Marien Ngouabi : frais doublés, campus en émoi

Un ajustement tarifaire au cœur du débat académique

Le doublement annoncé des frais d’inscription à l’université Marien-Ngouabi, unique institution publique d’enseignement supérieur du Congo, a suscité un vif débat académique à quelques semaines de la nouvelle rentrée.

Le passage de 10 500 à 21 000 francs CFA en licence, de 31 000 à 50 000 en master et de 50 000 à 100 000 en doctorat représente, pour beaucoup d’étudiants, une barrière budgétaire difficilement franchissable.

L’administration assure pourtant que la mesure agrège des redevances déjà existantes, notamment l’édition des cartes d’étudiant ou la légalisation des diplômes, afin de simplifier la procédure et d’offrir une visibilité financière plus transparente.

Le contexte budgétaire de l’université publique

Érigée en 1971, l’université scolarise aujourd’hui près de 45 000 apprenantes et apprenants, soit plus de la moitié des effectifs de l’enseignement supérieur national.

La direction pointe une stagnation de la subvention étatique rapportée au nombre croissant d’inscrits, faisant passer la dépense publique moyenne par étudiant sous la barre symbolique des 300 000 francs CFA par an.

Selon des chiffres internes, 60 % des budgets opérationnels servent déjà à maintenir les infrastructures pédagogiques, des amphithéâtres aux laboratoires, laissant peu de marge pour le renouvellement documentaire ou l’entretien du patrimoine immobilier.

L’ajustement tarifaire s’inscrit donc, analyse le vice-recteur chargé des finances, dans « une stratégie de pérennisation du service public universitaire » qui implique la communauté tout en demeurant, dit-il, conforme aux orientations nationales de gratuité de l’enseignement fondamental.

Les discussions budgétaires s’inscrivent aussi dans la mise en œuvre du Plan national de développement 2022-2026, qui ambitionne d’augmenter le taux d’encadrement à 25 étudiants par enseignant contre 40 actuellement.

Réactions contrastées sur les campus

Sur le campus, les réactions vont de l’inquiétude résignée à la contestation ouverte.

« J’attends toujours ma bourse du dernier semestre », confie Mireille, étudiante en deuxième année de droit, évoquant des retards de versement qui rendent l’échéance financière particulièrement anxiogène pour les boursiers.

À l’inverse, certains cadres de l’association des étudiants estiment que la hausse demeure supportable si elle s’accompagne d’une amélioration tangible des services, notamment l’accès numérique aux bibliothèques et la délivrance en temps voulu des relevés de notes.

Pour l’instant, les syndicats étudiants observateurs n’ont publié aucun mot d’ordre, préférant attendre la table ronde prévue avec le rectorat et le ministère de l’Enseignement supérieur.

Enjeux sociaux et cohésion nationale

Au-delà du prisme strictement universitaire, la question renvoie à la place de la jeunesse urbaine dans l’économie nationale, encore tributaire du secteur public et des hydrocarbures, deux compartiments exposés aux fluctuations internationales.

Selon le sociologue Armand Tchicaya, « l’université constitue depuis des décennies un amortisseur social majeur ; toute évolution de ses coûts réinterroge la solidarité intergénérationnelle ».

Des organisations de la société civile plaident donc pour des mécanismes de soutien ciblés, à travers un fonds d’aide d’urgence ou l’encouragement des partenariats public-privé susceptibles de financer des bourses de mérite.

Le ministère des Finances rappelle, pour sa part, que l’assainissement budgétaire engagé depuis 2020 entend préserver les dépenses sociales prioritaires sans compromettre la trajectoire de désendettement.

Vers un compromis institutionnel?

Une commission mixte, regroupant rectorat, représentants étudiants et experts indépendants, planche actuellement sur une grille de paiement échelonné afin de lisser l’impact sur les ménages à revenus modestes.

Des pistes évoquent la numérisation complète de l’inscription, facteur de réduction des files d’attente et des frais cachés, ainsi que l’ouverture de comptes bancaires étudiants pour renforcer la traçabilité financière.

Dans un communiqué, le recteur a assuré que les revenus supplémentaires seront fléchés vers la modernisation des salles de travaux pratiques et l’achat d’ouvrages récents, deux revendications récurrentes.

La comparaison avec d’autres universités d’Afrique centrale, où les frais varient de 35 000 à 150 000 francs CFA en licence, sera également présentée afin de situer la décision congolaise dans son environnement sous-régional.

Pour beaucoup d’observateurs, le dialogue constant entre autorités académiques et communautés étudiantes reste la clé d’une rentrée apaisée et d’un calendrier pédagogique respecté, condition sine qua non de l’attractivité scientifique internationale du pays.

La rentrée, prévue le 15 octobre, servira de test grandeur nature ; beaucoup espèrent que l’équilibre trouvé renforcera la confiance dans l’institution, pilier symbolique de la capitale et réservoir de compétences pour l’ensemble du Congo.