Métaux précieux africains en effervescence
L’année 2025 confirme la vitalité de la demande mondiale de métaux précieux, stimulée par la digitalisation et la quête de valeurs refuges face aux tensions géopolitiques. Sur les places financières, l’or et l’argent ont progressé respectivement de 39 % et 26 %.
Cet engouement rejaillit sur le continent africain, terre d’abondance minérale. Au nord, comme au sud du Sahara, les opérateurs accélèrent leurs investissements pour sécuriser des réserves stratégiques et monétiser des gisements souvent sous-exploités, dans un environnement réglementaire qui se modernise graduellement.
Chiffre d’affaires du S1 2025 sous la loupe
Dans ce contexte porteur, le groupe marocain Managem a clôturé son premier semestre 2025 sur un chiffre d’affaires consolidé de 4,422 milliards de dirhams, soit une progression symbolique de 0,31 % par rapport à la période comparable de 2024.
Le mix a été contrasté : l’appréciation des cours de l’or et de l’argent a compensé l’effet défavorable de la parité dirham-dollar, la contraction des volumes vendus en Guinée et la suspension temporaire des exportations de cuivre-cobalt depuis la RDC.
Au-delà des chiffres, plusieurs analystes soulignent la résilience de Managem face aux soubresauts logistiques qui touchent l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement minière africaine cette année, qu’il s’agisse du fret maritime ou du transport terrestre transfrontalier.
Investissements massifs et projets structurants
Le groupe a engagé 2,885 milliards de dirhams d’investissements sur six mois, dont 80 % dédiés au développement. La cadence est en hausse de 7,5 % sur un an, signe d’une stratégie offensive malgré un endettement net porté à 14,335 milliards.
Les chantiers de Boto au Sénégal et de Tizert au Maroc entrent en phase d’achèvement. Selon Imad Toumi, PDG de Managem, « ces actifs offriront un relai de croissance décisif et renforceront notre autonomie face aux variations cycliques des métaux ».
En parallèle, l’usine de sulfates de cobalt et le projet gazier de Tendrara, tous deux situés au Maroc, sont perçus comme des briques clés pour décarboner l’aval industriel et sécuriser l’énergie, dans la droite ligne des objectifs environnementaux du royaume.
Convergence des intérêts au sud du Sahara
La présence de Managem en Guinée et en RDC illustre une tendance profonde : la coopération Sud-Sud devient un vecteur privilégié de développement minier, complémentaire aux financements asiatiques et aux standards occidentaux de gouvernance.
À Brazzaville, les autorités observent avec intérêt ces flux d’investissements régionaux. « La mutualisation des infrastructures favorise la compétitivité de toute l’Afrique centrale », explique un haut fonctionnaire congolais, qui salue la montée en gamme des opérateurs privés du Maghreb.
Les corridors ferroviaires Tanger–Lagos et Pointe-Noire–Ndjamena, en discussion, pourraient diviser par deux les délais d’acheminement des concentrés vers les ports atlantiques et donner une nouvelle profondeur aux alliances minérales.
Transition énergétique et demande de cobalt
La ruée mondiale vers les batteries électriques accroît la valeur stratégique du cobalt africain. Au-delà de la RDC, qui concentre 70 % des réserves connues, le Maroc entend capter une part de la chaîne de valeur, via la chimie du cobalt à haute pureté.
Les constructeurs automobiles européens, confrontés aux nouvelles normes d’approvisionnement responsable, scrutent désormais les certifications environnementales délivrées à Managem. Selon un consultant basé à Paris, ces labels « pourraient ouvrir la porte à des contrats de long terme avec les gigafactories ibériques ».
Actionnariat resserré et gouvernance
Contrôlé à plus de 81 % par le fonds panafricain Al Mada, le capital de Managem reste concentré. La Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite détient près de 9 %, tandis que le flottant se limite à 9,65 % sur la place casablancaise.
Cette structure confère une grande latitude managériale à Imad Toumi et à son comité exécutif. Les décisions d’investissement peuvent ainsi être prises rapidement, sans dilution de responsabilité, un avantage souvent cité par les investisseurs internationaux présents dans l’actionnariat obligataire.
Sur le front de la transparence, le groupe publie désormais un reporting extra-financier aligné sur les standards GRI. Les scores ESG 2025 seront scrutés pour évaluer la cohérence entre la stratégie carbone et l’ouverture de nouveaux gisements polymétalliques.
Perspectives régionales à l’horizon 2030
À court terme, Managem anticipe une stabilisation des cours de l’or autour de 2 200 dollars l’once, tandis que l’argent pourrait poursuivre sa remontée. La reprise complète des exportations de cuivre-cobalt depuis la RDC est attendue avant la fin 2026.
Plus largement, la Zone de libre-échange continentale africaine pourrait fluidifier les échanges de concentrés et d’intrants chimiques. Les experts y voient un levier pour amplifier les synergies entre pays producteurs, qu’il s’agisse du Congo-Brazzaville, du Gabon ou du Sud-Soudan.
En 2030, le portefeuille de Managem devrait s’appuyer sur six pôles opérationnels, dont des usines de transformation à haut rendement énergétique. Cet ancrage industriel nourrira la montée en compétence des territoires hôtes et consolidera la place de l’Afrique dans les chaînes critiques.
Sans triomphalisme, le management juge que la maîtrise de l’amont et de l’aval minier répond le mieux à la volatilité. La diversification géographique, du Maroc jusqu’au bassin du Congo, demeure l’axe structurant de sa feuille de route.










