durant le panel est qu’une stratégie gagnante ne peut plus se limiter à exporter des ressources brutes. Elle doit intégrer des pratiques responsables et des chaînes de valeur plus résilientes, capables de répondre aux standards internationaux.

Pourquoi le Maroc est cité comme acteur structurant

C’est dans ce cadre que le Maroc a été présenté comme un acteur susceptible de “structurer” des initiatives continentales autour de la durabilité. Les intervenants ont évoqué une industrie minière déjà installée, ainsi qu’un positionnement géographique et des infrastructures jugés favorables.

L’argument n’était pas celui d’un leadership proclamé, mais d’un avantage comparatif: la capacité à coordonner, à fédérer des partenaires et à soutenir des approches régionales. Une posture qui, selon le panel, pourrait compter à court et moyen terme.

Centre d’excellence en durabilité minière: l’ambition détaillée

Le projet mis en avant serait la création d’un futur centre d’excellence dédié à la durabilité dans le secteur des minerais. Pensé comme une plateforme, il viserait à faire progresser des pratiques minières plus respectueuses de l’environnement à l’échelle africaine.

Dans les échanges, cette structure est décrite comme un lieu de méthodes, de standards et de coopération. L’objectif: accompagner la montée en puissance de la demande mondiale en minéraux critiques, tout en renforçant l’acceptabilité et la responsabilité des activités extractives.

Phosphates, énergie renouvelable et transfert de savoir-faire

Le panel a souligné l’expérience du Maroc dans l’industrie des phosphates, évoquée comme un socle de crédibilité pour porter un agenda technique et opérationnel. Autre point cité: les investissements en cours dans les infrastructures d’énergie renouvelable, présentés comme cohérents avec la durabilité.

Le centre d’excellence pourrait, selon cette vision, faciliter le transfert de connaissances, formaliser des bonnes pratiques, et encourager des approches coordonnées entre pays. L’idée est de concilier extraction, protection environnementale et responsabilité sociale.

Vers des chaînes de valeur responsables, de l’extraction à la distribution

Au fil des interventions, une conviction a émergé: l’époque où l’on séparait totalement productivité et durabilité est en train de se refermer. La durabilité est désormais envisagée comme un fil conducteur, “de l’extraction au traitement, puis à la distribution”, pour répondre aux attentes des marchés.

Les experts ont insisté sur la résilience des chaînes de valeur. Face aux risques logistiques, aux exigences réglementaires et à la volatilité de la demande, une coordination régionale et des standards partagés sont présentés comme des outils de stabilité.

FMF: la plateforme gouvernementale qui rassemble le secteur

Les discussions ont enfin replacé l’initiative dans l’écosystème du Future Minerals Forum. Le FMF a été décrit comme une plateforme gouvernementale dédiée aux minerais, devenue un rendez-vous majeur réunissant industriels, experts, gouvernements, universités et autres parties prenantes.

Selon la présentation relayée, le forum entend renforcer la “résilience minérale” et promouvoir un approvisionnement responsable. Il se positionne aussi comme un espace où se redéfinissent les dialogues mondiaux autour de la découverte, de la production durable et des chaînes d’approvisionnement.